


Vous avez dit banqueroute ?
Par Marc à 23:31 :: General
(par Sylvie)
J’ai craqué. J’avoue. La curiosité l’a emporté : après la baleine, j’ai goûté du « puffin » (macareux moine). Et je n’ai aucun remord. Après tout on mange bien du faisan ou de la caille. Avec sa petite gueule de clown triste, le macareux est sans doute plus attendrissant mais il n’est pas menacé de d’extinction et sa chair est succulente.
Attention n’allez pas croire que les Islandais en sont réduits à manger du puffin parce qu’ils n’ont plus grand-chose à manger depuis le crack de 2008. Non le puffin est un plat traditionnel et n’a pas attendu la crise pour être au menu des meilleurs restaurants de Reykjavik. Et puis, il ne faut pas exagérer. La banqueroute islandaise, je vous assure, est parfaitement invisible à l’œil nu.
Reykjavik pète la santé, semble-t-il. Il y a abondance de touristes, de boutiques où les designers islandais s’en donnent à cœur joie dans le luxe kitch. Nous avons vu un monsieur vendre trois bouteilles parfums pour homme dans une boutique de plus 50 m2. Le chic du chic. La vie est très animée dans la capitale et riche en événements culturels. Face au port, le chantier du nouvel opéra (ouverture 2011) va bon train.
« Nous avions eu trop et trop vite, estime Helga On ne pouvait pas continuer comme ça. Aujourd’hui les choses sont retournées à la normale ». Dans la banque où elle travaille, tout le monde a été licencié en 2008 pour être réengagé à un salaire plus bas. Hanna, elle, est employée de la compagnie nationale d’énergie. Et pour elle, tout à continué comme avant et son revenu n’a pas baissé d’un centime. « Bien sûr, il y a eu un peu d’inflation et le pouvoir d’achat à un peu baissé, dit-elle. Cette année, encore, les Islandais ne sont pas partis à l’étranger et ont passé leur vacances à visiter leur pays ».C’est vrai que nous avons croisé beaucoup d’Islandais en vacances chez eux. Pourtant, la coiffeuse chez qui je me suis hasardée dans le petit port de pêche d’Isafjördur commerçant, s’apprêtait à partir quinze jours en Espagne, avec son commerçant de mari et ses deux enfants.
Ninna et son mari, tous deux retraités s’en vont eux aussi. Ils passent six semaines par années, en hiver, aux Canaries. Le reste du temps, entre golfe, peinture et travaux de jardinage, Ninna vit très confortablement dans la magnifique villa familiale, même si son mari a dû renoncer depuis 2008, à une retraite complémentaire de l’Etat, la banque dans laquelle il travaillait lui assurant une rente suffisante.
Alors, la crise ? « Dans notre profession, notre activité à baissé de 40 % », affirme un chauffeur de taxi. Bien entendu c’est le secteur bancaire et financier qui ont le plus souffert, ainsi que le marché immobilier et ceux qui, ces dernières années ont acheté un logement. Ils se sont fait avoir par des prêts hypothécaires qui leurs étaient proposés en couronnes, mais qui étaient basés sur des monnaies étrangères. Résultat, quand la couronne s'est effondrées, les taux de remboursement ont explosé Comme le chômage qui navigue désormais dans la zone des 7%. (contre moins de 2% avant le crash). En revanche, la chute de la couronne islandaise a boosté le tourisme. Et de l’avis général, l’économie islandaise est en phase de reprise. Ce qui conforte les Islandais dans l’idée qu’ils se débrouillent très bien tous seuls
La majorité de la population ne voit pas d’un bon œil les négociations entamées par le gouvernement l’UE. « L’adhésion n’est pas une solutions pour nous, affirme Birgir. D’abord parce que l’Union connaît elle-même des problèmes, actuellement. Et puis, surtout à cause de la pêche ». Pas question de laisser les pêcheurs européens pénétrer dans les eaux territoriales islandaises. « Sans l’industrie de la pêche, notre pays est fichu », ajoute Birgir.
Finalement, l’Islande est-elle vraiment européenne. A cheval entre le continent américain et le continent européen (physiquement puisqu’elle est située exactement sur la dorsale médio-atlantique qui a séparé les deux continents), elle a plutôt choisi de mixer le modèle scandinave avec l’american way of life. En toute indépendance. Et la relève est prête à prendre part à la compétition et à gagner.

















