Archive for the ‘ Passage du NW 2011 ’ Category

Ouf !

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La  tempête est maintenant derrière, mais si elle a laissé des traces et fait un disparu (mort?) dans un village, le pire a été évité. Même si durant 24 heures les conditions furent démentielles.

Comme le raconte si bien Rolland dans son dernier mail:

« We fared good.  The roof to my dogshed was ripped off and filled the shed with a meter of snow.  Several houses lost their roofs, many porches and other add on structures were damaged.  The front of the building across from our house was torn off and collapsed.  The lines holding your mast were taut so they were doing something.  Aside from some debris blown on your deck, everything seems fine. Quite a day!

  »Nous nous en sommes bien sortis. Le toit de notre cabane pour les chiens (Rolland possède une meute de chiens de traîneau) a été souffé et la cabane remplie par un mètre de neige. Plusieurs maisons ont perdu leur toit, plusieurs portiques ou autres structures ajoutées aux maisons ont été endommagées. La façade du bâtiment en face de notre maison s’est effondrée. Les bouts qui stabilisent ton mât ont été tendus et ont donc été utiles. A part quelques débris soufflés sur le pont, tout semble bien. Une sacrée journée! »

Bref plus de peur que de mal. Et nous voilà rassurés, tout d’abord pour Rolland et sa famille et accessoirement pour Chamade.

Photos tirées du site du journal local le « Nome Nugget »  www.nomenugget.net

947 Hp: Dépression et tempête record sur Nome

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Le message nous a été envoyé par Rolland, notre ami de Nome:

Il contient l’avis de tempête de la météo US pour ce mercredi 9 novembre, dont voici les extraits les plus significatifs:

NATIONAL WEATHER SERVICE FAIRBANKS AK

…A EXTREMELY POWERFUL AND DANGEROUS WINTER STORM WILL CAUSE COASTAL FLOODING ALONG THE WEST COAST LATE TUESDAY THROUGH EARLY THURSDAY…

THIS WILL BE AN EXTREMELY DANGEROUS AND LIFE THREATENING STORM… THE WORST ON RECORD SINCE THE BERING SEA STORM OF NOVEMBER 10 TO 11 IN 1974. ALL RESIDENTS SHOULD TAKE ACTION NOW TO PREPARE FOR THE STRONG WINDS AND COASTAL FLOODING.

Traduction: Une tempête hivernale extrêmement puissante et dangereuse va causer des inondations côtières.

C’est une tempête extrêmement dangereuse, menaçant la vie des habitants. La pire depuis celle de 1974.

Un coup d’oeil sur les cartes météo montre que la dépression va se creuser jusqu’à 947 hp. Un gouffre! Vents de 60 noeuds, rafales à 80.

Et le bulletin de préciser qu’au large les vagues atteindront plus de 10 mètres, que le niveau de la mer devrait monter de plus de 3 mètres et qu’il faut s’attendre à une très forte érosion côtière.

Pour Nome la situation est  très sérieuse. La ville est au bord de la mer, à une altitude de 5 m environ. Si habituellement les dépressions d’hiver passent à l’est du détroit de Béring, avec des vents de nord pouvant atteindre 80 noeuds, celle-ci va passer juste sur le détroit, provoquant des vents de sud de 60 à 80 noeuds. La ville sera donc pleinement exposée à la force des vagues.

Pour Chamade perché sur sa colline, à une cinquantaine de mètres d’altitude, le risque devrait être moindre, mais nous avons le plus grand soucis pour la famille de Rolland dont la maison n’est qu’à 150 mètres du bord de mer, à 8 mètres d’altitude environ.  Même soucis pour Dan et sa famille, que seule la route de Front Street sépare de la mer.

Toute la région est en alerte. Tous les villages eskimos de la région sont situés au bord de la mer, et le terrain est très plat. Seule chance, le peu de profondeur de la mer qui devrait empêcher les vagues d’atteindre des dimensions trop grandes, puisqu’elles déferleront avant. Mais c’est la marée de tempête qui est la plus dangereuse. Et le tout par des températures déjà négatives, malgré le vent de sud.

