Par Marc à 16:23 :: 2008 Lofoten- Tromsö
Midnatsol: soleil de minuit en norvégien.
A 70° nord, désormais il règne en maître quant le ciel veut bien laisser tomber son peignoir gris…

Chamade est à Tromsö. La longue remontée de la Norvège est derrière.
Prochaine étape : Le Spitsberg
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Par Marc à 16:19 :: 2008 Lofoten- Tromsö

Il est à bord.
Son rire retentissant résonne désormais sur Chamade.
Barbe et tignasse blanche, casquette vissée en permanence sur la tête, il est venu partager le culte à Epicure sur notre esquif.
Et peu importe finalement si le ciel n’a pas joué sa meilleure partie en nous arrosant d’eau. Peu importe.
Que ce soit à bord où au Rodbrygge Pub de Stokmarknes, au Skarven de Tromsö, Captain Ronen a su célébrer les délices du Talisker, ou encore de la Nordland et de la Mack les deux célébrités brassicoles locales.
Le tout accompagné d’un peu de baleine ou de phoque… Mais oui… vous devriez essayer ! (oubliez quelques instants votre conscience écolo) C’est excellent !

Vous ne le connaissez pas ? Captain Ronen, c’est Serge. Serge Ronen, correspondant de la RSR à Jérusalem, mais grand amateur des contrées nordiques, vieux compagnons de reportages, venu partager le culte de l’amitié sur Chamade.
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Par Marc à 16:14 :: 2008 Lofoten- Tromsö
Ils sont partout et leurs effluves vous chatouillent les narines dès votre arrivée aux îles Lofoten. « Ils », ce sont les séchoirs à poissons. Partout des dizaines de milliers de morues sèchent au vent. Par couple, attachées par la queue, sans tête.

La morue séchée, le symbole des Lofoten. Depuis des siècles. Avec une spécialité unique en son genre, la morue séchée mais non salée. Avec elle, pas besoin de faire la tremper dans plusieurs bains d’eau douce avant de préparer le bacalao, la spécialité chère aux Portugais ou aux Italiens. Ce sont eux d’ailleurs qui sont les principaux clients des pêcheries des Lofotens.
La morue, disparue des bancs de Terre-Neuve, victime de la surpêche, disparues des côtes du proche Atlantique, là encore victime de la surpêche, mais toujours présente en Norvège où alertés par l’affaire de Terre-Neuve, les autorités font respecter désormais strictement les quotas. La pêche à la morue n’y est d’ailleurs pratiquée qu’entre janvier et avril, le moment ou les bancs de morues viennent frayer dans les eaux du Vestfjorden.

Reste que malgré tout les prises diminuent. Et que là aussi le réchauffement climatique y est pour quelque chose. Les morues n’ont plus besoin d’entrer si profondément dans le fjord. Elles restent plus au large. Et pour les pêcheurs des Lofoten, qui la traquent essentiellement sur de petits bateaux, le trésor devient peu à peu inaccessible.
C’est donc désormais l’affaire de chalutiers de plus en plus gros qui pêchent toute l’année loin des Lofoten et des quotas côtiers.
Aux Lofoten on s’adapte, et désormais les usines frigorifiques remplacent les séchoirs. Comme celle d’Aker Seefood à Stamsund. 7000 tonnes de poissons congelés envoyés en France pour la plupart.
Et pour Klaus Shiver son directeur au rugeux français teinté d’accent breton –souvenir de ses années passées chez les pêcheurs du Finistère- l’avenir de la pêche est encore radieux en Norvège.

La pêche ? C’est à voir, ne serait-ce qu’à cause du prix du gazoil. Mais du poisson assurément. Grâce à l’aquaculture, au saumon d’élevage présent désormais partout sur les côtes de Norvège.
Pas un fjord, pas une baie, pas une île sans ces fameuses cages circulaires où grandit le saumon né en pisciculture. Même aux Lofoten, où bientôt sans doute, la morue ne sèchera plus que devant les « rorbus » (ces maisons de pêcheurs sur pilotis) transformés partout en résidences pour touristes.
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Par Marc à 10:05 :: 2008 Lofoten- Tromsö
« Moi je ne peins que des femmes nues… beaucoup de femmes nues, des fesses, des nichons et des tétons… »

