A terre avec les copains

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Comme, cette fois-ci c’est sûr, il n’y aura pas d’été indien, il est temps de trouver un petit nid d’hiver pour Chamade.

A 3 milles au nord-ouest du Spit, le « Northern Enterprise Boat yard » était prêt à nous accueillir.

Après une reconnaissance prudente, vu les 6 mètres de marnage, nous avons profité des grandes marées de septembre pour sortir Chamade de l’eau.

Et, au terme d’un bref mais inhabituel parcours routier, Chamade va passer quelques mois avec ses copains pêcheurs de saumons.

Quant à nous, la famille et les amis… c’est dès le week-end prochain…

Les irréductibles Russes d’Alaska

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(par Sylvie)

Mais qui sont ces femmes en robe longues et portant coiffe qui travaillent  ou vont faire leurs courses au supermarché de Homer? ? Pas des Musulmanes,ni des Roms. Non, ce sont simplement des membres des communautés de Vieux Croyants russes qui se sont installés en Alaska. Une poignée d’irréductibles, rescapés du schisme qui a déchiré l’Église orthodoxe russe au XVII siècle, lorsque le Patriarche Nikkon soutenu par le Tsar, a instauré des réformes.

Aux environs de Homer, la communauté de Kachemak Selo compte une centaine d’habitants, dont 47 enfants scolarisés sur place. Impossible d’accéder au village à marée haute. Et à marée basse, mieux vaut laisser la voiture sur la route en terre et descendre à pied jusqu’au rivage, en suivant le chemin qui borde la forêt d’où nous avons vu surgir un ours noir à dix mètres de nous. Une rencontre inattendue qui l’a mis instantanément en fuite. La surprise nous a cloués sur place autant que le paysage époustouflant.

Passé le petit pont en bois on est prévenu  à grand renfort de panneaux: Keep out, entrée interdite, propriété privée.

Pourtant, nous sommes reçus très amicalement par Hena, la jeune secrétaire de l’école publique, sur recommandation de notre amie Suzanne qui a enseigné deux ans là-bas, en robe longue – par respect pour les élèves – . Les jeunes que nous rencontrons dans une classe ont entre 12 et 14 ans. Ils parlent anglais ( langue dans laquelle les cours sont dispensés) et le russe. Les jeunes filles portent toutes une sarafane (robe traditionnelle) mais sans coiffe, puisqu’elles ne sont pas mariées. Les garçons, pour la plupart, des chemises de moujiks à col fermé, sur des jeans. Ils sont curieux, ils nous posent des questions très pertinentes sur notre voyage et s’en vont à la maison pour le lunch, en pianotant sur leur I phone.

Car les Vieux Croyants de Kachemak Selo ont bien du mal à conserver leurs très strictes règles de vie (nourriture strictement limitée au produits de la terre et au home made, religion qui empêche toute activité le dimanche etc.) dans un environnement moderne américain. Leurs ancêtres victimes des persécutions tsaristes avaient fui vers la Sibérie et plus loin, dans le Primorié. Puis la révolution bolchevique les a poussés jusqu’en Chine, en Amérique latine ou encore aux États-Unis. D’abord dans l’Oregon, puis par nécessité économique en Alaska où l’on peut bien gagner sa vie en pêchant. Presque tous les hommes de Kachemak Selo sont pêcheurs. Dans le port de Homer on les reconnaît facilement à leur grandes barbes touffues et à leur drôle d’accent russe. La communauté possède aussi un cheptel de vaches et cultive quelques champs, face aux glaciers de la péninsule de Kenai.

Les habitants du village se sont installés là, il y une quarantaine d’année, suite à un différent avec les traditionalistes de Nikolaiev, situé à mi chemin entre Homer et Anchorage. Ils ont suivi la branche des Vieux Croyants non presbytériens qui refusent la hiérarchie religieuse. Ils ne voulaient plus de pope pour les guider. D’ailleurs l’église de Kachemak Selo n’est pas  une église, mais une maison comme les autres, sans véritable signe distinctif.

