Accueil Livre de bord Le bateau L'équipage Le projet Expéditions passées Contact & liens
vendredi
31
juillet - 2009

Petrozavodsk: "Klassna"


(par Sylvie)
Qu’est-ce que nous avons fait pendant trois semaines à Petrozavodsk ? D’abord Petrozavodsk est la capitale de la Carélie et une capitale ça se visite. Ensuite nous n’avons pas arrêté de courir: la blanchisserie, le coiffeur, les courses, une rencontre avec des greffés et leur médecin, la presse (la télé nationale et une télé locale). Et puis le tournage. Ben oui ! Le tournage de Paju* …Ça te bouffe un film pour la TSR ! Devant et hors camera, il faut tenir son rôle, implorer Eole pour les prises de vues et goûter aux rites de notre Croisette chamadienne.






Pour le reste : shopping, visite de la ville, musées, flâneries au bord du lac… Très jolie, la Promenade Onejskaia avec ses parcs ombragés, ses sculptures modernes alignées sur le quai, ses guinguettes où l’on vient boire des bières et guincher la nuit. Sans oublier les méditations avec Marx et Engel sur le passé, le présent et l’avenir du socialisme




Petrozavodsk est une ville estudiantine (deux universités) très sympa et par certains côtés presque européenne. Côté bistrots par exemple. On trouve des pubs presque irlandais, une brasserie presque bavaroise, une pâtisserie presque viennoise (avec un très bon capuccino) et même un Mak-Dak, presque américain. Plus chic le restaurant Karelia où nous avons goûté la cuisine traditionnelle de la région : Kalitka (sorte de tartelettes fourrées, en forme de barque), poissons, viandes de renne, d’élan et même d’ours.
Cela dit, difficile de réaliser que nous sommes dans le Nord. De la Russie. Il fait une chaleur à crever (25°) tout le monde se balade en manches courtes, les gens vont à la plage, dans les parcs ou au bord du lac.

De la Marina Peski où nous sommes amarrés, on les voit faire du ski nautique et du parachute ascensionnel. Certains voltigent au dessus Chamade en ULM, pour mieux découvrir cet OVNI étranger, le premier à être accueilli dans la nouvelle marina, encore en chantier.
Le 2ème voilier étranger sera celui de Tiina et son frère, qui, en famille participent depuis plusieurs années à la Petrozavodsk Regata. Ce sont des Finlandais, amoureux de cette Carélie qui a tant de fois changé de nationalité au gré des guerres russo-finlandaises, des conquêtes et des reconquêtes. Après la deuxième guerre mondiale, leur grand-père russe, s’est retrouvé, comme bien d’autres, du côté finlandais de la frontière où il est resté, sans pour autant renoncer la religion orthodoxe que son petit fils pratique encore aujourd’hui. Voilà pourquoi en Carélie, la famille de Tiina se sent encore un peu chez soi. Sauf que son bateau, elle a dû, cette année encore, le convoyer par la route. Parce qu’en dépit de demandes répétées, elle n’a jamais pu obtenir l’autorisation.de naviguer à travers les canaux. Mais pour la régate, et le lac Onega, c’est ok. Même que Tiina et son frère, EUX, ont pu se rendre aux îles Kiji, sur leur voilier et sans pilote ! Pour réparer cette injustice, nous les avons accompagnés un bout dans la régate.

Nous sommes aussi allés nous détendre au centre Aqvatica. « Klassna », comme on dit ici: Piscine, toboggan, jacuzzi, jets de massages décapants, sauna, bain turc, palmiers en plastiques et propreté hyper helvétique. Comme du reste, la « bania » – le bain public- de Petrozavodsk dont j’ai découvert le charme désuet et torride. Quand je dit torride je parle de la chaleur intolérable de la « parlika » dans laquelle mijotent les femmes – pas été voir chez les hommes- écarlates qui, chapeau cloche sur la tête (pour renforcer encore l’effet de la chaleur) se fouettent à grand coups de branches de bouleaux, avant d’aller faire leurs ablutions sous la douche ou en se servant de bassines. Un cycle qui se répète plusieurs fois par heures et peut durer deux ou trois heures, sans que mort s’en suive.



Moi j’ai tenu moins d’une heure, sans me fouetter, mais en me brûlant les pieds. A vrai dire j’ai préféré la version plus intime de la « bania » de campagne, testée au Solovsky.