Bienvenue chez ULF M, vous êtes à Stamsund aux Lofoten. Des femmes nues, il n’y a que dans son imagination qu’il peut en trouver, ce n’est pas le climat des Lofotens qui pousse à l’effeuillage et Ulf est le premier à le reconnaître. Ulf M, artiste norvégien venu s’installer aux Lofoten, comme tant d’autres, pour la lumière. Cette lumière unique du grand nord. Des bleus d’une intensité nulle part ailleurs pareille. Bleu roi l’été, bleu sombre l’hiver. Avec pour résultat des dizaines de galeries et d’ateliers. On en trouve dans chaque village. Et tous vous parlent de la lumière, ou plutôt veulent vous en parler tout en vous disant qu’il n’y a pas de mot pour la décrire.
Ulf M lui au moins y met son humour : « La lumière de l’hiver, la nuit permanente c’est déprimant… mais comme ça je peins ma déprime, et peindre chasse ma déprime ». Et chez lui pas de paysage, pas de nature morte… juste des femmes… nues.
Mais qui plaisent… « J’ai vendu 59 toiles l’année dernière… et cet automne j’expose à New York pendant trois semaines, en plein Greenwich Village, en dormant au Chelsea Hotel » Ceux qui connaissent apprécieront ! Pour lui la consécration est là, et caressant sa petite bedaine, il vous dit que ça n’a pas toujours été pareil, « et j’ai souvent su ce que cela voulait dire d’avoir faim ».
Son tableau fétiche : « All you need is love… » inspiré librement du tube des Beatles.

Et d’ajouter que « la célébrité c’est comme la femme, qu’il faut en profiter et l’honorer pendant qu’on peut, parce qu’on en est pas capable éternellement ! »
Sacré Ulf M… Il attend votre visite, c’est à Stamsund, première escale de l’Hurtigruten aux Lofoten en direction du nord. C’est aussi un site internet www.ulf-m.com

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Par Marc à 10:02 :: 2008 Lofoten- Tromsö
Oui je sais, c’est un archi-poncif ! Mais que ça vous chante ou non, aux Lofoten, c’est plus vrai que jamais.
Ici il y a tout pour réaliser le fantasme du marin-grimpeur, ou l’inverse…

Vous mettez de la mer… de la vraie… entre bleu et vert sombre, avec plein de pêcheurs, des vrais, pas de ceux du dimanche, des loups de mer, de ceux qui pêchent la morue, qui l’étripent et la sèchent sur d’immenses échafaudages de bois…
Et puis vous mettez des montagnes, des vraies, des pics, du granit, dur, très dur, massif, tout d’un bloc…. De ce granit qui vous fait de ces piliers de rêve, des faces incroyables, des dièdres, des dalles, des fissures, comme dans le massif du Mont-Blanc, mais les pieds dans l’océan…

Et vous rajoutez du soleil, beaucoup de soleil… Oui je sais cela peut paraître incroyable… mais rappelez-vous, Sylvie est partie pour trois semaines, alors il fait beau… grand beau.
Un soleil implacable, une lumière incroyable et cela bien sûr 23h30 sur 24 en cette mi-mai.
Tiens, d’ailleurs, de la lumière il faudra en parler, on y reviendra dans le billet suivant.
Et puis dernière pièce du décor, les ports, les petits ports de pêche, tous blottis au pied ou surmontés (c’est selon votre manière de voir) d’une montagne.

Alors qu’est-ce qu’on fait de tout ça… On grimpe évidemment sur chacun de ces sommets. Des sentes plus que des sentiers, raides, grimpant droit en haut, à éviter à tout prix par temps de pluie, mais qui valent vraiment l’effort par la vue superbe qu’ils vous offrent une fois là haut... là où c’est plus beau…
Et ça n’est pas Caroline ou Gianmarco, les « Chamadiens » des Lofotens qui diront le contraire.