"l'église" de Kachemak Selo

Ils ont acheté un vaste territoire dans la baie de Kachemak, assez vaste pour qu’il puisse contenir pendant longtemps encore leur nombreuse descendance ( 9 à 10 enfants par famille). Seulement voilà. Une fois adulte, les jeunes Vieux Croyants presbytériens ou non, s’en vont vivre à la ville plus près de leur lieu de travail. Tandis que le 21ème siècle fait irruption dans les ghettos traditionalistes les plus reculés. Combien de temps encore verra-t-on des jeunes femmes se promener à Homer en robe longue de coton, été comme hiver ? « Encore deux générations et les communautés d’Alaska seront en voie d’extinction », prédit une enseignante. A moins que les Vieux Croyants – qui parait-il reprennent du poil de la bête en Russie – parviennent comme ils l’ont fait depuis des siècle à résister à toute évolution.  Comme les Amish et autres sectes anachroniques qui pullulent aux Etats-Unis.

Homer : un accueil exceptionnel!

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Accueil, générosité et solidarité ne sont pas des vains mots en Alaska.

Imaginez que vous êtes sur un ponton, derrière une petite île de la baie de Kachemak, à quelques kilomètres d’Homer, votre destination finale. Un couple s’approche, la conversation s’amorce par les questions habituelles, « D’où venez-vous, que faites-vous ici… ». Suzanne et Roch vous disent habiter Homer, vous en profitez alors pour leur demander s’ils connaissent un B&B où vous pourriez vous installer une fois le bateau sorti de l’eau. La réponse fuse :

« Pourquoi chercher un B&B… Nous avons une grande maison, venez donc vous installer chez nous… vous êtes vraiment les bienvenus… »

Et comme en Alaska, la réalité rejoint souvent la fiction, c’est le plus naturellement du monde qu’on se retrouve quelques jours plus tard installés comme des rois. Tout cela alors qu’on ne se parlait que depuis à peine 2 minutes !

Suzanne et Roch, deux amoureux de Homer. Roch, né dans le Michigan est arrivé ici il y a une trentaine d’années pour ne plus en repartir. Suzanne a fait de même, délaissant sa Californie natale après avoir découvert la beauté de la région. Elle est prof d’anglais au lycée de Homer alors que Roch, après s’être embarqué à la pêche, s’est spécialisé aujourd’hui dans la construction de cuisines. Tous deux adorent l’ambiance si particulière de la ville, où artistes et « bobos » font bon ménage. Ici Trump, « Oh my gosh », n’a pas la cote. « Ce qu’on aime ici, c’est que les gens ne disent pas qu’ils restent à cause de leur travail, mais qu’ils veulent vivre ici et se débrouillent pour y avoir un job. C’est tout un esprit positif qui règne et ça, on adore»

 

La vue depuis notre lit!

Suzanne nous demande aussi comment est le village de Mergoscia, au Tessin. Son grand-père venait de là-bas, mais elle n’a jamais eu l’occasion de venir en Suisse. On lui promet de site d’aller voir sur place (juste au dessus de Locarno) et de lui envoyer une photo !

Suzanne et Roch qui s’empressent aussi d’activer la « Swiss connection ». Et c’est ainsi que nous rencontrons Gabriela et Conrad. Encore deux amoureux de la région !

Son apprentissage de mécanicien de précision terminé à Schaffhouse, Conrad n’a guère envie d’aller faire carrière chez Sulzer et Cie. Il part voyager autour du monde et un beau jour débarque à Homer, pour ne plus en repartir. « Je me suis immédiatement senti bien ici et j’ai décidé de m’y installer ».

Et comme en Alaska on cherche toujours des bras pour ramasser le saumon, le voilà qui embarque comme matelot de pont sur un gilnetteur (pêche au filet de surface) dans la baie de Bristol, la plus productive au monde en matière de saumon. Bientôt il achète son propre bateau et chaque été va pêcher le sockeye (saumon rouge) durant trois mois.

« C’est un pays formidable… il y a tellement d’espace…et de liberté… Imagine… Pouvoir, comme moi, arriver sans un sou, puis acheter ton terrain et construire ta maison, tout seul, de tes propres mains… T’imagine ça en Suisse ! Y’a qu’ici qu’on peut faire ça ! »

Une maison de rondins… mais n’aller pas imaginer une petite cabane en Alaska !

Aujourd’hui Conrad continue de passer l’été en baie de Bristol et travaille l’hiver dans une petite start-up ultra-spécialisée. Utilisant ses compétences de mécanicien de précision, il a réussi avec son boss à mettre au point un système de stabilisation pour caméra à très haute définition. Ils ont beau être basés à Homer, perdu au bout de l’Alaska, les commandes arrivent du monde entier.

