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Tasusiaq, entre cadavres et glauquitude.

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Cette fois-ci c’est parti, nous sommes en route pour le Passage du Nord-Ouest. Nous avons quitté Upernavik ce matin, après une dernière nuit à repenser à tout, à tout repasser en revue dans sa tête, bref, pas la meilleure nuit de l’année ! Au programme en guise d’acclimatation pour le nouvel équipage, une étape côtière de 35 milles, jusqu’à Tasusiaq, petit village de 250 habitants (73°22N 56°02W).

Sur la route l’Upernavik Isfjord, le bien nommé. De la glace, beaucoup de glace à la sortie de ce fjord glacé par lequel l’Inlandsis crache sa glace dans la mer de Baffin. Un slalom permanent pendant quelques milles, une attention constante à la barre, mais c’est définitivement franchissable. Par chance, il n’y a pas de brouillard ce matin. Au bout de la route, un dernier village, une dernière escale groenlandaise. Mais quelle surprise !

Tasusiaq est glauque. Rien à voir avec tous ces villages visités le long de la côte. Si le décor est magnifique, avec notamment un iceberg géant juste devant le village, le reste est… disons… particulier. A peine débarqué nous tombons sur les restes « odorants » d’une baleine récemment dépecée. Puis un phoque mort sur une barque. Un peu plus loin abandonné au bord du chemin, le cadavre d’un chien couvert de mouche et enfin la tête d’un bœuf musqué. La tête, pas le crâne ! Et le reste du village semble à l’avenant. Les détritus sont omniprésents, une vraie décharge à ciel ouvert et l’odeur qui va avec. Le village semble en pleine décadence, l’usine de poisson presque à l’abandon. Est-ce l’isolement ? Ou le climat et la neige si souvent présente qui recouvre tout et n’oblige pas à nettoyer un minimum. Difficile à dire. Dommage quand même que notre dernière escale soit celle-ci. Ce n’est pas cela que nous garderons de ces six semaines passées au Groenland. Mais c’est tout de même aussi une réalité de ce pays… un pays magnifique, mais qui se cherche un avenir.

Icebergs et diversité

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(Par Cyril Mahaim)

D’abord il y a l’origine, l’héritage : De quelle partie du glacier proviennent-ils? De la partie profonde, compacte, vitreuse, qui a subi des pressions colossales, ou viennent-ils de plus près de la surface, plus aérés, moins denses, plus blancs, contenaient-ils des petites rivières ou lacs qui se transforment en autant de veines ou poches bleues?

Ensuite il y a leur naissance : se sont ils effondrés en tombant dans la mer, ce qui a pu exposer une partie profonde à l’air ou se sont-ils cassés par flottaison, remontant à la surface, sans trop se retourner, laissant à leur surface cailloux et moraine. Pourquoi certains exposent une grande face plane et homogène comme un champ de neige fraîche, alors que d’autres montrent une surface complexe et tourmentée ?

Il y a aussi l’histoire de leur vie, quels courants les ont formés, quels vents chauds ou froids les ont sculptés, quels petits ruisseaux de fonte ont gravé des stries dans leur surface. Quelle conjonction de facteurs a créé ces gigantesques arches, ou ces tours, striées horizontalement tellement régulièrement qu’on a peine à croire que seul le hasard des échanges de chaleurs les a  formées.

Pourquoi telle partie s’effondre plutôt que telle autre, comment se forment ces silhouettes sculpturales, de montagnes, de champignons, de gueules de crocodile, pourquoi certains sont turquoise laiteux, d’autres bleu intense et translucides, d’autre bleu vert sombres, d’autres  encore transparents comme du verre.

Certains sont d’une forme et d’une couleur tellement esthétique, qu’on ne peut que les admirer, ils laissent dans voix. D’autres sont comiques rappelant des formes familières. Certains interpellent car ils semblent défier les lois de la pesanteur, tant leur partie en porte-à-faux est grande et semble ne pas pouvoir  raisonnablement tenir.

