Par Marc à 07:53 :: 2008 Tromsö - Spitsberg 1ère partie
(Par Yvan)
Ny-Alesund 78°56 N retrouvaille avec Chamade, retour inéluctable à notre partage écossais et espérance d’une alchimie renouvelée pour une découverte commune d’une partie secrète de notre Univers, le Spitzberg.

Au-delà des mots, c’est au fond de moi que j’éprouve l’étourdissant silence des glaciers, l’âpreté des contours du paysage, la chaleur bridée de l’Astre. Sur cette terre malmenée par la glace, la neige et le vent, mes pas sont accueillis par un parterre moussu aux couleurs discrètes, une flore, battante, qui chaque été laisse s’égayer sur un fond marron les roses, les oranges, les jaunes pâles et les blancs de ses fleurs et par un monde d’oiseaux virevoltants dont les vols au raz de l’écume attestent de leur union aux Eléments.

J’ai intimement profité de l’hospitalité de cette terre du Svalbard. J’y suis son invité dans un lien entre Nature et Humain.
Au-delà de toutes mes espérances, Marc, Sylvie vous m’avez offert, à bord de Chamade, un Nord de rêve. Pour tout le dit et le non-dit, Merci.

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Par Marc à 07:50 :: 2008 Tromsö - Spitsberg 1ère partie
Un très gros craquement, un bruit de verre brisé et un réveil brutal… avec l’impression de baigner dans un verre d’eau gazeuse…
Il est 3 heures du matin à Signehamna, le vent s’est renforcé à 20 nœuds et a tourné au nord-ouest : la glace s’invite dans le mouillage. Pas des icebergs dignes du Titanic, ils ne pourraient d’ailleurs pas venir jusqu’ici, puisque la petite baie est protégée par un seuil à 3m de profondeur.

Mais celui qui nous rend visite est tout de même de bonne taille : deux mètres sur trois. Il doit bien peser une à deux tonnes. L’abordage se fait à la vitesse de sa dérive, mais vu la masse et la résonance d’une coque en alu, ça réveille !
Le bruit d’eau minérale ? Celui des milliers de bulles d’air coincées dans la glace et qui éclatent alors que le glaçon fond dans l’eau de mer.
Par le hublot on voit déjà ses copains qui se pointent un peu plus loin, poussés par le vent… On est juste sur le parcours... on lève l’ancre et on va mouiller un peu plus loin à l’abri d’une pointe rocheuse.

C’est la règle ici au Spitsberg où beaucoup de mouillages sont proches des glaciers et de leurs séracs qui s’écroulent continuellement dans la mer. Entre le jeu de courants pas toujours bien compréhensibles et la rotation des vents souvent très rapides, il faut être prêt à lever le camp à n’importe quel moment. Pas de quoi toutefois nous obliger à instaurer des quarts de veille la nuit… mais plus gênant quand il s’agit de partir en ballade à terre.

L’autre danger dû à la glace… c’est la vague.
Celle créée par l’effondrement des plus gros séracs… Pas de problème tant qu’il y a de l’eau et si l’on reste à plus de cent ou deux cents mètres du front glaciaire. La vague, contenue par la glace flottante n’est qu’une grosse ondulation. Mais sur les bords de la baie, dès que les fonds diminuent, elle se transforme en déferlante spectaculaire. Comme dans le mouillage du « Glacier du 14 juillet » dans le Krossfjord, où Chamade mouillé derrière une langue de moraine s’est offert une belle ruade sur une vague qui commença à déferler à peine cinquante mètres plus loin sur des fonds de trois mètres.
La morale de l’histoire : Il faut garder de la marge… beaucoup de marge.
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Par Marc à 07:47 :: 2008 Tromsö - Spitsberg 1ère partie
(Par Yvan)
Je suis tapie dans la toundra, à l’abri du vent, entre trois pierres. Entre les plumes de mon poitrail s’agitent mes nouveau-nés. Hier du diamant de la pointe de leur bec, leur coquille ils ont cassé. La prudence est de mise, le renard polaire, à l’affût des odeurs et des mouvements, rôde aux alentours. Mais quel est donc ce tremblement qui se rapproche, ils sont plusieurs à fondre sur moi. Technique camouflage, je ne bouge plus, je rentre ma tête, je fais confiance à mon plumage…le premier passe, le deuxième aussi mais là c’en est trop ils vont m’écraser !