Avec tout ça, j’ai oublié de vous dire que Petrozavodsk a été, pour changer, fondée par Pierre le Grand, en 1703 et que son nom signifie « usine de Pierre », même si c’est l’industrie du bois qui prime aujourd’hui. On en voit beaucoup des Pierre le Grand, autant que celles de Lénine. Ou presque. La différence c’est que le Tsar montre la voie à suivre, le bras pointé vers le sol et Lénine le bras pointé vers le ciel. Si quelqu’un peut me dire pourquoi, qu’il m’écrive.



  • « Passe-moi les jumelles » sur la TSR, émission prévue pour le mois de novembre
jeudi
30
juillet - 2009

Hard Life au Yacht-Club Peski

Une fois de plus, l’accueil aura été formidable et chaleureux.
A Petzrozavodsk, c’est tout au fond de la baie que se cache le Yacht-Club Peski.
Et plus qu’un long discours, rien de tel qu’une petite vidéo pour vous mettre dans l’ambiance :

http///
///





Et c’est vrai qu’on se sent bien dans ce petit havre de paix à 10 minutes de taxi de la ville (120 roubles/4$ la course).
Le Yacht club s’est installé ici depuis un peu plus d’un an, à la suite d’une tempête qui a détruit une partie de l’ancien club situé devant la ville. Il se cache derrière une ancienne jetée d’une usine de bois, que le club a remis en état. Et Andreï, le propriétaire du Yacht-Club, n’a pas hésité à récupérer une ancienne maison flottante qui servait de gare maritime. Il compte bien la restaurer et en faire un club-house et un restaurant. Et même si on en est qu’au tout début, cela augure d’une suite plus que sympathique.



Surtout que le Yacht-Cub de Peski, s’il vit aujourd’hui surtout grâce aux amateurs de pêche au saumon, c’est aussi le nid de passionné de voile. Andreï, le propriétaire et son voilier « Carelia », ainsi que Slava qui sort tous les soirs avec son « Julia ».



Et les 2 participent aux régates de l’Onega, qui tiennent lieu cette année de championnat de Russie de la classe des 8m50. Les compétiteurs viennent de loin, de Moscou, de St Petersbourg ou même de Samara (2000 km) tractant leur voilier sur des remorques. Les équipages sont professionnels pour la plupart et le niveau est très élevé. Mais Andreï et Slava, des amateurs, se réjouissent déjà de se confronter aux meilleurs. Et Slava finira 5ème. Beau résultat qu’il accueille avec un sourire mitigé, lui qui voudrait tant faire encore mieux. Et qui espère « si je fais un bon business cet hiver !», pouvoir consacrer tout l’été prochain à faire l’ensemble des 6 compétitions au programme de cette classe des 8m50 russes.



Mais cela coûte cher, il faut compter au moins 15 à 20'000 dollars pour couvrir les frais de voyage et d’hébergement de son team de 4 personnes.
Slava est un vrai passionné de voile, qui y consacre tous les loisirs d’été (l’hiver c’est le snowkite) que lui laissent ses responsabilités de manager local de Delta Timber, une grosse entreprise égyptienne d’importation de bois.
Dans la cabane en rondin qu’il a installé dans le yacht-club, siège autoproclamé de la Fédération russe de voile, Slava veille aussi bien au bon déroulement des régates qu’à l’accueil « de premier voilier étranger du Yacht-Club ».



« En venant ici, vous avez donné un nouvel esprit, une nouvelle dimension à notre club » nous dit-il.
Faut-il préciser que l’inverse est tout aussi vrai.
Spaciba Slava, Spaciba Andreï.


Pour le Yacht-club :
Contacter Dmitriy le manager du club par e-mail : silver-trolling@onego.ru

Pour les régates :
Slava Rymashevsky rymashevsky@sampo.ru



Le club peut fournir du diesel par camion (23 roubles, excellente qualité), de l’eau minérale en bouteille de 20l (100 roubles). Et un camion grue si nécessaire
dimanche
26
juillet - 2009

Petrozavodsk : une nouvelle rencontre entre greffés

A Petrozavodsk une nouvelle fois la porte s’est ouverte pour une nouvelle rencontre entre greffés suisses et russes. C’est avec Sandra menthonnex, greffée du cœur, que nous nous sommes rendus à l’hôpital de la ville pour y rencontrer 8 greffés du rein réunis autour du docteur Alexander Vassilievich.