Quant à Gabriela, la Lucernoise (tombée elle aussi amoureuse en même temps de Conrad et de Homer¨) elle partage son temps entre la musique (elle est pianiste et violoncelliste) et sa passion pour le ski et l’alpinisme. Il suffit de l’entendre décrire ses ascensions dans la région pour avoir immédiatement les fourmis dans les jambes !

Le jardin et le lac creusé par Conrad et Gabriela devant leur maison

« On ne regrette vraiment pas la Suisse. Ici, c’est vraiment devenu notre pays »

D’ailleurs leur fils aîné vient de s’acheter son bateau pour se lancer dans la pêche professionnelle au saumon.

En Alaska, saumon rime décidemment avec addiction !

Derniers feelings

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En Alaska certains disent qu’ils n’y a que deux saisons : un court été et l’hiver.

Pour sûr que cette année dame météo veut leur donner raison !

« What a odd summer ! » fut vraiment le leitmotiv des échanges de pontons.

Mais, malgré le froid et la pluie trop souvent au rendez-vous, ces dernières semaines furent une fois de plus l’occasion de s’imprégner d’une nature magnifique.

Car on ne le répétera jamais assez, l’Alaska, même sous la grisaille, c’est vraiment fascinant.

Désormais, nous sommes arrivés à Homer, étape terminale de cette incroyable odyssée russo-alaskienne.

Perdu au bout de son « spit », cette langue de sable qui ferme la moitié de la baie de Kachemak, le port d’Homer est un étrange mélange de port de pêche très actif et de boutiques et restaurants pour touristes venus se prendre en photo tout au bout de la route (la Sterling Highways se termine ici).

Mais en cette mi-septembre tout est déjà fermé et le lieu semble triste et vide.

Heureusement, ce n’est qu’une fausse impression et Homer va très vite nous offrir un magnifique accueil !

Un des très rares ciels clairs... mais juste magnifique!

 

Vie privée à Halibut Cove

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(Par Sylvie)

La très mal nommée crique des flétans (Halibut Cove) est avant tout le repaire d’une bruyante tribu de loutres de mer. Jour et nuit, on les entend d’un bout à l’autre de la baie croquer des coquillages, des oursins et autres délicieusetés du cru. Les bébés sur leur ventre, les mamans se laissent glisser tranquillement au fil de l’eau.

Mais parfois…oups, un intrus s’interpose. Nous avons assisté à une tentative de viol en bonne et dûe forme. Les mâles qui ne connaissent ni la monogamie, ni la douceur ont la fâcheuse habitude de mordre le cou des femelles ( qu’on reconnaît à leur nombreuses cicatrices) pour pouvoir forniquer à leur aise. Mais cette fois maman sea otter réussit à échapper à son agresseur, sous l’œil consterné de son petit.

Les sympathiques mustelidae, qui vous déchiquetteraient la main d’un coup de dents, ont pour voisins une colonie de bipèdes plutôt bobo qui, pour la plupart, viennent passer leurs vacances ou leur week-end dans leur « cabin » très haut perchées sur des pilotis.

Car à Halibut Cove, la marée peut atteindre six mètres. Les bipèdes bobo eux non plus ne laissent pas violer facilement leur privacy. Au bout du ponton, qu’il faut gravir avec une corde et un piolet à marée basse, un écriteau vous avertit. Interdiction de franchir cette limite pour cause de propriété privée.

En bons Helvètes très disciplinés, nous nous contentons de longer le rivage à marée basse pour voir à quoi ressemble ce lieu de villégiature, magnifiquement situé.

Mais au bout de trois jours de présence inoffensive attestée par quelques habitants qui viennent sur le ponton voir à quoi nous ressemblons, nous recevons l’autorisation de nous promener où nous voulons, sur toutes les passerelles qui  relient les maisons et permettent de s’enfoncer sur des chemins de terre, d’un bout à l’autre de la crique.

C’est à cette occasion que nous découvrons que Halibut Cove est aussi, depuis plus d’un demi-siècle, le repaire d’un Sénateur alaskien, vétéran de la 2ème guerre mondiale et ancien Président du Conseil général des pêcheries d’Alaska : Clem Tillon, alias le « patriarche » de Halibut Cove. L’honorable Monsieur Tillon (qui nous assure n’avoir pas une goutte de sang français) a demandé à nous rencontrer. Il nous reçoit dans son « château » de bois à trois étages avec vue imprenable.