- « Yvan, à quel oiseau appartient cette plume ? » demande Sylvie
- « à un … ATTENTION, tu vas marcher sur un lagopède. »
L’oiseau est là, entre nos pieds, nous nous éloignons de quelques pas et observons le spectacle. D’oiseau furtif en dehors de cette période, son instinct de mère la pousse à protéger sa couvée au péril d’être écrasée.

Belle rencontre, j’espère que tes poussins profiteront à leur tour des étendues sauvages de Blomstrand au nez et aux moustaches du renard polaire.
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Par Marc à 08:14 :: 2008 Tromsö - Spitsberg 1ère partie
(Par Sylvie)
C’est ce jour là, en fin d’après-midi qu’elle nous est apparue. Nous revenions d’une promenade magique sur le glacier du Wahlebreen. Posé sur notre dinghy, un petit billet en anglais signé Mia : «Vous avez un beau bateau. Nous avons tiré un phoque barbu hier, mais nous ne pouvons pas consommer toute cette viande à nous quatre. Si vous êtes intéressés, nous sommes dans le campement de l’autre côté de la baie. C’est trop délicieux pour ne pas être partagé ».

Avant même d’avoir pu embarquer, nous avons vu foncer sur nous, un kayak. En trois coups de pagaie, Mia était là. Une sorte de sirène, sortie de la mer, avec son kayak en guise de jambes, ses cheveux blonds, ses grands yeux bleus, son sourire angélique, sa voix mélodieuse…et son morceau de bidoche bien au sec dans un sac étanche.

Moins d’un quart d’heure plus tard, sur la jupe arrière de Chamade, l’amazone blonde, le couteau bien assuré, découpait de ses blanches mains la chair ferme et sanguinolente de notre repas du soir. «Vous allez me prendre pour une barbare » dit elle, en suggérant la meilleure façon d’accommoder le phoque.
Mais non Mia, les cinq mâles de l’actuel équipage de Chamade se pâment encore en évoquant votre « incroyable » charme. Ils ont les yeux qui brillent rien qu’à évoquer votre nom et savoure votre phoque barbu comme si c’était vous qu’ils dégustaient.
PS. Pour les amis des animaux : le phoque n’est pas en voie de disparition au Spitsberg et moyennant un permis, sa chasse est autorisée.
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Par Marc à 08:08 :: 2008 Tromsö - Spitsberg 1ère partie
(Par Sylvie)
Petite grimpe à travers les moraines, la caillasse et le tapis moelleux des lichens où quelques touffes de fleurs s’entêtent à pousser. Il est une heure du matin, le ciel est bleu, la lumière un peu plus condensée et chaude que la journée. En bas, là bas, Chamade est un tout petit navire qui balance son mât dans son refuge de rochers.

Derrière la cime, c’est le coup de poing dans l’estomac : L’immensité blanche, la démesure de deux glaciers qui déboulent de nulle part et viennent confluer à nos pieds. De notre promontoire nous pouvons assister à un surprenant concerto de percussions en stéréo. Grondement à gauche : le Konowbreen, vomit ses entrailles. Elles s’échappent par une voûte creusée dans la glace et se répandent dans le fjord provoquant une grosse vague de pack qui se propage en ondes concentriques jusqu’aux rives.

Grenaille à droite, le large front buriné de l’Osbornebreen s’effrite en une pluie de glace qui crépite sur l’eau. Les glaciers jouent leur partition et se répondent. Chacun sa gamme, chacun son tempo, chacun son interprétation d’une vie millénaire quand vient la fonte des glaces.

Paraît qu’à quelques kilomètres le Comfortlessbreen est entré en surge. Cela veut dire qu’il va se payer une belle partie de toboggan et glisser tout entier sur le lit d’eau qui s’est formé par le poids de la glace. Il va glisser et avancer, sans doute, comme les glaciers plats qui ont surgé avant lui de plusieurs centaines de mètres, voire de 4 kilomètres en 6 mois. Encore un phénomène typiquement spitsberguien.
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Par Marc à 08:05 :: 2008 Spitsberg 2ème partie - Tromsö
« Paré à virer… on vire »
Ça souffle à 20 nœuds dans le goulet qui sépare l’île de Blomstrand et le glacier du même nom. C’est maintenant le 4ème bord aller-retour sur moins d’un mille.
Ce n’est pas qu’on hésite… non…c’est qu’on tourne.
A terre Olivier le réalisateur et Boy le preneur de son nous font part par VHF de leur désir : un plan du bateau sous voile passant devant le glacier.
A bord, on a pris un ris et enroulé de deux tours le génois… Ca souffle et il faut manœuvrer vite dans ce passage étroit. Mais sûr qu’avec ce soleil la prise sera magnifique.