Il n’y en a pas deux pareils, même si les facteurs qui régissent la genèse, la naissance et la vie des icebergs sont relativement simples, il s’agit pour leur genèse principalement de l’action de la gravité, ensuite au cours de leur vie, essentiellement d’échanges de chaleur entre la glace l’air et l’eau. Malgré la simplicité des forces à l’œuvre, une diversité infinie est crée, il ne peut pas y avoir deux icebergs exactement pareils, et avec cette diversité apparaît  une extraordinaire beauté, parfois majestueuse, impressionnante, ou de vivre fine délicate et artistique. Une diversité fabuleuse qui concerne uniquement des morceaux de glace.

On ne se lasse pas de découvrir de nouvelles formes, tailles et couleur. On a l’impression d’avoir un aperçu de l’intérieur la vie multi-millénaire des glaciers, qui nous fait ressentir une échelle de temps qui dépasse de  loin notre capacité d’abstraction, en nous laissant simplement en face de  notre microscopique passage sur terre.

Et d’être au milieu en voilier, ne va pas de soi ! Il faut accepter le risque de naviguer au chez les géants ! Un immense merci à Marc et Sylvie qui prennent ce risque pour partager ces moments uniques et inoubliables. Merci de nous avoir permis de ressentir et vivre de l’intérieur ces moments d’intimité avec la diversité infinie des Icebergs.

 (Upernavik, 2.8.2011)

Arrivés à Upernavik

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Upernavik (72°47N 56°09W), 1000 habitants, dernière « ville » sur la côte du Groenland, dernier lieu avec « tous les services » si l’on en croit notre guide de navigation.

Un village en fait, accroché à la pente, sur cette toute petite ile granitique, dont l’aménagement le plus spectaculaire est la piste d’aviation, construite au sommet de l’ile. Des terrassements titanesques pour créer les remblais nécessaires, une sorte de porte-avion posé au sommet de l’île.

 Un port à la protection sommaire, mais suffisante avec le calme de ces jours, et des icebergs qui se reflètent dans l’eau de la baie. Pour le reste, un supermarché bien achalandé (mais côté légumes frais le rayon est presque vide, ils attendent le prochain bateau, et c’est tout. Pas d’hôtel, 2 petites guesthouses (fully booked). Bref c’est magnifique, mais sommaire. Côté internet, rien de public. Il va falloir essayer de trouver chez un privé le moyen d’aller relever notre courrier. Mais pour le blog, cela va être limité. Donc dans un premier temps, pas de photos, et c’est dommage!

Demain mercredi, changement d’équipage, et jeudi départ pour le Passage du Nord-Ouest, avec une dernière escale un peu plus au nord sur la côte, histoire d’acclimater le nouvel équipage. Dès vendredi, on entamera la traversée de la baie de Baffin, pour arriver dans le détroit de Lancaster en début de semaine prochaine. Aux dernières nouvelles la voie semble libre de glace. Il est vrai que que les bulletins canadiens et américains parlent de températures nettement plus douce que la moyenne, et d’une fonte de la banquise en avance de 2 à 3 semaines sur la normale. On s’en rend compte ici. Les températures sont incroyablement douces. 18°-20° hier à Upernavik, et une eau de mer entre 6° et 10°. Et il fait beau en moyenne 2 jours sur 3. Bref c’est la Côte d’Azur! Mais cela devrait maintenant vite changer, le détroit de Lancaster étant plutôt réputé pour sa grisaille. Qui vivra verra!

CORRECTION : On a trouvé une connexion internet dans une guesthouse. Résultat, le blog est mis à jour avec les photos. Mais soyons réalistes, dans le Passage du Nord-Ouest cela risque d’être plus difficile.