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Par Marc à 21:08 :: 2008 Bergen - Bodö
Il y a d’abord ce flux ininterrompu, ce torrent chaque jour renouvelé. C’est le moteur de la chose, la matière nourricière.
Pas une fourmilière, pas une ruche bourdonnante, mais une immense machine, lancée à pleine vitesse, qui glisse… puissante, inarrêtable… Programmée, célestement programmée.
Puis il y a les courants… et bien sûr les contre-courants. Ceux qui sont dans le courant, ceux qui vont à contre courant, ceux qui se glissent dans les contre-courants.
Et forcément ça frotte, ça frictionne, ça tourbillonne…

Les grands tourbillons sont plutôt à gauche, les minoritaires à droite… Evidemment diront certains. Mais qu’ils se rassurent, 6 heures plus tard c’est exactement l’inverse.
Et puis ces bouffées… ces immenses bulles qui éclatent en surface, ces immenses remontées d’égo qui jaillissent, qui s’étalent, s’ourlent de l’écume des choses, survivent quelques instants avant d’être bien vite absorbées par l’immense machine qui inexorablement s’écoule et poursuit son œuvre…
Vous croyez en saisir une image, un discours, un sens, un message…et déjà il est effacé, place au suivant, au suivant du suivant…
La marée n’attend pas, la machine ne s’arrête pas… Elle ne sert à rien… Ne fabrique rien, ne laisse rien…sinon qu’une formidable impression…
Mais n’est-ce pas déjà tout ?
Ah oui… De quoi s’agit-il ? De la politique fédérale ? D’une rédaction radiophonique ?
Mais non… juste du Saltstraumen, du plus formidable courant de marée du monde. 20 nœuds selon les guides touristiques… 8 selon les instructions nautiques… Peu importe la réalité des chiffres, le spectacle est là, c’est celui qu’on veut bien voir.

Le Saltstraumen, c’est à 30 kilomètres de Bodö, et dans la solitude de ce petit matin, c’est inoubliable.
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Par Marc à 21:06 :: 2008 Bergen - Bodö
(Sylvie)
Pas d’avion, un service de bus minimum, opération ville morte, dans certains endroits. C’est samedi en Norvège où tout semble s’arrêter, comme à Jérusalem.
Pourquoi ? Nous n’avons pas encore pu élucider la question. On nous répond « oui, c’est comme ça, c’est la tradition ».

Ok, on pardonnera pour le 17 mai, jour de la fête nationale. Quoi que…. Comment allons nous aller voir le plus fort courant du monde, le Saltstraumen dont regorgent toutes les brochures touristiques de Bodö ?
Même les taxis (hors de prix) chôment. Après avoir tenté de déchiffrer, en norvégien dans le texte, tous les horaires de bus - que personne ne sait nous commenter, vendredi en fin de journée à l’office du tourisme – trois possibilités s’offrent à nous :
1/Renoncer à aller voir le plus fort courant du monde qui se trouve à 30km de Bodö
et, dont Erik Orsenna fait un si bel éloge, dans son « portrait duGulf Stream »
2/Prendre un bus pour Saltstraumen à 17h30, mais sans espoir de retour
3/ Prendre l’express de 7h du matin, jusqu’à un bled situé à 15 km de Saltstraumen
et faire le reste du trajet sur nos vélos pliables (ou à pied), avec un espoir de
retour vers13h30.
Nous optons courageusement pour la troisième solution, version vélo. Ce fut la bonne. Sauf pour mes mollets, bien sûr

Bizarre tout de même cet sorte de Shabbat norvégien. Il faut dire qu’ici, les services existent, à condition de vraiment vouloir aller les chercher. Dans les bars ou les magasins, ils sont offerts aux clients qui le demandent avec la nonchalance polie de ceux que l’agitation n’atteint pas. D’ailleurs, rien n’est fait pour allécher le consommateur, dans les vitrines vous pouvez même voir le dos d’un rayonnage.
Léonie d’Aunet qui raconta son voyage au Spitzberg en 1839, notait déjà : l’art d’appeler l’acheteur par les séductions de l’étalage est totalement inconnue aux commerçants (de Tromsö), elle observait aussi avec une pertinence non démentie jusqu’ici : …région sereine et humble, sans rayons, sans orages que les cœurs fatigués regardent avec envie ».

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Par Marc à 20:56 :: 2008 Bergen - Bodö
Mais quelle est donc cette mode… cette étrange mode qui fait fureur chez les jeunes et qu’on observe depuis bientôt un mois.
La mode salopette, bretelles sur les cuisses et patch cousus sur les fesses. Il y a les rouges et il y a les bleues.