A noter que plus tard dans la saison hivernale, lorsque la mer de Béring aura complètement gelé (vers mi-décembre), le risque redeviendra moindre, seul la force du vent pouvant alors occasionner des dégâts.

Le choc de la civilisation

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Cette fois c’est bien fini. Nous avons laissé Chamade et Nome et le passage du Nord- Ouest derrière nous pour atterrir dans le monde dit civilisé.  Un choc.Nous avons retrouvé les « high ways », le trafic automobile, les mille et une recommandations publiques, dont raffole l’Amérique (explications en trois étapes et quatre exemplaires de ce que le  piéton doit faire pour traverser la route quand le feu est rouge pour les voitures,  incitations à la délation de chauffards,  défenses de « trepasser » telle ou telle limite, liste healthy des corps gras contenus dans les menus take away dont les gens continuent à s’empiffrer, etc…), les glaçons dans toutes les boissons et l’air conditionné par une température de 6 degrés (merci pour les recommandations en faveur de l’environnement). Nous avons troqué les parkings improvisés de quads contre des parkings à avions privés, alignés couverts et les motos-neige (en attente de fonctionner), contre les planches des surfeurs qui attendent le mascaret de la baie de Turnagain.

Dans cette ville d’Anchorage (300’000 habitants) où, excepté le musée, il n’y a rien à voir, j’ai eu le sentiment de me trouver au milieu de nulle part, bien davantage qu’à Resolute ou a Gjoà Haven.

Reste le magnifique paysage environnant. Nous avons retrouvé les arbres (eh oui, ça faisait quatre mois que nous n’en avions plus vu, entre le désert arctique et la toundra). Des sapins et des boulots, aux couleurs d’automne rouge-vert-jaune,  plantés au milieu des vastes cirques de montagnes déjà enneigées. The wild life, comme on dit ici en balisant tout et partout.

Voilà qui nous a donné un avant-goût de notre prochaine destination. Sauf qu’en Alaska l’hiver a déjà pointé le bout de son nez et que nous allons retrouver des températures de plus de 25 degrés.  Marc a déjà trop chaud, mais moi je ne vais pas pleurer. See you soon !

Yes ! We did it !

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“ It’s possible, but it could be complicated”

“Yes! We did it!”

 Entre ces deux phrases, une longue histoire faite de suspens mais ce n’est pas celle du Passage du Nord-Ouest dont il s’agit.

Le sujet : la mise à terre de Chamade à Nome : la belle affaire.

Tout commence vendredi 16 au soir avec les mises en garde de Rolland : « Ici rien n’est prévu pour ça et tout peut être vite compliqué. Si vous avez encore le temps, le mieux serait de filer plus au sud, à Sand Point dans  les Aléoutiennes, où il y a un travel-lift et des installations plus pratiques ».

Le week-end se transforme en round d’observation, d’abord de la météo pour voir si une traversée de 5 jours vers le sud est possible. Hélas, il faut vite déchanter, les fichiers grib indiquent une série de dépressions se succédant toute la semaine, avec des vents de près de 50 nœuds sur les Aléoutiennes (des prévisions qui s’avèreront parfaitement exactes !). Pas questions donc de continuer, il va falloir faire avec les moyens disponibles à Nome. Pas terrible à vrai dire puisqu’au ponton il n’y a ni l’eau ni l’électricité, pas génial pour les préparatifs d’hivernage.

Samedi 17, Joy, la « harbor master » nous confirme ce qu’elle nous avait écrit par mail, à savoir que les pêcheurs locaux disposent d’un trailer (un remorque hydraulique) permettant de sortir leur bateau et qu’il y a une grue sur le port, mais, mise en vente, son avenir est désormais incertain.

Lundi 19, contact est pris avec Robin, l’un des pêcheurs qui m’emmène voir leur trailer, tout en précisant qu’il n’assume aucune responsabilité et qu’il faudra qu’on effectue la manoeuvre nous-mêmes. Pas très engageant. Et de plus il faut encore demander à Adam, l’un des autres pêcheurs qui a aussi son mot à dire. Problème : Adam est en mer.

