Opération douche à Olga

no comment

(Par Sylvie)

Attention, des Extraterrestres ont débarqué dans le kraï de Primorie. Ils sont arrivés à bord d’un OVNI dans la baie d’Olga, une bourgade quasi bucolique (vue de loin) qui s’étale au pied des montagnes, au nord de Vladivostok.

Pourquoi Olga? Parce que, passé le port de commerce du bois, on y trouve un mouillage verdoyant presque lacustre et que, lorsque la tempête menace, il faut bien s’arrêter quelque part, avant de repartir plus loin.

Des vaches, un cheptel non négligeable de grosses voitures japonaises, du bois, un peu de pêche, un peu d’agriculture, visiblement les quatre mille habitants d’Olga doivent se contenter de peu, dans leur univers post soviétique qui s’éternise.

Qui sont-ils? Que viennent-ils faire ici? Les habitants d’Olga se méfient de ces gens venus d’ailleurs qui se présentent sous la forme d’un homme et de trois femmes, dont l’une semble parler couramment leur langue. Leur premier contact avec un couple d’ados (il doit avoir en moyenne 15 ou 16 ans) qui promène son bébé n’est d’ailleurs pas très concluant.

Du coup, après un rapide passage dans la première épicerie qu’ils trouvent, les Extraterrestres se glissent dans la petite église orthodoxe en bois qui dresse discrètement ses coupoles dorées dans un parc.

Là, le père Gueorgui qui ne craint personne sauf Dieu, leur raconte résigné, la version russe de Don Camillo et Peppone, lequel a finalement consenti, en 2010, à ce que l’église de Sainte Olga soit construite, mais derrière la statue de Lénine. En point de mire de Karl Marx qui orne la maison de commune et à côté du monument commémoratif de Staline, à vrai dire un peu miteux.

« La Révolution a mis longtemps à arriver jusqu’ici, explique le père Gueorgui (après 1922) et elle a été longue à repartir ». Pour autant qu’elle soit repartie, ce qui n’est pas certain si l’on en juge parle titre du journal officiel local, intitulé « Sacro-saint Lénine ».

Pourtant, il suffit de deux jours et d’un peu de soleil pour que les habitants d’Olga (surtout les femmes) ouvrent leurs bras et leur grand coeur à ces étrangers d’un autre monde qui s’incrustent chez eux et arpentent les rues, avec en tête, semble-t-il, deux idées fixes aussi consternantes l’une que l’autre: trouver où boire un café et où prendre une douche.

Ainsi, grâce au langage commun parlé par celle qui se nomme Ekaterina, les Extraterrestres finissent par copiner avec tout le monde. Avec le vendeur de chapeaux ouzbeks du marché, le sous-chef du port et sa femme, les vendeuses des épiceries ou encore celle de la papeterie où ils font main basse sur des cahiers tout à fait inédits sur leur planète, avec des tigres en hologrammes sur la couverture.

Ils fraternisent avec deux Oksana: la dame qui tient le guichet de la gare routière et la journaliste-fonctionnaire du « Sacro-saint Lénine », sans doute la seule anglophone d’Olga où elle s’est installée depuis trois ans avec sa famille. Ils papotent avec Lena qui tient un petit bazar de vêtements de chaussures et de dessous où seins et saints font bon ménage.

Quelques investigations et la question du café se règle instantanément. A Olga, près du port, il y a le café restaurant « Brise » où l’on sert du borsh, mais pas de café. Mieux vaut donc aller à l’épicerie-bar « Bienvenue » dont les Extraterrestres apprivoisés vont rapidement devenir des piliers. On peut y acheter du cappuccino en sachet, à l’emporter où à boire sur place.

Pour la douche, en revanche, c’est une autre histoire. Les téléphones portables crépitent d’un bout à l’autre de Olga. On appelle l’hôtel qui est fermé et ne veut pas rouvrir pour un lavage corporel non planifié.

Du coup, avec l’aide de Valentina, la chauffeure de taxi qui tente de nouvelles démarches, la quête va se poursuivre jusqu’à la baie militaro-balnéaire de Vladimir, où la mode du chapeau ouzbek fait fureur.

Mission impossible. Les Extraterrestres doivent se rendre aux évidences du lieu où ils ont atterri. Même si l’eau est réputée excellente à Olga, on ne partage pas sa salle de bain. A supposer qu’on en ait une. « Parfois, quand un paquebot, s’arrête ici, les touristes allemand viennent nous voir. Ils se moquent de notre pauvreté », raconte la patronne du « Bienvenue » qui se soucie plutôt de faire goûter son borsch maison aux vrais voyageurs au long cours.

Qui des Olgaiens ou des touristes allemands sont plus méprisables ? La réponse ne fait aucun doute aux yeux des amis étrangers. Volontiers pour le borsch. Spassiba. Mais ça ne remplacera pas une bonne douche, sans laquelle les Extraterrestres craignent de se dématérialiser. Ni une ni deux, les voilà qui décident une incursion à Kavalerovo, la « grande ville » voisine de 100 kilomètres environs, desservie par bus depuis Olga. Au bout du chemin… le Graal : une cabine de douche toc dans une chambre rénovée de l’hôtel Octobre.

A Olga, pendant ce temps on s’inquiète de la disparition du capitaine de l’OVNI et de son équipage. Lorsqu’à la nuit tombée le gardien de la plage de pêche aperçoit le troupe, il pousse un soupir de soulagement. « On vous croyait perdus dans la taïga ». Mais non. Les extraterrestres sont de retour chez eux, à Olga qu’ils ont adopté, mais qu’ils songent malgré tout à quitter un jour, si toutefois les autorités du port trouvent la marche à suivre pour expédier les OVNI helvétiques, jusqu’à l’île Sakhaline.


 

 

 

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