Pas une mode en fait, mais une institution, un rite initiatique : celui de la fin de la scolarité obligatoire.
Une période pendant laquelle il suffit à un jeune en fin de scolarité de porter cette étrange culotte pour être pardonné de tout. Une salopette en forme de passeport pour toutes les bêtises, tous les débordements, à commencer par les excès de boisson.
Il y a les salopettes rouges (sections générale, littéraire ou commerciale) et les bleues (lycées techniques et industriels).
Il est vrai que pour les jeunes, la fin de la scolarité est aussi synonyme de départ du cocon familial. Il n’y a que peu de villes universitaires en Norvège, et c’est donc loin de la famille que les jeunes s’en vont alors pour continuer leur formation.
Mais l’amnistie compréhensive de toute la société s’arrête le 17 mai, jour de la fête nationale.
Ce sera alors le temps du retour à la normale, aux traditions et à la patrie.

Pas d’ironie dans mon propos, mais une réalité : Le patriotisme norvégien n’est pas une légende. Il n’y a pas de maison qui se respecte sans un mât et un drapeau. Et le 17 mai, c’est l’ensemble de la population qui revêt le costume traditionnel, et chaque village connaît son défilé au son de la fanfare, les majorettes semblant bien la seule concession à une forme de modernité empruntée évidemment à l’Oncle Sam .

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Par Marc à 20:55 :: 2008 Bergen - Bodö
(Sylvie)
Même s’il rame un peu à contre courant, Jeff est sans aucun doute un des citoyens les plus zélés de Bolga, une île inattendue, située au large d’ Örnes.
Importé de Californie dans cette petite communauté de 110 habitants, qui vit des produits de la pêche, Jeff s’est parfaitement acclimaté au nouveau monde où il a volontairement échoué avec sa femme (« bolguienne » de pure souche, partie étudier à Los Angeles) et ses quatre enfants.

Au premier abord, Jeff, bipède blond aux yeux clairs, pourrait parfaitement se confondre avec un descendant de Vikings (cf photo), à cette différence près que c’est un bipède communicant et expansif. Non pas parce qu’il parle quatre langues (l’anglais, of course, le norvégien, l’espagnol et le français avec un vocabulaire choisi et un délicieux accent), mais tout simplement parce qu’il est comme ça : affable curieux d’aller à la rencontre des autres et entreprenant. Outre son travail de traducteur et d’enseignant à Örnes, Jeff se plaît à faire un peu de promotion touristique pour son île et les belles ballades qu’elle offre, entre une côte sauvage et un piton rocheux qui s’ouvre sur panorama de début du monde.

Par la même occasion, il vous apprendra que si un jour vous avez envie d’une cure de solitude et de tranquillité, il loue la cabane rouge en bois, là bas, en bordure du port de pêche (Jeff@help.no).

Saura-t-on jamais si c’est la présence de Jeff qui a contaminé l’île ou si c’est dans la nature des Bolguiens d’accueillir les étrangers. Toujours est il que Bolga est un des rares lieux où les habitants nous ont spontanément salué, parlé, posé des questions, sans nous dévisager avec étonnement, sans mot dire. C’est sans doute aussi pour ça que nous avons eu un coup de coeur pour Bolga la douce.
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Par Marc à 20:47 :: 2008 Bergen - Bodö
Le soleil revenu, la remontée vers Bodö se poursuit. Un mot quand même, puisque c’est un blog voile, des conditions de navigation le long de la côte norvégienne.
Elles sont aisées mais pas forcément exceptionnelles pour la voile. L’essentiel du parcours se déroule en eau protégée. Fjords, passages entre îles, chenaux encaissés, innombrables roches, mais toujours balisées (il y a plus de 13'000 points de balisage le long des côtes !), c’est toujours confortable et toujours somptueux. Mais le vent est soit plein arrière, soit plein dans le nez. Il est de plus très tourbillonnant et très irrégulier du fait des reliefs. Les grains peuvent être violents. On ne fait donc pas beaucoup de voile et le moteur est très sollicité.

Côté carte, le suivi avec Maxsea est un délice et la précision des relevés étonnante. Côté météo, nous chargeons tous les matins un fichier météo sur le site Ugrib.com en utilisant le téléphone portable muni d’une carte SIM norvégienne prépayée. La couverture est pratiquement totale le long de la côte.
Et chaque soir arrêt dans un petit port, généralement au ponton flottant visiteurs (le Gjestbrygge). La taxe est en général de 100 Nok, soit 20 frs, qu’on laisse dans une (honnesty box) une boîte à lettres. L’électricité quand il y en a est en plus. Mais à mesure qu’on remonte vers le nord, les douches (omniprésentes dans le sud) sont plus rares. Ou souvent encore fermées. Nous sommes encore tôt en saison. On ne voit d’ailleurs pratiquement personne. Un voilier hollandais l’autre jour de loin, et un français croisé hier.