Mardi 20, le voilà de retour : il ne nous dit pas non pour le trailer mais nous pousse avec insistance à choisir la grue. Nouveau problème, il nous faut, malgré l’aide de Rolland, 3 jours pour arriver à  contacter le patron de la grue. Au final la réponse est pour le moins problématique. Outre le prix (1200 à 1500 dollars le grutage) aucune garantie n’est donnée que la grue sera encore là en juin prochain pour la remise à l’eau.

On décide donc de se rabattre sur le trailer, qui après qu’on l’a mesuré sous toutes ses coutures, semble pouvoir convenir. Mais reste encore à prévoir aussi le calage (blocking) du bateau une fois au sec. Coup de chance, en visitant le musée local et en racontant nos préoccupation à la gardienne, celle-ci nous dit que son mari  Roger déplace des maisons (rappelons qu’ici toutes les maisons sont juste posées sur les blocs de bois) et qu’il pourrait le faire. Le temps d’un coup de fil et c’est ok.

Jeudi 22, il faut trouver encore un conducteur d’engin (front loader operator) pour tirer la remorque. A nouveau des coups de fil pour finalement réussir à joindre Chuck, qui accepte de le faire après ses heures normales de travail, moyennant 150 dollars de l’heure. C’est top, cette fois-ci tout est ok, sauf que les pêcheurs, dont il faut encore obtenir l’approbation finale sont partis en mer pour 4 jours ! Mais ils devraient être de retour dimanche. On cale donc l’opération « lifting » pour lundi soir. Rolland qui s’absente professionnellement pour une semaine ne pourra pas nous aider, mais il nous apporte encore vite un générateur électrique pour pouvoir finir de charger les batteries lorsque Chamade sera perché sur sa colline, loin de toute prise électrique.

Dimanche 25… personne à l’horizon. On attend toujours, mais pas vraiment zen !

Lundi matin 26… personne… A midi, personne, on rappelle tout le monde pour renvoyer à mardi. Le temps commence à presser, l’avion est jeudi matin !

En milieu d’après-midi Robin est de retour, ouf ! On confirme pour mardi.

Mardi 27, dernier contrôle chez Joy, la harbor master. Problème: une grosse barge de transport occupe la rampe où nous devrons sortir Chamade le soir même. Mais Joy obtient la garantie qu’elle sera partie en fin d’après-midi. « You know, Mark, here everything is flowing” (tout est fluctuant). Ca pour le moins, on commence à s’en apercevoir!

A 19h enfin, nous attelons le trailer et le mettons à l’eau. Un quart d’heure plus tard on y installe Chamade. Robin est là pour aider mais me laisse les commandes hydrauliques, question de responsabilité ! Dire qu’il n’y a pas de stress serait un peu exagéré !

Quand cela semble bon je fais signe à Chuck de commencer à remonter la remorque. Le suspens est total, mais à mesure que la coque sort de l’eau je peux constater que mes repères étaient les bons, Chamade est parfaitement posé sur l’engin. Reste encore à parcourir les 500 mètres de route qui mènent au sommet de la petite colline où se trouve l’enclos de stockage.

Finalement alors que le soleil disparaît derrière l’horizon, Chamade repose sur ses cales. Rendez-vous est pris encore pour demain avec Roger pour terminer le calage. Tout le monde s’en va satisfait. On se regarde avec Sylvie…. « Yes.. we did it ! » Ouf !

A coup sûr le plus gros stress de l’expédition 2011!

Tous les chemins mènent à Nome

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Les grues (sandhill cranes) s’en vont. Elles migrent vers le sud, en escadrons. « C’est signe que l’hiver arrive ».  Son écuelle de chercheur d’or à la main, Jim Frey scrute le ciel. « Dans dix jours je termine la saison. Je rentre chez moi ». Et c’est où chez vous Mr.  Frey ?  Né dans le Montana, Jim vit acutellement dans le sud de l’Alaska. Mais il est à moitié Suisse. Son père était originaire de Baden.  Même s’il ne parle pas un mot de schwyzerdeutsch, ni d’aucune autre de nos  langues officielles, Jim tient à sa demi suissitude¨, à l’autre bout de la chaîne bancaire.  C’est sa première saison à Nome comme chercheur d’or.  Il n’a pas de barge, mais a construit  sur la plage,  avec quatre panneaux de contreplaqué, une baraque de 3m2, où il n’y a place que pour un lit et un poêle à bois. Il a aussi investi  dans une machine à tamiser le sable, dans un quad pour aller jusqu’en ville (distante de  3km) et dans un revolver, un 44 Magnum en inox, dont il fait tourner fièrement le barillet. Chargé faut-il le préciser. Gare aux voleurs de pépites.