A 93 ans, il étonne par sa vivacité d’esprit. Il a une mémoire d’éléphant et des tonnes de souvenirs à raconter à des étrangers de passage. A commencer par l’histoire de sa famille arrivée en Amérique au 17ème siècle, dans les bagages, pourrait-on dire, de Peter Stuyvesan, le fondateur de la ville de New Amsterdam devenue New-York. Clem Tillon n’est pas peu fier non plus de son engagement dans l’armée américaine, à 18 ans, contre l’avis de ses parents. Ah ! la bataille de Guadalcanal, impossible d’oublier. « Vous vous rendez-compte, j’ai dû tuer un homme avant même d’avoir pu rencontrer une femme ! ». C’est au retour de la guerre qu’il s’installe en Alaska où tout vétéran peut recevoir une terre. « La terre. C’est ce qu’il y a de plus important pour l’homme. Tu perds un enfant tu peux en refaire un. Mais la terre… ».

A en juger par les devises qu’il assène, Clem Tillon a le caractère qu’il faut pour faire une carrière politique en Alaska. D’ailleurs, il ne cache pas son admiration pour certains dictateurs « comme le Général De Gaulle ou Pinochet qui a redressé l’économie du Chili ». Lui, il va se battre contre l’administration fédérale trop laxiste, pour instaurer des réglementations de pêche qui permettent de préserver la ressource et en particulier le saumon sauvage. Sa devise en politique : « When you have the power, use it ! ». En Alaska, pas de demi mesure.

Tourisme à la tronçonneuse

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(Par Sylvie)

Adieu Kodiak, adieu les îles chauves et les comptoirs à poissons. Nous voici sur  le « main land », c’est à dire la péninsule alsakienne, dans le port de Seldovia.

Autant vous dire que nous avons retrouvé la « civilisation » made in US, dans ce lieu de villégiature bobo baba, accessible uniquement par bateau ou petit avion. Les habitants d’Anchorage ou de Homer viennent y passer le week-end dans leurs résidences secondaires ou dans une des nombreuses lodges. Pour pêcher, « kayaker » ou se balader le long des trails aménagés pour les touristes au milieu de vraies belles forêts aux couleurs déjà automnales.

Seldovia, Zaliv Seldevoy (la baie des harengs) du temps de la colonisation russe a gardé quelques restes d’un passé pas si lointain (début du XXème siècle) où l’industrie du poisson et du bois faisaient la richesse des habitants. Comme leurs maisons construites sur pilotis, le long de la mer, n’étaient accessibles qu’à marée basse, des passerelles en bois furent construites pour permettre des relations de voisinage non stop et renforcer l’attractivité commerciale du port qui a l’avantage de rester libre de glaces en hiver.

Puis le hareng a disparu, victime des déchets salés déversés dans son habitat naturel par les « canneries ». Et en 1964  l’éruption d’un volcan voisin a donné le coup de grâce à la sucess story de Seldovia. D’un seul coup d’un seul, tout le littoral de la baie s’est enfoncé de plus d’un mètre dans la mer. Patatras, tout est tombé à l’eau – c’est le cas de le dire. Les passerelles de bois, les pilotis et les maisons qui ont été reconstruites un peu plus à l’intérieur des terres. Il ne subsiste aujourd’hui qu’un carré de vieille maisons en bois, pleines de charme et d’attrait touristique.

Mais ça ne suffit pas. Il faut de « l’entertaiment » pour ferrer le touriste qui débarque en ferry de Homer. En arrivant à Seldovia le week-end du Labour day (4 septembre), nous avons eu droit à un festival artistique très arrosé de pluie : un concours de sculptures réalisées sur place, à la tronçonneuse, dans une débauche de vrombissements. Beaucoup  d’huile de coude et d’énergie électrique dépensée pour un résultat, ma foi, surprenant, qui ferait presque oublier l’inextinguible inspiration Walt Disney.

Cette année, c’est la pieuvre qui a agrippé le premier prix. Et comme toutes les oeuvres gagnantes sont exposées années après année dans la rue – oui, il n’y en a qu’une asphaltée -, Seldovia est remplie de monstres marins, terriens et humains qui ornent tous les pas de porte mais n’ont pas l’air d’effrayer les ours qui rôdent, parait-il, aux abords  de la bourgade.