Une rencontre une fois de plus émouvante, permettant à Sandra de découvrir les réalités et les difficultés de la transplantation en Russie. L’occasion de mesurer les sacrifices consentis par ces nouveaux amis pour s’offrir une nouvelle vie. Rencontre à l’hôpital emprunte de solennité, suivie d’une soirée au bateau où les rires et les sourires nous auront une fois de plus émus.



L’occasion aussi de mesurer une nouvelle fois l’intérêt des médias russes pour le sujet. 3 reportages y ont été consacrés sur les chaînes de télévision publiques et privées de Carélie. Et le quotidien local a publié également un article et une interview faite avec Harold, greffé des poumons et du rein, tout juste arrivé de Suisse pour prendre le relais de Sandra comme équipier de Chamade.

La suite, ce sera à St Petersbourg, avec le Forum sur la transplantation, organisé le 12 août par la Croix-Rouge locale à l’occasion du passage de Chamade. Forum qui réunira médecins et spécialistes du CHUV de Lausanne et de l’Institut universitaire Pavlov de St Petersbourg, le début d’une collaboration que les 2 institutions veulent mettre en œuvre.

samedi
25
juillet - 2009

Ouf ! Pas besoin de démâter Chamade

Les images sont dans la boîte, nous voilà de retour à Petrozavodsk, avec toute l’équipe de « Passe-moi les jumelles » l’émission de la TSR (Télévision Suisse Romande). Les voilà repartis avec Sandra (greffée du cœur) laissant la place à un nouveau greffé (des poumons et d’un rein), Harold qui va nous accompagner jusqu’à St Petersbourg. Toujours un temps radieux, du soleil et de la chaleur (25-27°). De quoi profiter des longues soirées à Petrozavodsk.

Surtout que, bonne nouvelle nous n’avons pas besoin de démâter. C’est un appel du responsable des ponts situés sur le parcours entre le lac Onega et St Petersbourg qui nous l’apprend. A notre grande surprise il nous indique les horaires d’ouverture possible des ponts en nous demandant simplement de l’avertir 24 heures à l’avance. Alors que jusqu’à présent on nous avait toujours dit que ces ponts ne pouvaient plus se lever. Peu importe et tant mieux ! C’est tout de même un gros boulot et une manœuvre un peu délicate que nous éviterons. Et nous arrivons même aussi à faire plier le responsable des pilotes du lac Onega, lui qui nous refuse toute escale depuis 2 semaines que ce soit à Kiji ou sur les 70 milles que nous devons encore parcourir jusqu’à l’embouchure de la Svir, la rivière qui relie le lac Onega au lac Ladoga. Il finit par nous autoriser une escale à mi-parcours. (On vous passera les détails et arguments de la négociation !).

Nous avons donc fait des calculs savants pour prévoir les enchaînements (ce sera juste juste entre les 2 ponts qui enjambent la Svir) mais cela devrait aller, et nous prévoyons donc d’arriver dans la nuit de samedi et dimanche prochain (8-9 août) à St Peterbourg, puisque les ponts de la ville ne s’ouvrent qu’entre 2h et 4h du matin.

vendredi
24
juillet - 2009

Le Pogost de Kiji



html//////
jeudi
23
juillet - 2009

Le Don Camillo de Kiji



html//////
jeudi
23
juillet - 2009

Super Père Nicolaï

(par Sylvie)

C’est le Père Nicolaï qui nous a sauvé des eaux stagnantes de l’administration russe, dans lesquelles nous nous étions embourbés. Sans lui, la télé aurait dû zapper sur les Kiji ou se contenter d’une ballade touristique avec l’un des troupeaux qui débarque chaque jour de l’hydroglisseur pour visiter les Eglises en bois du XVIIIème siècle, inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO et le musée à ciel ouvert qui l’entoure.
Quand nous l’avons vu foncer vers le ponton, où nous l’attendions, dans son canot à moteur qu’il conduit comme une fusée, nous avons cru à une apparition du genre Spiederman, travesti en Jésus Christ.

« Je vous préviens, je ne marche pas sur l’eau », lance-t-il d’emblée, dans un français impeccable. Car s’il est depuis 12 ans le « recteur » de la paroisse de l’archipel des Kiji (5'000 îles et îlots flottant au milieu du lac Onega qui constitue une zone naturelle protégée) le Père Nicolaï est né en France, issu d’une famille de Russes Blancs, réfugiée à Paris.