Du bio, rien que du bio

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(Par Sylvie)

Ce n’est pas pour vous faire envie, mais depuis que nous sommes au Groenland nous avons adopté la gastronomie locale, enfin presque. Rien que des produits bios : baleine, mataq (peau de baleine), bœuf musqué fumé, puisi (phoque) tout frais chassé, flétan tout frais pêché. C’est riche en acides saturés et en oméga 3, dirait notre nutritionniste.

Nous n’avons pas poussé l’audace jusqu’à goûter du Kiviaq, le plat national , parce que le mergule mis à macérer avec ses plumes et sans être vidé, dans une peau de phoque pendant des mois, ça ne doit pas être très gouteux. Et surtout, ça peut être fatal. Knud Ramusson, écrivain et explorateur groenlandais a fait la triste expérience en 1933. Et nous ne sommes pas obligés d’en faire autant.

Donc nourriture fraîche, parfaitement écolo pour garder la forme. Et que l’on nous pardonne si nous avons craqué pour quelques belles oranges pas chères, des bananes ou des pommes venues de l’autre hémisphère. Nous avons eu la décence de ne toucher ni aux pastèques ni aux ananas trouvés au supermarchés où l’on vend aussi des sodas « light » que quand tu en bois une goutte tu dois toute de suite te faire la piqûre d’insuline pour ne pas tomber dans un coma diabétique.

Et puis, en montant vers le Nord, au fur et à mesure que les villages et les icebergs se font plus rares, que le décors change pour devenir de plus en plus vertigineux et sauvage, nous sommes carrément passé à l’autarcie, enfin presque.

Quelques tentatives de pêches de Marine nous ont permis de manger, non pas de stupides poissons scorpions que nous avons renvoyés là d’où ils venaient, mais de belle bonne morue. Et la morue fraîche au four avec un zeste de pesto (recette du capitaine), c’est tout simplement divin.

Nous nous sommes aussi offert, grâce à la cueillette de Cyril, une fricassée de bolets. Nous n’avons pas de preuves matérielles à fournir, mais il y a des témoins qui se sont régalés. Nous sommes allés puiser l’eau douce à la source (parce quoi qu’en dit Marc, l’eau du désalinisateur garde un certain goût). Puis nous avons traqué frénétiquement la moule, dans un mouillage de rêve, particulièrement apprécié du mollusque.

C’est comme ça que nous avons inventé la version groenlandaise des spaghettis alle vongole que nous allons commercialiser à notre retour avec l’eau minérale Tasiussaq.

Une solitude prenante

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Kangersuatsiaq : 72°23N 55°33W, 250 habitants.

Courte escale ce midi dans ce petit, mais charmant village. 80 maisons perchées sur le granit, dans une étroiture entre 2 îlots. On s’amarre au petit quai profitant du calme dans cet abri tout relatif.

Content de retrouver un peu de vie après 4 jours de navigation dans une solitude totale. Etonnante solitude, presque pesante… Et pourtant, la solitude, les endroits sauvages, j’aime. Au Spitsberg par exemple, cette solitude était fascinante, grisante. Mais je ne sais pas pourquoi, ici elle semble pesante. Difficile à expliquer. Comme si c’était trop immense, non mesurable. C’est vrai qu’au Spitsberg malgré l’éloignement et l’isolement, cela semblait « à taille humaine ».

Ici, plus rien n’est cernable, tout paraît infini : les distances, les massifs montagneux qu’on longe, l’isolement des villages. Rares, ils sont perdus au milieu de rien, et seul l’hélicoptère permet aux habitants d’être reliés à quelque chose durant l’interminable hiver. Ce d’autant plus que la glace n’est plus sûre désormais. Les expéditions en traineaux à chiens se font plus rares et plus dangereuses. Concrétisation la plus marquante pour les autochtones du réchauffement climatique. L’hiver dernier à Kangersuatsiaq, une femme a passé à travers la glace. Inutile de préciser qu’elle en est morte.