Et comme le mauvais temps, inextinguible lui aussi, nous cloué au port pendant quatre jours, nous avons pu aussi assister à l’école, à un concert de guitare country et banjo qui a mis un peu de soleil dans les cœurs. Mais seulement dans les cœurs, car dans le ciel, malgré quelques velléités très passagères, on a encore rien vu venir derrière l’arc en ciel, si ce n’est la pluie

Madison, le grand marin

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(Par Sylvie)

Son bonnet vissé sur la tête, son sweat shirt trop grand détrempé, ses pantalons rapiécés, une jeune fille s’est approchée du ponton où Chamade est amarré, dans le port de Kodiak. Une fois encore la question qui rapproche fuse, tintée d’un joli accent américain : « Hi, vous parlez français ? Je peux venir chez vous pour parler ? Je voudrais pratiquer un peu ma français ».

Bienvenue à bord, Madison qui nous dit venir de Boston. Elle parle français parce qu’elle a fait son école primaire en «immersion » dans la langue de Voltaire ( tous les cours donnés en français). Elle sort tout juste de l’université, où elle a obtenu un master en sociologie. Elle a 22 ans. C’est en mai dernier, au début de la saison du saumon qu’elle a débarqué à Kodiak, « pour bien gagner ma vie ».

Comme l’héroine du « Grand marin », le livre de Catherine Poulin, elle a arpenté les pontons en bois du port, à la recherche d’un job. Aucun skipper ne voulait d’elle. Aucun…sauf Dana, capitaine aux yeux clairs, qui après avoir partagé sa vie entre la radio locale de Kodiak et la pêche, a fini par choisir définitivement le poisson plutôt que le micro.

A bord du « Lynx », le senneur de Dana, on ne chôme pas. On pêche. Jour et nuit. A peine quelques heures de sommeil volées par-ci par là, entre deux prises, le corps recroquevillé dans une couchette encombrée et pas plus grande qu’un cercueil.

Madison partage désormais sa vie avec deux autres étudiants. Dana l’a affectée à la gestion du filet, avec un acolyte. L’autre manoeuvre le skiff, le petit canot qui permet de déployer le filet. On lui a aussi attribué le titre de chef de cuisine. Ce dont elle n’est pas peu fière.

En bonne sociologue, elle a trouvé très intéressant d’observer la façon dont les hommes considèrent les femmes dans ce métier : un mélange de condescendance et de paternalisme. On la protège tout en la mettant à l’épreuve. Elle doit démontrer qu’elle peut tout faire comme les hommes. Supporter le froid, la puanteur, la promiscuité au sein de l’équipage. Remonter la senne, porter les caisses remplies au ras bord de saumons.

Parfois, Madison va se réfugier au premier étage. A la passerelle, le royaume de Dana avec qui elle aime causer.

Il lui raconte les lieux, lui explique la nature et  la vie des poissons qu’il connaît par coeur.  « J’ai eu de la chance de tomber sur un skipper compétent et expérimenté qui ne gueule pas tout le temps comme les autres capitaines. Il est devenu mon ami ». Et Madison d’exhiber comme un trophée la peau de renard que Dana lui a offert à leur retour de pêche.

Car la saison se termine. Dans le port de Kodiak on range les filets et on nettoie les bateaux. Le 3 septembre Madison reprendra l’avion pour Boston,  avec ses joues roses et ses nouveaux muscles de déménageur. Elle est heureuse. Elle a gagné en trois mois 20’000 dollars, soit l’équivalent de 10 % de la recette du Lynx. Le Grand Marin, c’est elle !

Elle va pouvoir se payer  cet automne un super voyage en Europe. En Hongrie, en Espagne et surtout en France. Nous lui avons amicalement conseillé de pas prendre son étole de renard  avec elle.

« Marins à l’encre » : Pas de page blanche !

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Quelle magnifique expérience !

Pour nous qui voulions associer navigation et création,  aventure et littérature, ces 4 semaines passées en compagnie de nos « Marins à l’encre » ont été un grand moment de partage.

Matthieu Berthod et Diane Peylin

Il est vrai que l’Alaska y a mis du sien !

Paysages ensorcelants…

Baleines, phoques, oiseaux marins…

Ce fut aussi pour Diane Peylin, Pierre Crevoisier et Matthieu Berthod une plongée dans le monde du poisson.