« Ok, c’est parfait, on coupe… »
C’est désormais le rituel depuis l’arrivée d’Yvan, greffé du rein et de son frère André, donneur vivant. Un rituel d’une semaine pour transmettre un seul message :
« LE DON D’ORGANE, C’EST LA VIE ! »
Et comment mieux le démontrer qu’ici, dans cette terre d’aventure.
Montrer cette nouvelle vie offerte à Yvan, loin des centres de dialyse qui ont rythmé sa vie durant 10 ans.

Ici, à 79° nord, loin de tout, dans la solitude du Spitsberg Yvan et André prennent leur pied. Observation d’animaux, marche sur les glaciers, sommets et rencontre incroyable… c’est l’aventure qui coule dans les veines d’Yvan… et là pas besoin de purifier son sang…
Yvan qui vit, qui revit…

Ce sera à découvrir en première le samedi 13 septembre au CHUV à Lausanne.
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Par Marc à 07:44 :: 2008 Tromsö - Spitsberg 1ère partie
(Par André)
Quelle est la couleur de vos songes ? Le mien commence en gris, avant les rêves. Emerge alors des limbes une image d’avant-guerre. Un Saint-Ex blond tripote des boutons devant un cockpit à peine transparent. De l’autre côté du couloir gît un galimatias d’objets hétéroclites d’où je ne serais surpris de voir sortir un bestiaire de plumes, de poils soyeux, de cuir dur, de dents longues comme des sabres…

Soudain à mes pieds surgit l’éternité, âpre, belle, ineffable. L’avion disparaît comme bulle de savon et l’air froid s’engouffre en moi.
Resurgit de ma mémoire cette sensation enfouie de la première nuit sous les étoiles où j’ai englouti corps et esprit dans l’espace intersidéral.

Cette fois-ci, mon corps s’étale jusqu’aux horizons avant de se dissoudre en fines gouttelettes. Apparaît Marc souriant qui nous accueille à bras ouvert.
Sa vue transgresse ma Morphée et comme un sablier géant les grains de sable à l’odeur de tourbe s’écoulent en moi. En tombant ils murmurent une phrase descendue du Groenland voisin que je n’oublierai pas : « entre le ciel et la terre, il n’y a pas que de l’air » (J. Riel)

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Par Marc à 21:29 :: 2008 Tromsö - Spitsberg 1ère partie
(Par Jonathan)
« On se croirait en Valais », disent certains ; « dans les plateaux andains », disent d’autres ; « sur l’étoile mystérieuse de Tintin », osent les plus imaginatifs. La description du paysage du Spitsberg est à la mesure du dépaysement qu’il procure. Il faut le voir pour le croire, cela n’a jamais été aussi vrai que sur cette terre où l’on imagine aisément le Yéti prêt à sortir de derrière n’importe quel rocher ou plus probablement un ours blanc.

Selon mes réflexions primaires de jeune homme du 21ème siècle enfermé dans son confort et sa routine journaliers, le fait d’aller passer son été sur un voilier au Spitsberg s’avérait pur masochisme : nuit inexistante, des températures chatouillant les zéro degrés sans même culpabiliser, pour maison un nid flottant de 20 m2 à partager entre 5 personnes et un soleil se faisant désirer autant que les lèvres de Marilyn Monroe. Et, guidé par mon incompréhension totale, l’envie de demander « pourquoi ? » à ceux, ces extra-terrestres, qui ont choisi cette destination pour station balnéaire et qui, défiant les lois de la raison, ont même entrepris de me convaincre à les rejoindre.

Pourtant, porté par une curiosité acérée et pincée de goût d’aventure, je décidai de remettre mes certitudes en jeu et d’accepter l’invitation. Puis, une fois arrivé sur cette terre surprenante au terme d’un voyage digne d’un Christophe Colomb moderne, j’ai vu mon scepticisme voler en éclats. Oubliant ces conditions pour le moins particulières, je me trouve le souffle coupé devant la majesté du Spitzberg : des paysages époustouflants, une vie animale prenant le pas sur toute trace de vie humaine, de toutes part des glaciers martelant la puissance de la nature, un temps suspendu à un silence étonnant et bien d’autres secrets que je n’aurais jamais imaginé que ma planète eût pu renfermer.