Regard bleu transparent, boucles bondes, à peine grisonnantes et barbe de prophète, le père Nicolaï joue à fond de son charme, comme de sa soutane pour soigner son image et surtout celle de l’Eglise orthodoxe. Il ne marche pas sur l’eau, mais il sait faire un petit miracle, en nous obtenant en quelques heures une autorisation officielle de filmer dans l’enceinte du musée. Ménageant à la fois le suspens vis-à-vis de nous (« ça va être difficile de convaincre la directrice du musée en si peu de temps ») les formes officielles (une lettre adressée à la directrice du musée qu’il rédigera lui-même, au nom de la TSR) et l’autorité qui lui concède de pouvoir officier dans les églises du musée (surtout ne pas se mettre à mal avec elle). Car les églises des Kiji, restent propriété de l’Etat et du Musée qu’il a créé dans les années 50. Jamais elles n’ont été restituées au pouvoir religieux. Et il a fallu attendre 60 ans pour que l’Eglise puisse désigner un successeur au Père Alexandre, fusillé en 1938.

Super Père Nicolaï qui joue avec humilité (un mot qu’il aime bien) son rôle de curé de campagne, pétulant, chaleureux et charismatique. A la fois médiateur et protecteur de ses ouailles, un millier d’âmes éparpillées dans quelques îles, il se présente à nous dans sa fonction. Mariant à merveille sa bonhomie naturelle avec la rigueur de sa foi qu’il vit « dans les tripes », il veut nous faire partager son enthousiasme pour l’Eglise orthodoxe « qui est très concrète et beaucoup moins formelle de l’Eglise catholique », assure-t-il. Et se régale de notre émotion lorsqu’il nous invite à assister à un baptême et même à filmer la cérémonie.

Super Père Nicolaï qui nous raconte « ses » Kiji : l’hiver quand on y rencontre parfois des loups et des ours, ou quand il vient de Petrozavodsk en moto-neige pour officier. L’été quand il vit dans la maison en bois que le musée lui met à disposition et s’adonne à la pêche. Il nous conduit en bateau à travers les îles et les roseaux, nous fait découvrir les chapelles qu’il est parvenu à réhabiliter pour y célébrer l’office, à tour de rôle. Chacune a son histoire, son icône qu’il connaît par cœur.

Père Nicolas, pêcheur à la ligne devant l’éternel mais aussi « pêcheur d’hommes », comme il aime à se définir. Communicateur dans l’âme devant Dieu et devant la presse, il maîtrise à merveille son image médiatique, embraquant tout son petit monde télévisuel pour un pique-nique dans la forêt. Sans soutane, ni caméra. Personne ne pourra s’emparer de sa face cachée. Celle qui fait rimer nature avec Epicure.

Merci mon Père pour tous ces moments d’échanges (profonds ou moins profonds) de convivialité mais aussi de mysticisme que vous nous avez apportés. Merci de nous avoir fait découvrit vos Kiji. Comme vous l’avez dit, vous-même « nous allons nous revoir, je le sais ».

mercredi
22
juillet - 2009

Kafka s’invite à bord

Lundi 13 juillet, Chamade quitte le mouillage de Povenets, à l’extrêmité sud du canal du Belomorsk. On croyait avoir terminé la partie la plus sensible de notre voyage russe, qu’il ne nous restait plus qu’à se glisser tranquillement dans une Russie de plus en plus touristique et occidentale…
Quelle erreur !

Nous pensions débarquer le pilote à Povenets et continuer tranquillement seul à travers le lac, mais nous constatons bien vite qu’il n’en n’est pas question et que notre pilote nous suivra jusqu’à Petrozavodsk.
C’est donc sous la conduite toujours aussi discrète et sympathique de Vitaly que nous entamons la traversée du lac Onega. Le deuxième plus grand d’Europe, 16 fois le Léman, c’est dire ! Au programme, une brève escale aux îles Kizhi, site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, histoire de faire un petit repérage et de préparer la suite du tournage prévu dans une semaine avec l’équipe de « Passe-moi les jumelles », l’émission de la TSR, la Télévision Suisse Romande.



Et si dès notre arrivée le site paraît immédiatement prometteur, une baignade et une nuit plus tard, on devine qu’il y a un petit lézard. Vitaly est nerveux. Il vient d’avoir plusieurs échanges avec le garde-port puis par téléphone avec on ne sait qui. : « C’est le FSB qui n’est pas content. (Le FSB l’ex KGB, l’équivalent de la sécurité intérieure). Ils disent que vous n’avez pas d’autorisation pour vous arrêter aux Kizhi ».
Sur le moment on sourit, on lui remontre notre autorisation qui mentionne le Lac Onega, ou se situent les Kizhi, et Vitaly acquiesce. « Pas de problème, pas de problème… » mais il n’est guère plus loquace, et nous levons l’ancre sans plus tarder direction Petrozavodsk.

