


Jamais sans mes talons
Par Marc, à 15:58 :: 2009 Russie Petrozavodsk St Petersburg :: #216 :: rss
(par Sylvie)
Les femmes russes sont des tortionnaires. Elles n’ont aucune pitié pour leurs pieds. Elles leur infligent quotidiennement un traitement inhumain. Juchées du soir au matin, en équilibre instable à 10 cm du sol (voir plus pour les plus cruelles), elles ont inventé le supplice du talon tout terrain et en toutes circonstances.
J’en ai vu disloquer impunément leurs chevilles sur le ballast de la voie ferrée de Mourmansk, écarteler leurs phalanges en vissant leur talon aiguille dans la plage de sable d’Arkhangelsk, émietter leur astragale sur des chemins pierreux de l’île Solovetsky ou encore torsader leurs ligaments dans les parcs de Petrozavodsk. Rien ne les arrête, ni la gadoue, ni les hautes herbes, ni les pavés, trous, les planches humides des pontons d’amarrage. Ni même le cockpit de Chamade.
Mais pourquoi diable les femmes russes sont-elle aussi podophobes ? Masochisme ? Old Fashion victimisme ? Complexe d’infériorité ? Volonté de domination ? Exorcisme du vertige ? Pour Tatiana (qui ne met jamais de talon) c’est une simple question de statistique :
Il y a 10 femmes pour huit hommes en Russie. Et pour ne pas rester en rade, elles ne reculent devant rien pour titiller les fantasmes masculins. Lesquels en Russie, se nichent dans le pied galbé de la gent féminine, comme Pouchkine en a beaucoup témoigné. A chacun son talon d’Achille. Pour Maxim, c’est davantage une question de dignité. Le talon fut l’arme avec laquelle les femmes russes ont résisté à la prolétarisation forcée de leur féminité.
Des explications qui valent ce qu’elles valent. Mais toujours est-il qu’aujourd’hui encore, quelle que soient le lieu, l’heure, la circonstance, la taille que l’on a, la tenue que l'on porte, la couleur ou la forme de la chaussure, il faut exhiber un pied (archi)cambré. Sans quoi on n’est pas une femme ! Du moins pas une vraie. L’élégance, la séduction, tout ce qui fait la féminité (à défaut de féminisme) se mesure à la hauteur du talon. Il y en a qui le portent avec la finesse et la désinvolture d’une top modèle, d’autres avec la grâce d’une patineuse à roulette débutante, mais qu’importe la démarche pourvu qu’il y ait l’ivresse de se sentir sur un piédestal et sans doute aussi de porter le panTALON.
PS. Effet de contagion à la gent masculine ? .J’ai même rencontré un grand brun avec une chaussure bleue (voir photo)




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