Au sortir de ce périple, je ne peux que remercier les extra-terrestres de m’avoir entraîné dans leur aventure, de m’avoir permis de découvrir un spectacle que bien peu auront la chance de découvrir une fois dans leur vie. Je m’en retourne à ma vie urbaine des rêves et des images plein la tête, mon esprit revenu à contrecœur d’une évasion nordique infinie, nommée Spitsberg.
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Par Marc à 08:05 :: 2008 Tromsö - Spitsberg 1ère partie
C’est l’histoire d’un homme qui voulait transformer de la pierre en or.
En 1912 il débarquait sur l’ìle de Blomstrand, dans la baie du Roi juste en face de l’endroit où en 1916 la Kings Bay Kull Kompani allait créer la mine de charbon de Ny-Alesund, devenue aujourd’hui une station de recherche scientifique et par la même occasion le lieu habité le plus nord du monde (79° Nord).
Mais ce n’est pas du charbon qu’avait repéré Ernest Mansfield, mais des veines de marbre. D’immenses veines de marbres laissées au grand jour par le retrait du glacier de Blomstrand.

On l’imagine facilement devant ces étendues de pierres… Les livres Sterling devaient lui danser devant les yeux.
Ni une ni deux, l’homme décidait d’installer une carrière, là au bout du monde. 4 maisonnettes, des rails pour rouler les wagonnets, des grues sur les rochers dominants la baie, des machines…

Le temps d’installer tout ça et d’attaquer la roche, de la tailler, de la stocker, de la charger sur un navire… 3 années avaient passé. 3 années de dépenses, d’investissements…
"Vous allez voir ce que vous allez voir…."
Restait plus qu’à toucher les dividendes dès l’arrivée du navire sur les quais de Londres…
Mais le Spitsberg, on le sait, est imprévisible… Voilà pas qu’arrivé sous les latitudes britanniques, le marbre commença à s’effriter, à partir pratiquement en poussière.
Fragile, beaucoup trop fragile… Fragilisé par le froid, le permafrost, les micro-bulles de glaces contenues au cœur de la pierre.
Le rêve était parti en poussière… et Ny London pouvait entrer dans la légende rouillée du Spitsberg.

Quand à Mansfield, qu’est-il devenu ? Y-a-t-il englouti toute sa fortune ? Impossible ici de le savoir. Mais sur Internet vous devriez pouvoir trouver. Le concours est ouvert. A vous de jouer les wikipedia. Réponse via e-mail sur "chamade@sunrise.ch" On ne manquera pas de publier la réponse sitôt le contact internet rétabli fin août.
Triste mais belle histoire… belle illustration du risque industriel, de l’esprit pionnier.
On oublie souvent ceux qui investirent leur fortune dans des projets grandioses au tournant du 19ème siècle. Certains sont devenus rois du pétrole, d’autres y ont englouti leurs rêves.
Comme le rêve d’Ernest Mansfield, figé à jamais par le froid dans ces confins perdus du Grand Nord.
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Par Marc à 08:00 :: 2008 Tromsö - Spitsberg 1ère partie
(Par Elena)
Me revoilà à bord de Chamade, une année après le voyage en Ecosse durant lequel, avec Sandra, nous avons participé à la réalisation d’une émission pour la RSR (Un dromadaire sur l’épaule), à la fois récit de voyage et témoignage de notre vécu de transplantées cardiaques, dans la cadre de la journée nationale pour le don d’organe. Cette année pas de micros, puisque le relais est pris par Yvan et André. J’ai simplement la chance de revenir à bord avec Sylvie et son fils Jonathan, Marc et sa fille Marine. Avec eux je me fonds dans un rythme de vie dicté par les conditions météo changeantes. Les premiers jours la pluie, le vent, le brouillard. On s’y adapte, on s’ennuie parfois, mais de cet ennui là il me semble en avoir besoin. Il laisse la place à l’intériorisation, à la réflexion, et aussi parfois à une meilleure communication, loin de la vitesse d’un quotidien régit par la valorisation des agendas les mieux remplies.