Les escales depuis Christiansund (63°07’N-7°44’E).
-Rörvik (64°51’N), Skei (65°05’N), Möyhavn (65°24’N) ,Brönnöysund (65°28’N): Partout des pontons flottants visiteurs, mais le plus souvent tout est fermé.
-Sandnessjöen (66°01’N) : Port très actif avec un club nautique accueillant qui offre douches et machines à laver.
-Nordfjorden (66°35’N) : Mouillage très sauvage au pied des falaises. Isolement total à cette saison.
-Hollandfjord (66°42’N) : Pour voir le fameux glacier du Svartisen qui arrive au bord de la mer. Mouillage impossible, trop profond, et les pontons flottants sont encore démontés à cette saison. Le quai en pilotis est trop exposé, nous repartons de suite.
-Bolga (66°48’N): accueil chaleureux et gratuit à cette saison. Superbes ballades à terre.
-Selvagen, île de Fleina (67°06’N). Beau mouillage sauvage et parfaitement protégé.
-Bodö (67°17’N) (prononcez Boudeux) grand port, plusieurs pontons flottants encore bien occupés par les pêcheurs. Douches et machines à laver, mais pas facile de trouver le préposé aux jetons à cette saison. Et personne, pas même le préposé ne semble se soucier d’encaisser les taxes officiellement affichées. Pour la première fois, on voit quatre voiliers étrangers à l’escale. Deux Allemands, un Anglais et un Suédois.
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Par Marc à 20:43 :: 2008 Bergen - Bodö
Réveil blanc ce matin, gris et blanc. Un coton glacé. Il a neigé cette nuit. Enfin… cette nuit, façon de parler puisqu’à cette latitude, il ne fait plus qu’une vague pénombre sous le coup de minuit. Et c’est finalement plus le ciel bouché, le plafond bas qui enserre le fond du Nordfjord qui donne une impression de pénombre ce matin.

Etrange atmosphère : c’est à la fois pesant, glacé, lourd mais aussi impressionnant et grandiose. Un sentiment d’isolement total. Il est vrai qu’on est pas loin du « trou du c.. » du monde.
La preuve, le lendemain il était visible…

66°33’ Nord, c’est la latitude du cercle polaire, franchi dans la journée. Au moteur, une fois de plus. Il est vrai que si la semaine dernière avec la pluie, le vent de sud nous poussait à bonne vitesse, le retour du froid et du soleil est synonyme de vent de nord. Heureusement assez faible, ce qui permet au moins de gagner au moteur sans difficulté. Et de rester bien à l’abri de la capote. Car si la température avoisine les 5-6° ; avec le vent, c’est gants et bonnet obligatoires.

66°33’N, mi-mai c’est aussi le jour permanent. Ca laisse le temps d’arriver au mouillage… et de déguster les rayons jusqu’à pas d’heure..

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Par Marc à 20:39 :: 2008 Bergen - Bodö
(Sylvie)
Le soleil, il n’y a que ça de vrai pour vous réconcilier avec l’ensemble du monde. Même à des températures polaires. Nous allons finir par le trouver, après quelques hésitations entre une navigation le long des côtés norvégiennes et un changement de cap vers la myriade de terres insulaires qui squattent le large du Nordland.
Il faut dire qu’après Roervik le paysage change brusquement, les dos de baleine entre lesquels nous nous faufilions se transforment en montagnes aux cimes blanches et talquées jusqu’aux pieds. Les pics décoiffés par le vent les roches grises et pentues s’enchaînent avec un air de famille évident, comme les « Seven sisters » au dessus de Sandnessjoen.

Les guides nous vantent les beautés des fjords profonds et des majestueux glaciers qui y nichent ? Qu’à cela ne tienne : nous nous retrouvons mouillés au fin fond d’un Nordfjord dans un décor d’opéra wagnérien, avec effets de brouillards flottants, giboulées de grésil ou de neige et une sinistrose galopante qui nous fera fuir le lendemain même, ces rivages inhospitaliers.