A vrai dire, Jim passe sa journée à chercher non  pas des pépites, mais les poussières d’or dont la plage de Nome regorge, paraît-il.  Il les garde dans de petites éprouvettes  qu’il envoie par poste chez-lui, dans le sud de l’Alaska, planquées dans des sachets de sable. «Je ne vais pas devenir riche, mais à 1800 dollars l’once, je vais pouvoir en tirer 4 à 5 mille dollars. Le boulot n’est pas facile. J’ai dû tout apprendre et il faut de la patience, mais j’aime cette vie. Je reviendra sans doute passer l’été à Nome l’an prochain ».

Bill , lui, est un estivant régulier. Avec sa gueule de métèque, ses grosses lunettes et sa barbe blanche aux quatre vents, il vient chaque année en villégiature à Nome pour se remplir les poches de pépites.  Il campe dans une  hutte sur la plage,  comme tous ses compagnons de fortune.

Mais attention. La société des chercheurs d’or a aussi ses hiérarchies. Les amateurs sur la plage, les pro sur leurs barges à aspirateur géant.   Vernon  est de ceux-là. Il a monté son propre business de prospection. « Je déteste ce Barak Obama, autant que celui d’avant… euh, le Bush». Déçu  de la politique, il n’a plus qu’une idée en tête : « to make monney ».  Pilote de navires marchands de la région sud-est de l’Alaska, Vernon possède quatre barges et emploie une dizaine de gars, parmi lesquels un jeune Russe d’Irkoutzk. Un dénommé Igor  qu’on verrait plus volontiers en Stravinsky qu’en chasseur sous-marin de pépites dans des eaux à 3 degrés. La Russie c’est juste en face, de l’autre côté du détroit de Béring. Mais le rêve américain, c’est ici, à Nome. 

C’est que la fièvre de l’or donne des frissons. On joue, comme au Casino,  à qui perd gagne avec la même frénésie que les « natives » jouent au bingo le soir dans les bars. Les Esquimaux, comme on les appelle encore aux Etats-Unis, ne s’intéressent pas à l’or. Pour manger ils préfèrent chasser le phoque ou le caribou. Et pour gagner le gros lot, ils préfèrent gratter. 

En fin de semaine on rencontre à Nome d’autres sortes d’immigrés temporaires qui  débarquent le week-end des villages environnants.  Une jeune femme  encore sobre nous raconte qu’elle a pris l’avion  pour venir à Nome régler quelques affaires, se divertir, tenter sa chance au bingo « et boire un bon coup ».  Il y a peu, elle a fait de la prison pour avoir tenté de ramener de la bière dans sa communauté « dry » (sans alcool).

Nome est une ville de transit, mais abrite aussi des «immigrés permanents ». Comme Joy,  l’énergique « harbour master » qui le samedi soir, sa vhf posée sur une table et sa guitare dansles bras, remplit l’Airport Pizza  de son répertoire de musique soul.  Comme Damienne, la «petite sœur»  alsacienne de Jésus qui voulait vivre avec les Esquimaux. Arrivée à Nome en 1957, elle a vécu quinze ans, comme eux et parmi eux, sur l’île de la« Petite Diomède », dans le détroit de Béring. Puis elle est venu habiter dans un village proche de Nome où elle a fini par s’installer lorsque le village a été détruit par une tempête. A 83 ans sœur Damienne se souvient - en français pour nous-  du Nome qu’elle a connu. Une ville construite de toute pièce par les « Blancs » qui cherchaient de l’or et où les Esquimaux ont fini par immigrer (ils représentent aujourd’hui 1/3 de la population). A part un quartier de nouvelles maisons, elle  n’a pas vraiment changé depuis les années d’après guerre  et malgré son or, elle ne vit que sous perfusion, grâce aux subventions de l’Etat.