Au milieu de l’après-midi, on repart, toujours vers le nord pour jeter l’ancre à Tasiussaq (72°37N 55°35W). Une immense baie, complètement fermée de 2 kilomètres de diamètre, enchâssée au milieu des parois de granit. Un monde minéral quasi absolu. Là encore l’impression de solitude est incroyable. Il faut grimper sur une crête pour mesurer la dimension du lieu: immense, une fois de plus. Mais dans la lumière chaude du soir, cela paraît soudain plus acceptable. Plus à notre mesure.

D’autant plus qu’on se serre les uns contre les autres pour la préparation du menu « bio » du soir.

Tempête sur Nuussuaq

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Changement de décor aujourd’hui derrière l’île de Disko. Un ciel de plomb a remplacé le soleil magnifique de ces derniers jours et le dernierfichiers grib indique qu’un dépression remonte vers la baie de Baffin.

30 à 40 nœuds bien au large, et 25 à 30 nœuds de sud-est sans doute près des côtes où nous sommes. Rien de catastrophique, mais cumuler mauvaise visibilité, vents forts et mauvaises mer au milieu de la centaine d’icebergs et de glaçons entre lesquels nous devons slalomer, n’est pas une bonne idée. Il faut donc chercher un mouillage. Et à la sortie du Vaigat, ce chenal qui sépare Disko du Groenland, il n’y en a qu’un seul : Nuussuaq (70°41N 54°35W)

Sur la carte marine ce n’est que 3 îlots non cartographiés, mais le guide de navigation de Willy Ker en donne un croquis et indique que la protection y est bonne. Nous y jetons donc l’ancre, non sans mettre beaucoup de chaîne.

Et bien nous en prend : vendredi dans la journée le vent monte peu à peu, et comme il contourne la montagne, il s’engouffre dans le mouillage levant un bon clapot. On se retrouve ainsi « cul » à la côte rocheuse, 100 mètres derrière. Et ça monte encore. A 18 heures le vent moyen est de 35 nœuds et les rafales dépassent les 45 nœuds. Chamade pioche et tire tout ce qu’il peut sur son ancre qui… tient bon ! Et la glace semble vouloir éviter d’entrer dans le mouillage, seuls quelques glaçons nous mettant par moment sous stress.

Durant ces quelques heures le sentiment de solitude est incroyable. Que déjà le coin donne dans le sauvage le plus absolu, mais sous la pluie, le ciel de plomb et le hurlement du vent, on se sent vraiment loin… très loin… et seul. Durant le plus fort, je mets le moteur en route et veille à la barre, histoire d’être prêt à réagir en quelques secondes au « cas où ». Cas qui ne se produit pas, merci à notre ancre « Spade ».

Et samedi matin, les 20 nœuds restant nous semblent « un calme plat ». Départ donc pour le nord, dans une mer chaotique et un vent tout aussi désordonné. 80 milles à se faire brasser, à manœuvrer pour finalement atteindre sous le soleil revenu un autre mouillage fantastique : Amitsoq, (71°49N 52°23W) petite baie protégée par une langue de sable d’une ancienne moraine : elle ne figure même pas sur la carte marine. Là encore le guide de Willy Ker fait merveille.

De la glace, jusqu’à plus soif

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Départ ce matin de Saqqaq. Au programme la remontée du Vaigat, ce chenal qui sépare l’île de Disko du Groenland. Et c’est par là que s’échappe une grande partie des icebergs sortis de l’Icefjord.

Le Vaigat, c’est l’autoroute des icebergs, avec ses innombrables poids lourds qui défilent et ce matin au mouillage on a l’impression d’être sur une aire de repos.

A peine levé l’ancre, le slalom commence. Il y en a partout. Des gros, des petits, des minuscules, mais mieux vaut tous les éviter. Le spectacle est somptueux. Et comme le vent souffle maintenant de l’arrière, nous voilà sous génois tangonné. Avec pour conséquence une marge de manœuvre de 15° sur chaque bord, ça pourrait être assez vite « casse gueule ». Mieux vaut donc anticiper.

