


Saint-Pétersbourg à pile ou face
Par Marc, à 18:43 :: 2009 Russie Petrozavodsk St Petersburg :: #213 :: rss
(Par Sylvie)
Je n’irai pas jusqu’à regretter Léningrad...Mais bon… Même si ce n’était pas gai gai, j’avais gardé le souvenir d’une ville imposante, drapée dans sa splendeur passée, son spleen et ses brumes automnales. Une ville mélancolique dont la magie devait beaucoup au silence et aux clairs-obscurs de ses canaux et de ses ponts. Une capitale d’Empire déchue, plus imposante que jamais au milieu de ses rues inanimées et de ses palais presque déserts.
Trente ans après, je découvre Saint-Pétersbourg, étincelante et étourdissante. Avec ses hordes de touristes, ses queues sans fin devant l’Hermitage, ses canaux encombrés de bateaux-mouches, ses attractions de Disneyland à trois roubles. Une ville en représentation permanente où les mariées à l’eau de rose posent pour le photographe devant les palais, escortée de limousines blanches et, le plus souvent, d’un mari fort marri de noyer déjà son ennui dans la bouteille de champagne qu’il trimbale avec lui..
Avec celle de son architecture parfaite, la Nevski Propspect, fait désormais miroiter la perspective de ses embouteillages, de ses restaurants fast-food chics et chers et des grandes marques qui se sont approprié les vitrines et les enseignes.
Comme au temps des Tsars, Saint-Pétersbourg fait étalage de ses richesses et de ses beautés, présentes et passées. Elle a visiblement gardé le goût du luxe de ses illustres Empereurs qui - appréciation toute personnelle à la vue des Palais et des salles fastueuses de l’Hermitage – ont donné de bonnes raisons à leur peuple de faire la révolution.
Mais la révolution ne lui a rien apporté de bon. Alors Saint-Pétersbourg réhabilite et glorifie son passé tsariste. Pierre le Grand, son fondateur, l’emporte haut la main sur Lénine qui a disparu de la circulation. Il est omniprésent sur les places, dans les gares, dans les musées. Mais aussi Catherine, Alexandra, Nicolas et les autres font figure de nouveaux people, avec qui les nouveaux Russes rivalisent pour claquer ostensiblement leur pognon – de façon sans doute moins noble et artistique - .
Au Central River Yacht Club (le seul habilité jusqu’ici à recevoir des bateaux étrangers), Chamade fait figure de Deux-Chevaux, face aux yachts à plusieurs millions de dollars qui l’entourent. On y voit chaque jour des hélicoptères se poser pour déposer des messieurs qui sont attendus par leur 4x4 ou leur Mercedes, ou qui viennent, accompagnés de créatures (pas toujours divines) en talons aiguilles, casser une graine dans le restaurant le plus cher de St-Petersbourg.
Bien sûr, au-delà de cette cité bling-bling des nouveaux tsars de l’économie, il y a la Saint- Pétersbourg de mes souvenirs qui n’a pas besoin de fard pour être grande et belle. Celle qui se promène, paisible, le long des canaux bordés de magnifiques façades. Celle prend chaque jour le métro et se presse dans les halles du marché Sennoï. Celle qui n’a pas encore été touchée par les bienfaits de l’économie de marché. Ni par ses méfaits.




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