Pour vivre à Nome en exerçant un travail, il faut être fonctionnaire, dans le secteur de la santé, dans l’enseignement ou dans le social. Ou alors il faut ouvrir un commerce.  La mère de Dan, ancien enseignant de français et d’anglais, tient la librairie biblique. C’est dans la maison familiale,   où il est revenu vivre, que Dan a grandi avant de  d’émigrer en France, puis en Allemagne pendant quelques années. Son père était pasteur Evangéliste et dans sa pieuse famille on ne manque pas  le traditionnel déjeuner du dimanche, avec quelques amis de la paroisse,  incollables au quiz des psaumes et des épîtres qui se joue en fin de repas.  Et nous, les nuls de la Bible nous n’avons « pigé que couic », comme dit Dan qui a appris aussi l’argot.  Sauf que nous étions accueillis avec beaucoup d’amitié et de chaleur. Et que tous les chemins qui mènent à Nome, sont ceux de l’amour. L’amour  de l’or, de Dieu ou des Hommes. 

Cœur d’artichaut, j’ai choisi la troisième solution, puisque je suis tombée amoureuse de Trace. Il  vit depuis une semaine avec sa sœur Sierra dans la famille de Roland et Deb qui les a accueillis. Dites, il n’est pas mignon ?

Deb et Rolland : Un accueil de marins

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La nuit vient de tomber sur Nome, trois heures après l’amarrage de « Chamade » à la place indiquée par Joy, la « harbour master » (cheffe du port) de Nome. Alors que nous sommes entrain d’attendre le passage de l’officier de l’immigration, on frappe à la coque : « Hello, we are Deb and Rolland… we are sailors… nous avons fait le Passage du Nord-Ouest il y a deux ans et nous habitons maintenant ici à Nome… »

Quelques minutes plus tard, tous au chaud dans le carré de Chamade la conversation va bon train. Le sujet principal : notre projet d’hiverner Chamade ici.

-Well. It’s possible, dit Rolland, but here it’s complicated.

Une phrase dont je vais me souvenir et qui marque le début d’une longue histoire qu’on vous racontera dans un autre article, lorsqu’elle sera terminée…

Mais revenons à Deb et Rolland qui avec leurs deux grandes filles Janelle et Bianca ont quitté leur Michigan pour effectuer le Passage du nord-ouest en 2009, à bord de leur voilier de 9m, « Precipice » un cutter en bois massif au gréement aurique traditionnel. Une traversée sans histoire, mais pas sans mérite. Il suffit de voir leurs photos, les quatre, habillés de leur combinaison de survie, prenant leurs repas dans le cockpit. Et pas protégé comme nous le sommes sous la grande capote de « Chamade ».  Arrivés fin septembre à Nome, alors que le port commençait à geler, ils ont tiré leur « Precipice » à terre et trouvé travail et logement, pour une nouvelle tranche de vie

(Voir leur site http://www.svprecipice.com)

-Nous savons ce qu’est la vie de « voileux » nous dit Deb, tout en nous invitant à lui confier notre lessive et à passer à la maison pour prendre une douche. He oui, le bonheur des marins tient parfois à peu de chose.

Et comme ça ne suffit pas, dès le lendemain à 9h, Deb et Rolland  étaient de retour pour mettre à notre disposition un quad pour nos déplacements en ville.

Une fois « quadistes », c’est tout juste si nous ne sommes pas devenus « musher », conducteur d’attelage de chiens, la nouvelle passion de Rolland qui s’est empressé de nous impliquer dans les soins quotidiens de son attelage de 8 huskies.

Et puis il y a Trace et Sierra, deux jeunes esquimaux confrontés à des problèmes familiaux pour qui Deb et Rolland ont accepté d’être famille d’accueil. Trace, la nouvelle conquête de Sylvie (ou peut-être c’est l’inverse)… Il y en a une qui se réjouit manifestement d’être grand-mère !

Quand on vous dit que le temps passe vite à Nome… sans parler des jours qui filent alors que « Chamade » cherche toujours son lift. Mais ça c’est une autre histoire.

