(Par Sylvie)

Comment est-il Andrey ? Grand, petit, blond brun ? Je me posais tout de même la question, en arrivant à St-Pétersbourg. Andrey, jusqu’ici, c’était une voix au téléphone et une relation virtuelle, un échange de mails.
Andrey travaille à la Croix-Rouge de St-Pétersbourg et c’est lui, qui depuis le mois de février, s’est occupé d’organiser LA « rencontre russo-suisse du 12 août». Celle qui devait clore le projet Chamade 09, en mettant en contact des hôpitaux suisse et russe pour une éventuelle coopération dans le domaine de la transplantation. Eh bien, grâce à Andrey, elle a eu lieu cette rencontre, entre des représentants de la Pavlov Medical State University de St-Pétersbourg et des représentants du CHUV.

A peine amarrés dans le Yacht-Club « Central River » (le plus huppé de St-Pétersbourg mais le seul habilité à recevoir des bateaux étrangers) nous avons pris contact avec Andrey et dès le lendemain nous avons été reçus très chaleureusement par le staff de la Croix-Rouge et sa Présidente, la sémillante Tatjana Lineva. J’ai pu constater à cette occasion qu’Andrey n’était ni très grand, ni très petit, ni blond ni brun, puisqu’il a le crâne tondu, et qu’il est très sympathique.

Le 12 août, le grand jour est arrivé. En présence de la Consule de Suisse à St-Pétersbourg et des hautes autorités de la faculté de médecine de l’Université Pavlov, le Docteur Giangiorgio Tozzi, chirurgien cardiaque, spécialiste de la transplantation, a présenté les différentes méthodes (de la pompe d’assistance cardiaque à la transplantation) utilisées au CHUV, dans son domaine.

Puis Nathalie Pilon, coordinatrice du Centre romand de transplantation, a exposé le système de coordination mis en place en Suisse pour gagner en efficacité et rendre le don d’organes plus opérationnel. Une question qui a beaucoup intéressé le corps médical russe et le Doyen de la faculté, aux prises avec de grosses difficultés d’organisation au niveau national.

Le Professeur Galibin, spécialiste de la transplantation des reins, l’a expliqué : Le système russe (basé sur la présomption d’acceptation du don d’organes et non le don volontaire, comme en Suisse) s’est toujours heurté à la suspicion des citoyens et à des considérations religieuses Il est par ailleurs trop centralisé pour être efficace et pour impliquer les hôpitaux régionaux. Il manque totalement de coordination, non seulement au niveau géographique, mais aussi entre les services d’urgences et les services de transplantation. D’où les pressions qui sont faites actuellement auprès de Moscou, pour changer la loi, jugée par ailleurs trop restrictive.

Marc a ensuite présenté le projet « Chamade » qui intéressait plus particulièrement la presse, très impressionnée aussi par le témoignage de Harold. Tout le monde a été très touché par le récit de sa vie de transplanté des deux poumons et d’un rein qui lui a été donné par sa femme. Une preuve d’amour qui va droit au coeur des Russes.

Pour finir, le Doyen de la Faculté a proposé que Chamade se transforme en Arche de Noé pour que tout le monde concerné par le don d’organes et la transplantation puisse naviguer vers des horizons meilleurs.
Reste surtout à espérer que cette journée d’échange sur le thème de la transplantation pourra se prolonger par une coopération entre le CHUV et la Pavlov State Medical University.

Andrey, lui est persuadé qu’il faut foncer dans la brèche et mettre sur pied de vraies campagnes d’information sur le don d’organes, dont les Russes ne savent rien ou presque. « Lorsque quelqu’un a besoin d’une transplantation, il ne sait même pas à qui s’adresser », souligne-t-il, en espérant que la Croix-Rouge puisse jouer un rôle actif dans ce domaine.

En attendant, merci à la Croix-Rouge de St Petersbourg, à Tatjana et à Andrey qui ont œuvré sans compter à la réussite de cette rencontre. Merci aussi à Jean-Paul Périat (Président de l’Association Suisse-Russie) qui nous a mis en contact avec eux et merci à Julie qui a bénévolement assuré la traduction d’une partie des débats. Tous sont devenus des amis de « Chamade », c'est-à-dire nos amis. Et nous nageons dans la félicité.

A propos de félicité, Andrey nous a donné la définition russe du paradis : « De la nourriture chinoise, une maison anglaise, une femme russe et un salaire américain » Et l’enfer ? « De la nourriture anglaise, une maison chinoise, une femme américaine et un salaire russe ».
J’adore l’humour russe !