A peine arrivés à la petite marina de Petrozavodsk que Vitaly débarque au plus vite pour attraper son train de retour, en nous recommandant d’appeler sans tarder les autorités des « voies navigables intérieures ». Ce que nous faisons dès le lendemain matin pour nous heurter à un mur. « Pas question d’aller aux Kizhi nous dit le responsable et pas question de nous fournir un pilote. Votre autorisation ne mentionne pas les Kizhi et le FSB est très mécontent de votre escale là-bas ».
Inutile d’insister, il faut passer à un autre niveau. On se dit que le malentendu va se régler rapidement… là encore… quelle erreur!
On a beau rappelé que notre autorisation signée par Vladimir Poutine mentionne le lac Onega et que les îles y sont au milieu, on nous répète que le mot Kizhi n’y figure pas. Et 5 jours de palabres téléphoniques n’y changeront rien. Ni notre agent de St Petersbourg, ni nos contacts à Moscou et en Suisse ne vont arriver à débloquer la situation. Nous sommes en juillet et les responsables sont en vacances. Faute de pouvoir joindre le bon niveau, le Niet reste un Niet. Tous les Russes avec qui nous en parlons trouvent cela ridicule mais ils ne s’en étonnent pas. La bureaucratie n’a pas encore fait sa révolution. Et si en Occident on considère généralement que tout ce qui n’est pas formellement interdit est autorisé, ici c’est encore l’inverse, tout ce qui n’est pas formellement autorisé reste interdit. Chamade ne retournera donc pas aux Kizhi, (ou Kiji) et c’est finalement avec la Comète, l’hydroglisseur, que nous débarquerons pour une nouvelle aventure qui va s’avérer magique par la grâce d’une rencontre.

lundi
13
juillet - 2009

La grande échelle du BBK

Vendredi 10 juillet:
Cette fois-ci tout est ok: Le vent est retombé et Vitaly, notre pilote est à bord. Nous pouvons nous lancer dans la traversée du BBK, le Belomorsko-Baltisky Kanal. Une traversée inoubliable qu'on vous propose en deux épisodes:

html//////

html//////
vendredi
10
juillet - 2009

Le canal du Belomorsk: une terrible cicatrice


html//////


Pour en savoir plus:
Anne Brunswic: "Les eaux glacées du Belomorskanal", Editions Acte Sud, 2009
Carnet de voyage dans la région du canal, en hiver 2007, à la rencontre des habitants de cette région hantée par l'histoire tragique de sa construction. Très beau témoignage.

ou: www.annebrunswic.fr
jeudi
09
juillet - 2009

Canal du Belomorsk : Les choses sérieuses commencent tout de suite

Mardi 7 juillet. La Mer Blanche peut connaître trois tempêtes par jour, elle peut aussi offrir des jours successifs de calme plat. Comme ce mardi 7 juillet où c’est au moteur que nous parcourons les 40 milles qui séparent les îles Solovetsky de Belomorsk, le port d’entrée du BBK, le Belomorsko-Baltiskiy Kanal. Vladimir Ivankiv, notre agent de St Petersbourg nous a juste donné un numéro de téléphone, celui de Vasilij Bogdanov, le capitaine du port, en nous indiquant que celui-ci nous attend pour l’entrée dans le fameux canal. Dès que nous avons le réseau, Tatiana, notre interprète, (qui nous accompagnera jusqu’à St Petersbourg) l’appelle et tombe sur l’un de ses adjoints qui nous demande de passer sur le canal 10 de la VHF. « Yart Chamad… Yart Chamad… ». « Slouchaïou » (J’écoute). Ici l’anglais n’a plus court et Tatiana prend un cours accéléré de VHF pour jouer les intermédiaires. Le port nous annonce qu’une pilotine vient à notre rencontre pour nous guider dans le chenal.

19h00 : La rencontre est faite aux premières bouées et nous la suivons dans ce coin où les profondeurs sont plus que limitées et où le chenal d’accès doit être continuellement maintenu par dragage. Sur la carte électronique (C-Map), des jetées, une darse et un port sont indiqués, mais bien vite nous avons l’impression qu’un cataclysme est survenu dans la région. Tout est à l’abandon, depuis les quais à moitié écroulés, jusqu’à la grue qui rouille tranquillement. Un cataclysme qui a pour nom « Perestroïka » (Restructuration) et qui condamna pratiquement toute cette région à une lente agonie au début des années 90 (nous y reviendrons).