Reconversion à Nome

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C’est décidé. Chamade reste à Nome…et nous aussi. Parce que nous avons trouvé un job en or : « goldminer ». Bon d’accord il y a de la concurrence : une quarantaine de barjos qui draguent devant le port dans des barges munies de gros aspirateurs, sans compter les dizaines de types qui en été transforment la plage de Nome en bidon ville africain, à la recherche des pépites qui dorment dans le sable.  Mais chacun sa chance. Il y a de la place pour tout le monde, depuis qu’en 1898, trois Scandinaves ont découvert le filon de Nome

Donc, pris nous aussi par la fièvre de l’or, nous avons troqué Chamade pour un nouveau bateau adapté à notre nouvelle profession

Nous avons trouvé un logement,  pas trop grand mais tout confort, avec vue sur la mer

Et nous tout de suite plongé dans l’Alaska way of life en enfourchant un quad et Marc en mal de performance sportive a décidé de s’inscrire pour le Iditarog Trail Sled Dog Race qui se tient le premier samedi de mars : 1600 kilomètres de Willow à Nome.

 

 A Nome (4000 habitants et 14 églises ou missions religieuses), nous avons débarqué   dans le far-(nortwest du début du 20ème siècle.  Celui qu’a  dû  découvrir Amundsen qui s’y est arrêté en 1906, après avoir franchi le passage du Nord Ouest : des  bicoques en bois, avec autour un foutoir innommable, des hôtels et  des saloons, tout le long de la First avenue qui mène au port, des « Natives » Inuits et des cow-boys version grand nord venus chercher fortune sur la plage,  dans la rivière du Serpent (Snake river). En solo ou pour le compte des premières compagnies minières, aujourd’hui disparues, laissant  à la postérité les squelettes rouillés de dragues géantes qui gisent dans la toundra, en bout de piste de l’aéroport  très fréquenté de Nome.

Ici les petits avions (et quelques gros) décollent et atterrissent à longueur de journée. Il faut dire que Nome n’est  accessible que par les airs. Les trois routes d’une centaine de kilomètres qui partent de la ville se perdent dans la montagne et sa réserve naturelle ou conduisent à deux villages inuits.  Donc, no way.  Il faut voler pour rallier ce lieu, qui doit son nom à une erreur de transcription.  Sur les cartes ramenées en Angleterre par les explorateurs du XVIIIème siècle  on avait bien répertorié un cap  au sud du détroit de Béring  dont l’absence de nom était mentionnée très explicitement par un « name ? ». Un cartographe bigleux a cru lire Nome au lieu de « name » et l’erreur est devenue un certificat d’authenticité. 

Remarquez que pour nous Nome reste un point d’interrogation, une élucubration dont les Etats-Unis ont le secret, une autre dimension.  « Nothing like Nome » dit le slogan de l’office du tourisme. Cette fois nous ne crierons pas à la publicité mensongère. Il n’y a rien de semblable à Nome. Et ça nous plaît bien.

Les îles Diomède pour les Nuls

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Vous connaissiez l’existence des îles Diomède ? Pour moi, elles sont nées sous mes yeux, le 15 septembre vers 17h. Heure à laquelle elles ont commencé à se dessiner au loin, tout enveloppées de ouate, au beau milieu du Détroit de Bering, juste après que nous ayons aperçu, à tribord, la Sibérie. Elles sont deux. Deux fausses jumelles, deux sœurs ennemies qui culminent à 1000m d’altitude: La Grande Diomède et la Petite Diomède, la Russe et l’Américaine, distantes de moins de 4 kilomètres avec une frontière maritime qui passe au milieu.

Vous imaginez le genre de promiscuité et combien elle a dû être appréciée pendant la guerre froide. Ils avaient à peine besoin d’un mégaphone pour communiquer alors que les Yankee pointaient leurs missiles vers les Soviets et vice versa. Parce que j’imagine qu’à l’époque, il devait y avoir quelques garnisons de l’Armée Rouge sur la Grande Diomède (eh oui, désolée mais c’est la Grande qui est Russe et la petite Américaine) et quelques Marines stationnés sur la Petite Diomède, les oreilles aux aguets, grâce à la fameuse Dew line, installée en Alaska, sur le continent.