Puis le soleil vient… et aussi l’envie d’extérieur, de bouger. Le 16 juillet, nous avons le plaisir de vivre trois journées en une seule.
16 juillet minuit, il fait beau, on part la voile depuis l’Ile Prinz Karl pour entrer dans St JonsFjord. Pendant la traversée on prépare en cachette un gâteau au chocolat pour fêter les 20 ans de Jonathan. Dès notre arrivé au mouillage à 3 h (du matin évidemment) c’est la petite fête sur le pont de Chamade: Champagne, gâteau, bougies, crème solaire et lunettes de soleil. Je me dis que j’aurais aimé fêter mes 20 ans ainsi.
16 juillet 9h00. Après une courte « nuit » on part en ballade. Notre destination sera de l’avis général nommée Pointe Chamade, puisque nous avons l’impression d’être les premiers à monter sur ce petit sommet. De retour sur le bateau, difficile de s’arrêter. On repart visiter deux glaciers, on se promène en dinghy au milieu de petits et de grands glaçons.
16 juillet 21h00. Je me dis que il n’y a pas mieux qu’un bon dîner chaud. (Je me dis aussi que le blog de Chamade pourrait aussi proposer les recettes de cuisine de bord, car sur Chamade on mange bien). Je commence aussi sentir un peu de fatigue… mais… (nous dit Marc) le sommet juste à côté, d’où l’on soupçonne une magnifique vue sur deux glaciers mérite de détour, « faut pas le louper, surtout à minuit ! »
Et alors nous revoilà rechaussant nos chaussures de marche. La vue en haut est en effet grandiose et émouvante.
Nous voilà à la fin de 24h en plein soleil.
Un peu frénétique tout ça non ?
Oui, mais aucun sentiment d’agitation. Juste le plaisir d’être là où on est.

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Par Marc à 21:28 :: 2008 Tromsö - Spitsberg 1ère partie
Il fait beau… beau depuis 36 heures…
C’est arrivé comme ça, mardi soir vers 23 heures… C’est vrai qu’on le sentait depuis quelques heures : des déchirures, des trouées, une lumière plus vive là-bas vers l’est…
Et soudain... grand bleu, juste avant minuit, avec tout de suite cette lumière incomparable, unique, des nuits blanches polaires.
Alors quand il fait beau… il faut en profiter.
A minuit, on lève l’ancre direction St Jonfjord. Et on hisse les voiles ! La brise est parfaite, grand-voile et génois, le bateau file, vent de travers, à 6 nœuds. Splendide !

2 heures et demi du matin, l’ancre tombe au fond du fjord au pied du Lövelibreen (glacier du Lövely). Sur le pont avant, le champagne est sorti, le gâteau d’anniversaire aussi, Jonathan fête ses 20 ans par 79° Nord !

4 heures du matin, tout le monde au lit, même si c’est difficile de se décider à aller dormir par une lumière pareille.
10 heures du matin : réveil général et bientôt départ pour la « Pointe Chamade » (330m), petite pointe repérée sur les contreforts du Gunnar Knudsen Fjella. 2 heures de marche sur de longues moraines pour atteindre cette pointe où assurément personne n’a dû encore mettre le pied. Nous dressons un cairn pour marquer cette première historique !
Même les animaux sont de la partie, un couple de lagopèdes et un renne qui broute paisiblement les maigres prairies de lichens.

Puis redescente par l’autre flan et retour par le glacier du Löveli, grand toboggan lisse, glacé mais sans crevasses vu la douceur et l’uniformité de la pente.
16 heures, Chamade se glisse au pied du glacier de Konow, saluant au passage un phoque qui finira par plonger de son perchoir glacé. Plus loin un de ses congénères ahane pour grimper sur son glaçon.

23 heures : le soleil de minuit s’annonce grandiose ! Le dinghy est à l’eau et nous débarquons pour grimper sur les contreforts du Valentin Ryggen jusqu’à une épaule à 280 mètres d’altitude. A gauche le Konowbreen qui se jette dans la mer, à droite l’Osbornebreen qui fait de même. 2 immenses fronts glaciaires avec derrière à chaque fois d’immenses glaciers… C’est Aletsch à chaque coin de rocher !

A 2 heures 30, on se couche… eh oui, même sur Chamade par beau temps on finit par succomber au sommeil !
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Par Marc à 07:56 :: 2008 Tromsö - Spitsberg 1ère partie
Gris, pluie, brouillard… toujours et encore… Quand on sait ce qui se cache derrière… on ne peut que rager ou déprimer.

Vont-ils pouvoir apercevoir tout cela… jouir de cette lumière unique de minuit, mesurer l’étendue des glaciers, voir le bleu des glaçons scintiller dans le soleil ?
Bref juste subir ce choc que tous ceux qui sont passés par là ont ressenti…
Cette émotion qu’on peut apercevoir ensuite dans les regards…
On ne revient jamais indemne du Grand Nord…
Pourvu qu’eux aussi puissent être touchés !