D’ailleurs la pilotine ne s’arrête pas et nous guide directement vers l’entrée du canal et sa première écluse qui arbore un feu vert nous indiquant que la voie est libre. Une écluse assez impressionnante, de plus de 100 mètres de long, et de 20 mètres de large. Elle est à l’image de toutes celles de ce canal qui pourrait laisser passer de gros navires, si ce n’était sa profondeur –tout juste 4 mètres- qui condamna presque dès le départ ce canal à une utilité réduite.

D’un geste de la pilotine on nous indique de nous amarrer à l’un des gros crochets coulissants installés dans la paroi de l’écluse qui fait bien 8 mètres de haut. Nous « cravatons » le bateau avec une amarre courte fixée au milieu du bateau et je le maintiens ainsi marche avant lente le long de la paroi. Déjà les portes se referment et très vite l’eau monte dans l’écluse.

A peine le niveau atteint que la porte amont s’ouvre et qu’on nous fait signe de nous dépêcher : le pont routier est entrain de s’ouvrir, et il ne faut pas bloquer la circulation trop longtemps, même si celle-ci n’a pas l’air très intense.
Et nous repartons de plus belle pour 1 mille avant qu’on nous fasse signe de nous amarrer à un quai en béton au milieu de presque de nulle part, si ce n’est derrière les arbres, une bâtisse bleue qui s’avère être ce qui reste de l’administration portuaire de Belomorsk. On nous y emmène de suite, pour s’entendre dire qu’il faudra revenir le lendemain à 8h30.

Mercredi 8 juillet :
A 8h30 nous y voilà de nouveau avec Tatiana, notre interprète. Le capitaine du port, Monsieur Bogdanov est là, deux de ses collaborateurs aussi, mais ils nous disent qu’il faut attendre 9h, l’heure du début du travail.
Ce que nous faisons en discutant tranquillement du canal. De son déclin : 1400 navires par an (durant les 6 mois où le canal n’est pas gelé) en 1990, à peine 100 à 200 actuellement. Mais le canal est en rénovation et l’on espère voir le trafic retrouver les beaux jours d’antan.
A 9h, enfin les papiers commencent et très vite on m’apporte la facture pour le transit. 75'000 roubles ! 2500 dollars ! J’en laisse presque tomber le papier de surprise. Lors des préparatifs de ce printemps, c’est de 7 à 800 dollars dont il était question ! « C’est le prix du pilote » m’explique-t-on, en me montrant les 70'000 roubles indiqué sous frais de pilotage. Pour 2 jours et demi de traversée, c’est tout de même beaucoup quand on sait qu’un salaire de 20'000 roubles mensuels est déjà élevé aujourd’hui en Russie. Il est évident que je refuse catégoriquement… et la valse des téléphones commence ! Je rappelle que nous sommes là grâce à une autorisation exceptionnelle… puis j’appelle notre agent à St Petersbourg qui évidemment trouve cela totalement irréaliste. Mais comme il n’y a pas de précédent ou presque, bien difficile de savoir ce que doit être le prix juste. Monsieur Bogdanov commence à être mal à l’aise, les conciliabules se poursuivent et bientôt, Vladimir, notre agent de St Petersbourg rappelle pour nous dire que tout est arrangé avec l’administration centrale du canal, qu’ils se sont trompés, qu’ils nous ont facturé le prix pour les navires de commerce et que le tarif sera celui des « bateaux de loisir». Et une nouvelle facture de 24'655 roubles (800 dollars) nous est présentée. C’est une sortie élégante et nous payons sans rechigner. Monsieur Bogdanov est vraiment désolé du malentendu.