A en croire le peu d’information que nous livrent les instructions nautiques d’Alaska, la Grande Diomède serait un grand caillou de toundra inhabité. Mais sur la Petite, il existe un –unique – village. Ne demandez pas combien d’habitants (civils ou militaires ?) on ne sait pas. Tout ce qu’on apprend c’est qu’il y a un héliport avec service régulier sur Nome, un dispensaire, un magasin, mal achalandé, des difficultés pour se procurer du fuel et qu’il n’est pas recommandé de s’aventurer entre les deux Sœurs ennemies : c’est plein de hauts-fonds…

C’est promis, je me rue sur Google à peine nous trouvons un Internet et je vous livre toutes les informations nécessaires à votre culture géostratégique.

Le détroit de Béring est passé, le Passage du NW est achevé !

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Décidemment on ne se refait pas ! Pour d’évidentes raisons climatiques nous souhaitions avoir franchi le détroit de Béring avant la mi-septembre… Voilà qui est fait ce jeudi 15 septembre à 20h06 heure locales. (Bon cela fait le 16 septembre à 6h du matin heure suisse !)

 

 

 

 

 

 

En début d’après-midi les îles Diomède étaient sorties de l’horizon (et du brouillard !). Puis le ciel avait fait le ménage pour marquer l’événement : CHAMADE A TERMINE SON PASSAGE DU NORD-OUEST. Merci à Dame nature de nous avoir offert cette aventure merveilleuse et riche en émotion au cœur de ce Grand Nord fascinant. Et la journée fut doublement riche en passages symboliques, puisque sous le coup de 11h20, nous avions franchi à nouveau le Cercle Polaire, quittant sans doute pour longtemps les latitudes arctiques. Et nous qui craignions une arrivée précoce de l’hiver, c’est sous un grand soleil et un temps de demoiselle que nous avons franchi le détroit. Après le Cap Horn en appuyant au moteur, voici le Détroit de Béring en appuyant au moteur ! Je vous le disais, on ne se refait pas.

 

 

 

 

 

 

Pour le Talisker, non plus ! Reste encore à gagner le port de Nome, lieu d’hivernage pour Chamade. Ce sera fait demain soir. Mais d’ici là qui sait si quelques aurores boréales ne viendront pas nous faire une dernier salut ?

Les humeurs de Chukchi

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67°44N / 168°31W. Le détroit de Béring n’est plus qu’à 120 milles, si tout va bien, demain soir nous l’aurons franchi. Le gros Chukchi sera derrière nous. Une traversée qui pour l’instant se passe au mieux au rythme des humeurs changeantes de ce bras de mer entre Amérique et Russie. Petit temps lundi et mardi, grand ciel bleu comme dans un bel été indien. Puis ciel bas, pluie et vents bien frais ce mercredi, 25 nœuds établis et une mer qui se creuse vite dans les faibles profondeurs qui caractérisent la région. Entre 30 et 50 mètres de fonds maxi. Et c’est pourtant plus profond qu’au nord de l’Alaska où nous avons navigué trois jours de suite avec moins de 15 mètres sous la coque.

 Tiens, je remarque que je ne vous ai plus parlé de glace depuis bien longtemps, tant elles sont absentes de ce Passage du Nord-Ouest version 2011. En relisant quelques extraits de récits des rares voiliers ayant franchi le NW ces 4 dernières années, tous se disaient libérés, une fois passé Point Hope, comme nous l’avons fait aujourd’hui, en route vers Béring. Si la glace ne faisait pas barrière, elle n’était jamais loin et quelques floes égarés pouvaient se trouver encore sur leur route. Rien de tel pour nous.

Selon les dernières cartes de glaces transmises par Christophe, la banquise était la semaine dernière à plus de 100 milles (180km) au nord de l’Alaska. A l’image finalement de cette année 2011. Et je ne serais pas surpris de lire prochainement un communiqué scientifique relevant que l’étendue de la banquise arctique a battu un nouveau record de fonte en 2011.

Pas franchement rassurant pour la planète, ni pour les Inuits du Grand Nord qui voient leur monde polaire disparaître à vitesse grand V.

Et encore:

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