A moins de dix milles de l’épaisse grisaille qui s’agrippe en permanence aux montagnes du littoral, le soleil brille sur Bolga et sur les autres îles, au point qu’à Fleina, dans le mouillage magique de Selvagen, nous avons dîné dans le cockpit et fait bronzette jusqu’à 22 heures.

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Par Marc à 17:43 :: 2008 Bergen - Bodö
(Sylvie)
La médisance est toujours punie. Le soir même de notre départ de Rövik mes considérations l’absence du mot « gratuit » dans le vocabulaire norvégien ont été sèchement démenties. A peine avons-nous accosté au ponton de Skei, sur l’île de Leka, qu’un pêcheur nous a fait cadeau de « quatre » crevettes (non, pas des crevettes géantes, rassurez-vous), pour nous remettre de nos émotions.

Il faut dire que le brave homme avait suivi de loin la manoeuvre d’approche de Chamade dans un chenal parsemé d’îlots et de hauts-fonds et qu’il a bien dû se marrer en nous voyant soudain essayer de nous dégager du rocher sur lequel nous sommes restés accrochés quelques longues minutes. Vive la dérive pivotante…plus de peur que de mal puisque nous sommes finalement arrivés, sans dommage, à bon port. « You took the wrong way » nous a dit un peu narquois le pêcheur de crevettes. Eh oui, il fallait contourner un îlot de plus : une lecture désinvolte de la carte, ça ne pardonne pas dans les dédales norvégiens. Finalement nous nous sommes tirés d’affaire avec en prime quatre crevettes et le pêcheur, lui, a fait une bonne affaire puisque nous avons fini par lui acheter un demi kilo de ses bestioles pour 50 Nok (10FS).

C’est en se léchant encore les babines et sans un trou dans la coque que nous avons quitté le ponton de Skei (sous un sky toujours gris) pour celui de Möyhavn à la découverte d’un autre trou, un vrai celui-là, qui, à en croire notre guide maritime norvégien, creuse la montagne au dessus du port et ouvre tout grand la roche, de l’autre côté, à une vue splendide sur une enfilade d’îlots. Heureusement qu’une photo a été publiée pour étayer le propos. Parce qu’en réalité, nous n’avons rien vu du tout : le fameux trou, le Torghatten, atteint après une bonne heure de marche, était entièrement bouché par un épais brouillard, donnant au lieu des allures dantesques. Emmurés entre deux parois d’une centaine de mètres dont on ne distinguait pas le sommet dans la purée de pois, au fond d’un antre nappé de vapeurs infernales et remplies d’échos, nous avons entrevu la lumière du paradis, sans qu’il s’offre jamais à notre vue.

Dantesque, vous dis-je, et assez angoissant pour retourner rapidement (en stop) dans notre nid flottant et déguster un verre de Talisker à la santé du diable et des saints patrons de la météo.
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Par Marc à 17:39 :: 2008 Bergen - Bodö
(Sylvie)

Il y a des petits matins et des petits matins. Ceux des réveils éblouissants qui vous donnent envie de bouffer la vie – et les milles- à belles dents et ceux qui vous fâchent définitivement avec Dieu, Jupiter et autres créateurs du climat norvégien.

A moins que ce ne soit le contraire et que les Dieux soient définitivement fâchés avec moi. Sinon comment expliquer que partout où j’embarque, une dépression nous tombe dessus et que le soleil revient à peine j’ai débarqué… Même Marc qui n’est pas superstitieux, commence a se poser des questions, sans rien y faire paraître puisqu’il continue méthodiquement à prendre la météo tous les matins - avec le même résultat déprimant - en me promettant une amélioration pour les jours qui viennent..
Bref. Entre l’aube radieuse et l’aube pluvieuse, se sont écoulées une journée et une nuit norvégienne (3 heures et demie, à cette saison) de navigation entre des lambeaux de terres éparpillés par qui sait quel big bang sous-marin, flottants au ras de l’eau, magnifiques, dans leur désolation, hérissés de phares, balisés de perches, de bouées et de chenaux pour permettre au marin de rester dans le droit chemin. Navigation paisible, si ce n’est, aux horaires où ils se croisent, le bal des Hurtigruten mal léchés. La consonance plantigrade de cette appellation, est, à vrai dire, ma seule raison de lui accoler de cette épithète. Car, en réalité, l’Hurtigruten est une variété mutante de navire postal parfaitement fréquentable. Excepté lorsqu’ils vous déboule dans les fesses ou vous toisent, en vous croisant, avec un air de mépris poli.