Et pas besoin de sortir une ligne…

Grâce à la générosité des pêcheurs le saumon n’a jamais manqué à bord…

Pierre Crevoisier

Si le ciel s’est montré chiche en soleil, les pluies, brumes et brouillards ont souvent enveloppé ces côtes d’un parfum de mystères inspirants…

Sans parler des « personnages » dont l’Alaska regorge

Prises de notes, croquis, aquarelles, rencontres, débats ou interrogation sur l’écriture auront rempli tout l’espace de Chamade.

Autant dire que ce matin, on se sent un peu seuls dans le port de Kodiak.

En repartant avec leurs sacs  pleins d’idées, d’histoires et de projets de nouvelles nos « Marins à l’encre » ont créé le vide…

Mais pour eux, pas d’angoisse de la page blanche !

Même s’il leur reste désormais à écrire leurs nouvelles, nous pouvons déjà dire avec fierté : « Mission accomplie ! »

P.S :

Pour découvrir les Nouvelles de nos trois auteurs, il faudra attendre la publication du livre aux Editions Slatkine. Ce sera pour le printemps prochain.

Pour mieux connaître nos auteurs: La page du projet « Marins à l’encre »

De notre côté nous allons laisser passer les tempêtes qui vont s’abattre ces jours prochains sur Kodiak. Puis nous parcourrons les 100 derniers milles nautiques qui nous séparent d’Homer, lieu d’hivernage de Chamade dès la fin septembre.

L'Alaska comme on l'a rarement vu cette année!

 

Judith la Chance

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(Par sylvie)

- Vous parlez français ? La question a fusé de derrière le comptoir du Trident Store de Sand-Point. En français, sans accent…ou presque.

Et derrière le comptoir, à peine cachés par des lunettes sans montures, deux grands yeux noirs de biche nous regardent incrédules. Deux grand yeux qui appartiennent à Judith, une jeune femme à la peau d’ébène et au sourire éclatant. Elle a dompté sa crinière africaine sous un large bandeau. Son tiroir-caisse est resté ouvert, tandis qu’elle entame une conversation. – Vous êtes Suisses, vous parlez français ? Oh my gosh ! Moi je viens de la République Démocratique du Congo.

Comment cette Judith de Kinshasa a atterri à 26 ans dans une pêcherie du fin fond de l’Alaska ? Elle nous l’apprendra le lendemain soir, dans le carré de Chamade.

C’est à un coup de chance qu’elle doit d’avoir pu quitter sa ville natale et la mal-vie de son pays en guerre chronique. Judith a joué au loto américain et elle a gagné le sésame pour le nouveau monde : une green card. Des « connaissances », lui ont donné l’adresse – indispensable pour avoir le droit d’immigrer – d’une « connaissance » à Seattle. Et voilà la jeune Congolaise transplantée à 21 ans, dans l’univers de l’Oncle Sam. Elle qui ne parle pas trois mots d’anglais. Elle prend des cours et trouve un job à l’aéroport de Seattle, chez un traiteur. Rien de mirobolant, mais au moins elle peut rester aux Etats-Unis. Un jour, elle entend parler du travail bien payé que l’on propose dans les pêcheries d’Alaska. Elle pose sa candidature à la coopérative Trident de Sand-Point, et…banco, on l’embauche !

Judith sait plus ou moins ce qui l’attend : 16 heures de travail par jour, debout, les mains dans le poisson sanguinolent, les narines agressées par l’odeur nauséabonde.

Boulot, dodo et aucune distraction dans un bled froid et brumeux, entièrement voué au business du saumon et du flétan.

Certes, il y a des pauses, l’avantage d’être logé nourri blanchi pour 15 dollars par mois et un salaire net de quelques 2’000 dollars. 2000 bugs pour sa pêche miraculeuse, Judith n’hésite pas à laisser tomber les plateaux repas, ni à planter à Seattle un fiancé qu’elle pourra revoir quelques semaines par an, pendant ses vacances d’hiver. Elle va une nouvelle fois tenter sa chance, en Alaska.

Dans le petit avion qui l’amène d’Anchorage à Sand point, Judith converse avec Steeve, son voisin qui se trouve être le gérant du magasin de la coopérative Trident. Sympa, Steeve. Il lui donne toutes sortes d’informations précieuses sur la vie à Sand-Point et le fonctionnement de la pêcherie où elle commence son travail dès le lendemain.