Heureusement, alors qu’on s’approche de la sortie et que le vent forcit, l’espace libre augmente. Etonnant de voir aussi à quel point on s’habitue à cette présence permanente de la glace. Quand on se rappelle de l’excitation ressentie à la vue des premiers géants, alors que là il y en a jusqu’à plus soif, on mesure notre adaptation à l’omniprésence de la glace. Au risque d’être blasé ?

 Tout de même pas, il y a toujours un iceberg ou une lumière incroyable pour nous faire mesurer l’exceptionnelle ampleur du paysage.

Bienvenue chez les Ch’tinuits

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Avec ses belles bacchantes qu’il lisse en permanence, Jeff a tout l’air d’un major d’homme de la belle Angleterre. Major d’homme égaré apparemment puisque nous le rencontrons attablé devant une baraque de Saqqaq, entrain de finir sa gamelle.

On l’aborde donc en anglais, mais après une seule phrase son accent ne laisse aucun doute et je lui propose de continuer en français. Il est aussi surpris que nous, il avait pris de loin notre drapeau pour celui du Danemark. En fait, Jeff Olsen est du nord de la France, un Ch’ti. Un petit panneau domine son univers : « Tikilluaritch’ti – Bienvenue chez les Ch’tinuits » De l’autre côté de la baraque son seul trésor et son moyen de transport, 2 kayaks en toile caoutchoutée qu’il utilise pour rayonner dans la région. « Vous emmenez des groupes ? ». « Oh non, là j’ai assez donné, maintenant je ne fais que vivre ici l’été, dans ce merveilleux villages qui m’accueille depuis des années » Et c’est le 28ème été qu’il passe au Groenland. D’abord comme guide de kayak, et maintenant juste par passion, parlant un peu l’inuit, partageant la vie du village et content d’accueillir pendant quelques semaines dans « son coin » quelques amis de passage. Comme Nicolas, qui termine un séjour d’un mois dans le village, entrecoupé de ballades de quelques jours en kayak. Nicolas, magicien amateur, qui a régalé de ses tours toutes les familles du village et goûté avec elles le foie de phoque crû. « Une fois que tu as partagé ça tu es accepté ! » Jeff nous fais le tour de son univers : Sa cuisine (en fait un simple foyer de pierre protégé par 3 planches sur la plage), ses kayaks, et une guérite où il abrite ses quelques affaires.

D’une voix douce il nous conseille d’aller visiter quelques vestiges des « civilisations disparues », et de la pointe de sa botte, nous trace une carte dans la poussière du sol pour nous indiquer la position de restes de campement et des tombes, à 800 mètres à l’est du village. « A voir le sourire que font certains dans leur tombe, ça fait un moment qu’ils sont là et qu’ils s’y plaisent » nous dit Jeff avec un sourire entendu. Sur place, l’état des lichens recouvrant ces tombes montrent assurément qu’elles sont très anciennes.

Mais elles ne datent pas de la civilisation « Saqqaq » la première civilisation implantée sur la côte ouest du Groenland, il y a 4500 ans. Une civilisation qui porte le nom du village où nous sommes, là où les premiers vestiges démontrant son existence ont été découverts. Mais aucune tombe datant de cette époque n’a été retrouvée. Merci Jeff d’avoir partagé avec nous ta passion, et dommage que nous devions déjà reprendre notre route vers le Nord-ouest.

Tous pareils, tous différents

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(Par Sylvie)

Oqatsut (Le Cormoran, 62.21N-51.00W), ses maisonnettes colorées, sur fond d’icebergs, son Pilersuisoq ( supermarché subventionné) fermé le dimanche.

 Qeqertaq ( La petite île 69.59,9N-51.17,9W) ses maisonnettes colorées sur fond d’icebergs, son Pilersuisoq ,où l’on trouve des jerricanes gonflables, mais pas de légumes.