Reproduit en 11 exemplaires, dans une lignée toujours plus raffinée, l’Hurtigruten a toujours eu pour vocation de sillonner inlassablement la côte norvégienne du sud au nord et du nord au sud, en onze jours.
A Rörvik où nous avons accosté au bout d’un ponton, le chassé croisé des deux Hurtigruten, a eu lieu à l’horaire prévu (20h30). Ils ont déversé sur le quai des escouades errantes et transies de touristes, en route vers le cap Nord ou inversement vers Bergen.

Que visiter en 45 minutes dans cet historique village portuaire de 2600 habitants, qui a vu la modernité débouler sous forme d’une pompe à essence, d’un brico-loisir et d’un supermarché ? Le «Norveg center for coastal culture and industries» qui planté sur le port se donne des allures de Guggenheim. Et puis, aux heures d’ouvertures, il y a la bibliothèque municipale, avec accès gratuit à internet, et une impressionnante collection d’ouvrages et de publication qui en dit long sur la boulimie de lecture des Norvégiens. On y trouve un rayon de littérature étrangère, anglophone et russe, essentiellement. En bons défenseurs de la francophonie nous avons voulu l’étoffer d’un livre français de notre bibliothèque de bord : « Une femme au Spitzberg » de Léonie d’Aunais. La jeune et affable bibliothécaire a accueilli ce cadeau avec une surprise non dissimulée :« You want to give us a book for free ? » Yes « for free » une expression qui, comme on vous l'a dit, ne semble pas avoir sa traduction en norvégien.
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Par Marc à 17:29 :: 2008 Bergen - Bodö
29 avril, temps gros, on entre dans le port d’Älesund (prononcez ôlesund, avec un « ô » bref et tonique). Amarrage au fond du port, réputé bruyant le soir, terrasse des bistrots obligent.

Mais nous sommes fin avril... autant dire que les terrasses sont vides... Et pas seulement les terrasses, mais les rues aussi.
« Y’a quelqu’un ? » serait-on tenté de crier à la cantonade. La ville semble endormie. Les rues sont pratiquement désertes, quelques rares voitures se glissent à vitesse réduite et plantent sur les freins si vous montrez la moindre velléité de vouloir traverser.
En fait comme partout en Norvège à cette saison, la vie est ailleurs. Elle est au cœur des centres commerciaux, des galeries marchandes où chacun musarde bien à l’abri.
Reste que la ville et son architecture « Jugendstyle » est assez étonnante. Ville entièrement reconstruite après l’incendie de 1904 qui laissa 10'000 sans abri en plein hiver.

Et l’on fait des progrès en norvégien. A ce jour on connaît :
-tak : merci
-gleidlos ou guiglos qui veut dire curseur pour fermeture éclair. Celui du sac de grand voile qui vient de casser. A l’office du tourisme la charmante préposée se propose d’appeler un voilier pour savoir s’il dispose de la pièce. Et la voilà qui nous dit un peu étonnée que le voilier demande si l’on veut bien « un gleidlos for a lazy bag », littéralement «un zip pour sac paresseux » ! Tout juste ! Ah le vocabulaire marin !
On connaît aussi « gratuit » et « pas cher ». Facile, dans le dictionnaire français-norvégien, en face de ces mots, la ligne reste blanche…
Il existe bien « bon marché » : « Bum Pris » mais c’est une chaîne de supérettes qui essaie de faire croire que la vie est abordable par ici. C’est méritoire !

1er mai : Après une escale à Ona, minuscule village perché sur une île tout aussi minuscule, Chamade arrive à Christiansund. Là encore… « Y’a quelqu’un ? » Tout est fermé, tout est désert. Jean-Daniel se dit que décidemment le retour en Suisse aura du bon…
On finit par trouver un bar ouvert, pas trop désagréable pour une dernière bière, « Onkel » c’est son nom. Retenez-le... c’est le seul.
Merci au cuistot qui nous aura régalés comme d’hab…

3mai : Sylvie débarque… il pleut… mais tant pis, les tourtereaux sont réunis !

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