Dures très dures les journées poissonneuses et poisseuses passées à l’usine de conditionnement.

Judith est à la peine. Au bout de quelques jours, la direction la convoque. On va la virer ? Non, l’employée du Trident store  s’en va et Steeve a pensé à la jeune Congolaise de l’avion pour la remplacer : douze heures de boulot par jour pour le même salaire.

C’est ainsi que depuis deux ans Judith la Chance gagne sa vie sans se salir les mains, avec un patron magnanime qui la laisse parfois, quand la saison s’achève, faire des journées de 10 heures. L’ennui c’est que la baraka des uns rend les autres jaloux. Ses anciennes compagnes d’usine, Philippines ou Sud américaines, lui battent froid. À Sand-Point, Google et Skype sont devenus ses seuls compagnons. Google pour les films et Skype qui lui permet de rejoindre tous les soirs ceux qu’elle aime, à Seattle ou à Kinshasa. Et tant pis pour la facture exorbitante de l’internet.

- 200 dollars par mois, c’est beaucoup trop, mais sans internet je meurs », admet Judith qui va tout de même rempiler pour une année au Trident store de Sand-Point, si loin de Kinshasa où elle n’a pas du tout l’intention de retourner. Good-luck, Judith !

Ah la vache!

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Il n’y a pas que le brouillard et la solitude pour nourrir le mystère en Alaska. L’homme s’en mêle largement !

Dans ce monde de populations migrantes, de travailleur se déplaçant au gré des saisons, les rumeurs et les légendes circulent plus facilement que les informations. Seules celles concernant le poisson paraissent plus fiables, et encore !

Ainsi en va de l’existence d’Unga, village fantôme proche de Sand Point. Si l’on s’en tient aux Instructions nautiques officielles américaines (Coast Pilot Volum 9, Pacific coast of Alaska) dans leur version mise à jour en 2010, « Unga consists of a fishing station, several stores, a school, church, and several houses ». A observer de plus près…

Pas franchement à jour!

Tout n’est ici que maisons éventrées, que ruines et désolation.

Le ciel bas et gris comme à son habitude ne fait que plomber encore plus l’ambiance.

Sur la colline, au pied d’un des rares arbres une tombe : celle de Morna P. Wilson ( 1911– 1916). Mais qu’est donc arrivé à cette petite de 5 ans ? Mystère !

Et  quand donc ce village d’Unga a-t-il été construit et quand donc a-t-il été abandonné ? Mystère !

Et que font ces vaches qu’on aperçoit au loin sur les montagnes ?

Et que fait ce cadavre bovin retrouvé gonflé à bloc, les 4 fers en l’air sur la plage ?

Question vache ? Pas vraiment puisqu’il en a !

Alors on interroge les « locaux ». Aussi bien Rick, le watchman de la pêcherie – elle aussi abandonnée – de Sqaw Harbor, que les habitants de Sand Point. Les réponses sont pour le moins évasives.

Seule info recoupée, les vaches. Huit  d’entre elles auraient été introduites par un habitant de Sand Point. Probablement dans les années 80. Elles seraient maintenant plus d’une centaine, toutes sauvages. On peut semble-t-il obtenir un permis de chasse pour se fournir en steak. La viande serait, dit-on, délicieuse.

Quant à Unga, le village aurait été construit à la fin du 19ème. Mais faute de bon mouillage et de profondeurs suffisantes dans la baie, il aurait été délaissé au profit de Sand Point. Quand ? Entre deux haussements d’épaules les réponses vont des années vingt aux années quatre-vingts. Vaste fourchette ! Le plus probable et le plus vraisemblable (au vu des reliques trouvées sur place) situerait l’abandon dans les années soixante.

Mais il sera dit qu’Unga continue de générer le mystère. Quand 4 jours plus tard nous y retournons pour le faire découvrir à Diane (qui vient de rejoindre le projet « Marins à l’encre ») le cadavre  a disparu.

Evaporé !

Explosé ?

Bouffé par les oiseaux ?

A moins que la mer, d’un grand coup de marée, l’ai fait retourner au royaume des éphémères.

Marins qui croisez au large de Sand Point… méfiez-vous des coups de corne !

 

PS : Chamade fait route actuellement vers le sud de l’île de Kodiak. Diane Peylin notre marin à l’encre de l’étape frissonne. De froid mais aussi de plaisir à découvrir ces lieux si inspirants.

Et encore:

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