On se salue et rendez-vous est pris pour le lendemain à 16h, puisque le pont de chemin de fer, 2 milles en amont, n’ouvre qu’entre 16 et 18h. (ligne Mourmansk - Moscou)
9 juillet :
16h : Notre pilote, Vitaly, est au rendez-vous, avec son sac pour 3 jours. Mais le vent souffle à plus de 20 nœuds. Trop pour permettre de lever le pont ferroviaire. Le passage est renvoyé de 24 heures. A suivre…

mardi
07
juillet - 2009

Le salut des bélougas


html//////
lundi
06
juillet - 2009

Vodka, alcool, etc…

C’est un vieux Ford Transit orange, il arrive à toute allure dans cette rue en terre du village de Solovestky. Il tressaute, cahote… son moteur rugit et soudain il part « en crabe ».
Heureusement nous sommes à une vingtaine de mètres, hors de portée. Mais ce n’est pas le cas des ces deux femmes juste au bord du virage. Comme si elles présentaient la suite, elles courent se mettre à l’écart alors que la camionnette amorce un immense dérapage dans un nuage de poussière et les frôlent à moins d’un mètre. Mais loin de couper les gaz, le chauffeur garde le pied sur l’accélérateur, et continuant sa folle embardée le vieux Ford retraverse toute la route, enfonce la palissade d’un jardin, et va s’encastrer dans un arbre, juste devant un bâtiment en bois.

Silence soudain, tout est immobile. Au bout de longue seconde, un type s’extirpe du véhicule… louvoie en titubant avant de s’affaler devant la maison. Son front qui vient de finir sa course contre le pare-brise est en sang. Mais l’homme s’agite, beugle des phrases inintelligibles, avant que quelques locaux viennent le calmer… Il s’en tire bien !

Les ravages de l’alcool…
Evidemment est-on tenté de dire…
Faut-il insister sur les ravages de l’alcool en Russie. Tous les livres et récits en parlent, et à en croire l’écrivain polonais Mariusz Wilk * qui a vécu plusieurs années aux Solovestky à la fin des années 90, l’alcool fait des ravages épouvantables ici, et dans l’ensemble du Grand Nord russe.
Pourtant même si nous avons croisé quelques « épaves » dans les rues du village, il faut reconnaître que depuis notre entrée en Russie, nous n’avons jamais été vraiment témoins de ce désastre. Les nombreuses visites que nous avons eues à bord ont pratiquement toujours refusé le verre que nous leur proposions, préférant un tchaï, un thé. « Je suis en voiture » expliquaient-ils le plus souvent, et ici la police ne rigole pas.
Ce n’est certes pas une étude exhaustive, mais juste un fait que nous relevons. Hasard peut-être… mais étonnant et à l’envers de toutes les idées reçues.

  • Mariusz Wilk, Le Journal d’un Loup, Editions Noir sur Blanc. Chroniques décapantes des îles Solovetsky en pleine Perestroïka. Excellent témoignage.
dimanche
05
juillet - 2009

L'archipel du goulag (vidéo)



html//////
dimanche
05
juillet - 2009

Le monastère des Solovetsky (vidéo)



html//////
samedi
04
juillet - 2009

L’archipel du Goulag entre deux mondes

(par Sylvie)

Les adieux à Arkhangelsk ont été émouvants. Ils étaient tous venus nous dire au revoir : Irina, Olga, Anna, Dmitry, Piotr et tous les membres du yacht club en partance pour une régate. La veille nous avions reçu le tampon officiel nous autorisant à quitter Arkhangelsk, avec un pilote pour nous conduire au bout du chenal, bordé d’usines et de bois flottants.

Cap sur l’archipel du Goulag, les îles Solovetsky (les Solovki, comme on dit communément en Russie), au milieu de la mer Blanche. A bord, Sandra notre équipière greffée du cœur et Benoît Aymon, journaliste de la TV romande, qui prépare une de ses émissions « Passe moi les jumelles ».
Moins de trente heures plus tard, lorsque qu’on se les passe, les jumelles, c’est pour mieux apercevoir, baignant dans une lumière divine, les clochers blancs du monastère des Solovetsky, coiffés de leurs bulbes gris.

Terre ! Drôle de terre, au ras de l’eau, bucolique à souhait, foisonnante de forêts et de toundra, gorgée de lacs et d’étangs, où les morts et les vivants peuvent se targuer d’une longue cohabitation. Déjà, au IIème siècle avant J-C, les Pomores nomades venaient y célébrer leurs rites funéraires, considérant l’archipel des Solovetsky, comme une porte menant vers un autre monde. Mais quel monde ? Le monde spirituel que les moines orthodoxes ont créé, dans l’enceinte fortifiée qui protège leur monastère ? Le monde carcéral Yvan le Terrible qui créa ici le premier bagne tsariste ? Ou l’autre monde où Staline a expédié près de 20'000 prisonniers du camp de travail obligatoire (le SLON) qui deviendra le goulag ? Dans l’archipel des Solovetsky, tout se mêle, dans une beauté du diable : l’ici et l’ailleurs, les morts et les vivants.