Saqqaq ( La Côte Ensoleillée 70.01N-51.56W), ses maisonnettes colorées sur fond de (gros) icebergs, son Pilersuisoq où il n’y a pas de pain aujourd’hui parce que le four est cassé.

 Sur la route pavée d’icebergs qui nous mène à Upernavik , les villages où nous faisons escale se ressemblent apparemment. Mais ils sont tous différents. On rembobine : Lorsque nous arrivons au « Cormoran » (je francise les noms, c’est plus simple), les 52 habitants recensés par notre guide Grand-Nord sont aux abonnés absents. Il n’y a pas âme qui vive, ni près du joli cimetière marin, ni ailleurs. A part les poissons qui sèchent sur les séchoirs à poisson et quelques chiens enchainés.

Soudain, sur le ponton où agonise un congélateur abandonné, débarque une escouade de touristes à la recherche de l’Hôtel. Désolés, nous n’avons repéré aucun hôtel depuis Ilulissat. Rien qu’un restaurant, paraît-il réputé, mais qui ce dimanche n’attire visiblement pas grand monde. Mieux vaut donc retourner sur Chamade, trois étoiles au Michelin. Au menu de ce soir une morue fraîche et une animation garantie puisque nous avons dansé la java toute la nuit.

C’est tout le contraire dans « La Petite Ile » (150 habitants) qui semble débordante d’activité, et chaleureuse derrière ses glaçons.

Des ados se promènent dans la rue et sur la place de jeux, les jeunes enfants profitent d’une splendide journée de soleil qui rend tout beau et riant, même ces lieux perdus au bout du monde. Sur le port, les caisses de poissons déposées par les pêcheurs, sont prestement emmenées à la fabrique de conditionnement. Perché sur son tracteur, un ouvrier nous invite à boire le café chez lui à… «one- six » (18h) et nous montre du doigt sa maison jaune perchée sur un promontoire de granit.

C’est ainsi que nous nous sommes retrouvé assis à la table de Mikkel, fort heureux de découvrir sa vue imprenable sur la mer et son son salon high tech avec grand écran TV plat, internet et stéréo simultanément allumés. Mais nous sommes incapables d’échanger avec lui un traître mot. Heureusement, grâce aux photos placardées dans son salon et notre méthode « le Groenlandais express » ( nous lui avons fait lire les termes français traduits en groenlandais, parce que notre prononciation était trop lacunaire), nous avons découvert que nous n’avions pas atterri chez n’importe qui.

Mikkel est le président de la fédération groenlandaise des éleveurs de chiens de traineaux dont il possède à lui seul 40 spécimens. Sa femme a un diplôme d’Upernavik, amis ne nous demandez pas de quoi elle est diplômée. Un de ses jeunes fils est pêcheur, l’autre travaille à la fabrique. Visiblement Mikkel a remporté quelques courses de traineaux et la benjamine de la famille, la petite Rinja semble partager la passion de son père, quand elle ne joue pas sur le port.

Au bout d’une demi-heure de laborieuses tentatives d’échanges, entrecoupées de silences gênés, nous capitulons poliment à coup de courbettes et de « kujanaq » (merci). Puis nous rentrons à bord méditer sur les bugs de la fraternisation entre les peuples qui ne parlent pas la même langue et les frustrations qu’ils engendrent. Surtout lorsque le lendemain matin en quittant le port, nous voyons Mikkel nous faire des grands signes d’adieu. Trop sympa.

Il fait un très sale temps lorsque nous arrivons sur « La Côte Ensoleillée » ceinturée par une barrière de gros icebergs brumeux dont on devine qu’ils vêlent. Parce quand un iceberg rompt la glace, ça fait un boucan de tous les diables. Quand il est petit, ça claque comme un coup de fusil mais quand il est gros,c’est carrément la détonation, la déflagration , le bombardement qui donne froid dans le dos au propre comme au figuré.