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Par Marc à 07:54 :: 2008 Tromsö - Spitsberg 1ère partie
Le titre donne bien la sensation vécue… Un vrai changement volant d’équipiers. De haut vol devrait-on dire.
Le vent de nord-ouest souffle fort sur Ny-Alesund et la baie est très mal protégée. Seul le quai en béton offre derrière son coude un petit abri précaire. Mais les vagues rendent l’approche plus que délicate. A la VHF, l’équipage du Morgenstjernen, le voilier du biennois Bjorn Kjelsberg, déjà abrité, nous donne quelques indications… C’est petit, mais il y aurait juste de quoi nous laisser entrer. Après répétition verbale des tâches de chacun on se lance… on entre en force pour rester manoeuvrant, arrière toute à ras du quai et hop 4 amarres… Ouf on y est..

René, Claude et Eric peuvent débarquer et attraper l’avion… (qui, heureusement, peut encore juste voler)
Avion par lequel arrive Elena, Marine et Jonathan… sous une pluie battante… drôle d’accueil ! La jeunesse embarque…. Mi curieuse... mi dubitative…
Bienvenue quand même!

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Par Marc à 22:41 :: 2008 Tromsö - Spitsberg 1ère partie
Réveil par un soleil éclatant. Plus trace de brouillard. On débarque sur la plage avec les skis. On a repéré sur la carte un sommet qui devrait nous donner un beau point de vue sur la région : le Gertrautoppen qui culmine à 760 mètres d’altitude.

Montée tranquille par un soleil chaud et arrivée sur la crête sommitale. Là. Ça vous prend aux tripes. C’est sublime ! 800 mètres plus bas, le front du glacier du Smeeerenburg s’étale dans la mer. Un front immense, plus de 4 kilomètres de large et près de 70 de haut. Devant des centaines de mini iceberg, fruit du lent effondrement des séracs dans la mer. Et des couleurs incroyables : du bleu profond, du turquoise, du jade, du beige. La mer et le limon jouent de l’acquarelle.

Et comme dessert une superbe descente. La neige est molle, transformée, mais parfaitement skiable. Un grand, un tout grand moment, et sans doute une fois de plus une première !

Il ne restait plus qu’à se glisser à la voile au pied du glacier, ce qui fut fait quelques minutes plus tard.

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Par Marc à 22:40 :: 2008 Tromsö - Spitsberg 1ère partie
Journée de repos forcée ce jeudi. Tout est bouché, cotonneux. Le vent est tombé et le brouillard s’est refermé sur la baie de la Madeleine. Petite descente à terre pour visiter les tombes des baleiniers hollandais du 17ème siècle, venu chercher baleines et phoques, et donc fortune, mais qui ne trouvèrent que la mort.

La mort qui rode partout dans cette région, où les restes des stations baleinières de l’époque sont encore parfaitement visibles et strictement protégés par la loi, une obligation après les pillages de tombes des premiers visiteurs touristiques.

Ce n’est que vers 22 heures que le brouillard semblant se déchirer un peu. Nous mettons en route cap au nord pour le Smeerenburgfjord, qui la semaine dernière était encore totalement pris par les glaces.
La visibilité est médiocre, mais le paysage d’autant plus fantasmagorique. On se glisse au moteur dans le détroit de Dansköya , pour aller finalement jeter l’ancre dans l’anse de St Laurentius. Tout redevient cotonneux, le brouillard se referme… on va se coucher par 79 degrés 39 minutes de latitude nord.
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Par Marc à 22:37 :: 2008 Tromsö - Spitsberg 1ère partie
(Par Sylvie)
Entre deux parties de ski, nous allons chatouiller les pieds des glaciers. Glissant, sur Chamade, à travers de fugaces sculptures de cristaux flottants, nous croisons parfois quelques phoques bronzant sur sa petite plage de glaçon à la dérive.

Nous sommes allés également présenter nos hommages à une colonie de morses amorphes, affalés les uns sur les autres, sur un bout de grève bien imprégné de leurs effluves. Nos charmants hôtes ont à peine daigné lever la tête à notre approche. Leur vie de morses – protégés par le gouvernement norvégien - se résume à bouffer, dormir et se baigner – pour bouffer-. Autant dire que les questions métaphysiques qui doivent pas trop les travailler, même lorsqu’ils voient débarquer des milliers de bipèdes, harnachés à leurs appareils photos.


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