Parmi eux, le petit millier d’habitants du village de Solovetsky, dont Evgueni Petrovic. Retraité de l’usine de traitement des algues qui a fermé au début des années 90, il peint, pour s’occuper. Car à part l’usine d’électricité diesel, les emplois de la municipalité et les retombées du tourisme que le monastère draine, il n’y a plus beaucoup d’activités. « Nous n’avons même plus de médecin, seulement une infirmière » déplore Evgueni Petrovic qui aime à évoquer le temps où le nom des Solovetsky rayonnait dans toute la Russie, grâce à la renommée de ses théâtres (trois scènes, cinq spectacles par semaine) de sa revue hebdomadaire (dont on enviait la liberté de ton) à laquelle on pouvait s’abonner dans toute la Russie et à la qualité scientifique du mensuel que produisaient les intellectuels. Evgueni Petrovic omet seulement de dire que tous ces gens de culture étaient des prisonniers du SLON. C’est ce premier camp de travail forcé, inauguré en 1923 qui a rendu l’archipel tristement célèbre. Avant, Soljenitsyne qui, lui, dévoila, l’après SLON (dès 1937) c'est-à-dire le Goulag.

Evgueni Petrovic n’a connu ni l’un ni l’autre. Il a fait son service militaire aux Solovetsky en 1951. Et c’est là que, plus tard, il y a choisi de s’installer, dans le petit appartement que lui a donné le gouvernement, face à sa mer Blanche.
Après le SLON, le Goulag, l’armée soviétique (qui a administré l’île jusque dans les années 80) et la Perestroïka, qui a durement frappé les habitants des Solovetsky, la vie a repris ses droits : spirituels au monastère, temporels sur les vestiges du SLON. Les baraquements des prisonniers et les bâtiments de l’armée ont été transformés en modestes habitations, en épiceries (il y en a 2), en bibliothèque, ou encore en maisons d’hôtes pour les touristes pèlerins qui débarquent en groupe, les femmes fichu sur la tête et jupe sur le pantalon (un peu à la turque). Il y a aussi un dispensaire et un établissement scolaire. Une vraie école de campagne, toute simple, toute grise, avec son jardin potager, son terrain vague, ses jeux, ses couloirs en linoléum, ses dessins d’enfants au murs et, nous signale-t-on…un point internet.

Probablement le Moyen-Age de l’informatique… Une salle pleine d’ordinateurs, avec écrans plats, jeux vidéos et grand écran où défilent des dessins animés. Bon d’accord la liaison Internet n’est pas top (un peu lente à notre gré) mais les enfants pianotent avec dextérité, comme tous les enfants du XXIème siècle qui s’invite, lui aussi, dans l’autre monde des Solovetsky, au-delà des apparences.

vendredi
03
juillet - 2009

Les îles Solovetsky: le poids de l'histoire

Tout au fond de la Mer Blanche, bloqué dans les glaces près de 6 mois par an, l'archipel des Solovetsky baigne dans l'histoire.
Celle de son monastère, fondé en 1429, et depuis resté l'un des haut lieux de l'église orthodoxe russe. Monastère somptueux, un kremlin (forteresse) de près de 500 mètres de long, entourée d'une muraille de 10 mètres de haut et de 4 à 6 mètres d'épaisseur, derrière laquelle surgissent les bulbes des églises qui s'y cachent.

Lieu de prière, mais surtout d'oppression puisque toute son histoire est liée à la punition des hommes. De tous ceux qui marchèrent un jour hors du chemin. Prison pour hérétiques, prison pour opposants des Tsars, prison enfin pour les ennemis du peuple sous le régime soviétique.
Comment oublier qu'ici furent développées les méthodes qui conduisirent à l'horreur stalinienne. Qu'ici commence "l'Archipel du Goulag" de Soljenitsine. Qu'ici des dizaines de milliers d'êtres humains sont morts de traitements d'une cruauté et d'une bestialité loin de toute humanité.

Depuis maintenant 30 ans, le monastère des Solovetsky reprend peu à peu ses droits. Une splendeur dans les lumières du Grand Nord...
Un émerveillement, mais qui ne doit pas pour autant nous faire oublier.

P.S. Les connections internet étant extrêmement limitées, nous vous renvoyons à plus tard pour plus de détails concernant nos découvertes dans cet archipel incroyable. Un séjour magnifique, mais aussi boulversant.