Bref, même sous la pluie Saqqaq peut se la jouer station balnéaire avec ses plages fleuries de galets et de sables. Au pied de hautes montagnes et de petites falaises où l’on trouve des vestiges archéologiques de la civilisation Saqqaq (de 2400 à 800 avant J-C), on y devine l’emplacement des campements et des foyers de ces premiers habitants du Groenland. Et on imagine…

Encore aujourd’hui, on n’a rien oublié de cette vie en communauté. La municipalité de Saqqaq met à disposition de ses 180 habitants, 4 douches payantes et un salon lavoir avec machine à sécher. Heureusement que nous avons rencontré Jeff qui nous a briefé sur cette saine gestion de la collectivité. Sans lui nous n’aurions pas goûté au plaisir des « spas » de la Côte Ensoleillée, surtout quand elle ne l’est pas.

Holidays on ice

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(Par sylvie)

 Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, le glacier d’Ilulissat ne supporte pas bien la température estivale. Plus il fait chaud (nous avons plus de 17 degrés depuis une semaine) plus il vomit : 43 tonnes d’icebergs par jour, paraît-il, dont des géants de 100 mètres de hauteur qui viennent se fracasser dans le creux de l’Isfjord, d’où ils déboulent pour former une large barrière autour de la ville. Au gré des vents et en ordre dispersé, ils entament alors leur migration annuelle vers le Labrador canadien, en longeant la grande île de Disco, quand ils ne dérivent pas dans les fjords pour mourir de leur belle mort.

Grâce a son congélateur naturel et à sa production de glaces, Ilulissat (qui signifie Iceberg en Groenlandais) a conquit le titre de ville la plus touristique du Groenland. Derrière le « quai » où nous sommes amarrés, c’est un va et vient de petits bateaux qui débarquent et embarquent à tour de rôle les touristes pour aller naviguer entre les Icebergs. Il faut dire que le spectacle est aussi grandiose d’en bas que d’en haut, par le chemin qui domine l’Isfjord et que nous nous en sommes mis, nous aussi, plein les mirettes.

 

Il y a aussi, quand les vomissures du glacier les laissent s’approcher (pas trop,) des paquebots qui attendent à l’ancre que le troupeau débarque et rembarque après avoir visité le lieu quelques heures.

Alpinisme, observation des baleines, navigation, ballade sur le glacier, à pied en hélico ou en traineau à chien (quand la saison le permet), bref, l’agence de Silver (l’Italien qui vit là depuis 30 ans) et ses concurrentes offrent toutes les options. Sur les falaises au nord de la ville, les complexes hôteliers poussent, l’Hôtel 4 étoiles Atlantic barre le paysage, mais vous propose une vue imprenable sur le l’Isfjord , et un sommeil exotique dans des igloos en acier.

Faut-il préciser que les hôtels sont tenus par des Danois, comme la presque totalité du secteur touristique. Même à l’auberge de jeunesse où nous sommes allés faire une lessive salutaire et prendre une douche toujours bienvenue, nous avons été accueillis pas un staff de blond(e)s vikings. C’est là que nous avons rencontré, Valérie, jeune doctorante en géographie humaine de l’université de Genève, installée à Ilulissat pour un mois de recherches.Elle a pu confirmer mon impression que le développement touristique est davantage subi que voulu par les autochtones, assez icebergs, eux aussi, face aux velléités de fraternisation des voyageurs étrangers. Peu enclins à engager la conversation, genre pas-la-peine-d’essayer-d’me –causer- dans-une-langue-que-je-ne-comprends- pas, ils nous ont fait comprendre toute la différence entre un chasseur de phoque et un chasseur d’images. Et le dimanche, sur la place, aucune invitation officielle ne nous était parvenue pour une fête de la musique rockinuit, on ice.

Et encore:

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