Opération douche à Olga

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(Par Sylvie)

Attention, des Extraterrestres ont débarqué dans le kraï de Primorie. Ils sont arrivés à bord d’un OVNI dans la baie d’Olga, une bourgade quasi bucolique (vue de loin) qui s’étale au pied des montagnes, au nord de Vladivostok.

Pourquoi Olga? Parce que, passé le port de commerce du bois, on y trouve un mouillage verdoyant presque lacustre et que, lorsque la tempête menace, il faut bien s’arrêter quelque part, avant de repartir plus loin.

Des vaches, un cheptel non négligeable de grosses voitures japonaises, du bois, un peu de pêche, un peu d’agriculture, visiblement les quatre mille habitants d’Olga doivent se contenter de peu, dans leur univers post soviétique qui s’éternise.

Qui sont-ils? Que viennent-ils faire ici? Les habitants d’Olga se méfient de ces gens venus d’ailleurs qui se présentent sous la forme d’un homme et de trois femmes, dont l’une semble parler couramment leur langue. Leur premier contact avec un couple d’ados (il doit avoir en moyenne 15 ou 16 ans) qui promène son bébé n’est d’ailleurs pas très concluant.

Du coup, après un rapide passage dans la première épicerie qu’ils trouvent, les Extraterrestres se glissent dans la petite église orthodoxe en bois qui dresse discrètement ses coupoles dorées dans un parc.

Là, le père Gueorgui qui ne craint personne sauf Dieu, leur raconte résigné, la version russe de Don Camillo et Peppone, lequel a finalement consenti, en 2010, à ce que l’église de Sainte Olga soit construite, mais derrière la statue de Lénine. En point de mire de Karl Marx qui orne la maison de commune et à côté du monument commémoratif de Staline, à vrai dire un peu miteux.

« La Révolution a mis longtemps à arriver jusqu’ici, explique le père Gueorgui (après 1922) et elle a été longue à repartir ». Pour autant qu’elle soit repartie, ce qui n’est pas certain si l’on en juge parle titre du journal officiel local, intitulé « Sacro-saint Lénine ».

Pourtant, il suffit de deux jours et d’un peu de soleil pour que les habitants d’Olga (surtout les femmes) ouvrent leurs bras et leur grand coeur à ces étrangers d’un autre monde qui s’incrustent chez eux et arpentent les rues, avec en tête, semble-t-il, deux idées fixes aussi consternantes l’une que l’autre: trouver où boire un café et où prendre une douche.

Ainsi, grâce au langage commun parlé par celle qui se nomme Ekaterina, les Extraterrestres finissent par copiner avec tout le monde. Avec le vendeur de chapeaux ouzbeks du marché, le sous-chef du port et sa femme, les vendeuses des épiceries ou encore celle de la papeterie où ils font main basse sur des cahiers tout à fait inédits sur leur planète, avec des tigres en hologrammes sur la couverture.

Ils fraternisent avec deux Oksana: la dame qui tient le guichet de la gare routière et la journaliste-fonctionnaire du « Sacro-saint Lénine », sans doute la seule anglophone d’Olga où elle s’est installée depuis trois ans avec sa famille. Ils papotent avec Lena qui tient un petit bazar de vêtements de chaussures et de dessous où seins et saints font bon ménage.

Quelques investigations et la question du café se règle instantanément. A Olga, près du port, il y a le café restaurant « Brise » où l’on sert du borsh, mais pas de café. Mieux vaut donc aller à l’épicerie-bar « Bienvenue » dont les Extraterrestres apprivoisés vont rapidement devenir des piliers. On peut y acheter du cappuccino en sachet, à l’emporter où à boire sur place.

Pour la douche, en revanche, c’est une autre histoire. Les téléphones portables crépitent d’un bout à l’autre de Olga. On appelle l’hôtel qui est fermé et ne veut pas rouvrir pour un lavage corporel non planifié.

Du coup, avec l’aide de Valentina, la chauffeure de taxi qui tente de nouvelles démarches, la quête va se poursuivre jusqu’à la baie militaro-balnéaire de Vladimir, où la mode du chapeau ouzbek fait fureur.

Mission impossible. Les Extraterrestres doivent se rendre aux évidences du lieu où ils ont atterri. Même si l’eau est réputée excellente à Olga, on ne partage pas sa salle de bain. A supposer qu’on en ait une. « Parfois, quand un paquebot, s’arrête ici, les touristes allemand viennent nous voir. Ils se moquent de notre pauvreté », raconte la patronne du « Bienvenue » qui se soucie plutôt de faire goûter son borsch maison aux vrais voyageurs au long cours.

Qui des Olgaiens ou des touristes allemands sont plus méprisables ? La réponse ne fait aucun doute aux yeux des amis étrangers. Volontiers pour le borsch. Spassiba. Mais ça ne remplacera pas une bonne douche, sans laquelle les Extraterrestres craignent de se dématérialiser. Ni une ni deux, les voilà qui décident une incursion à Kavalerovo, la « grande ville » voisine de 100 kilomètres environs, desservie par bus depuis Olga. Au bout du chemin… le Graal : une cabine de douche toc dans une chambre rénovée de l’hôtel Octobre.

A Olga, pendant ce temps on s’inquiète de la disparition du capitaine de l’OVNI et de son équipage. Lorsqu’à la nuit tombée le gardien de la plage de pêche aperçoit le troupe, il pousse un soupir de soulagement. « On vous croyait perdus dans la taïga ». Mais non. Les extraterrestres sont de retour chez eux, à Olga qu’ils ont adopté, mais qu’ils songent malgré tout à quitter un jour, si toutefois les autorités du port trouvent la marche à suivre pour expédier les OVNI helvétiques, jusqu’à l’île Sakhaline.


 

 

 

Un petit goût de « Terra incognita »

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Au moment de définir une route et quelques escales entre Vladivostok et Sakhaline, inutile d’aller chercher le récit d’un éventuel prédécesseur ou un quelconque guide nautique de la région… Y’a pas !

Voilà qui donne à l’affaire un petit goût piquant de « Terra incognita »

Mais nous sommes quand même au 21ème siècle et c’est donc en « explorateur.2 » qu’on cherche les escales possibles.

Si celle de Nakhodka s’imposait d’elle-même (merci toutefois aux amis de Vladivostok de nous avoir indiqué où y trouver un bon abri) pour la suite, une étude des cartes marines et des photos de Google Earth nous fait opter pour Olga et Plastun, seuls ports existants, ainsi que pour la Baie Vladimir.

Mais que devrions-nous y trouver ?

Baie d'Olga et son "lagon"

-A Olga, une baie totalement fermée, un abri apparemment parfait.

Sur Google Earth la photo est prise en hiver

En zoomant sur les photos satellites, prises en hiver, outre la banquise, on y découvre un port et une ville plutôt sinistre d’apparence.

Le quai du port d'Olga pris dans les glaces

Sans doute un coin un peu hors sol… mais qui attise notre curiosité. On fera donc escale à Olga.

-A Plastun, un port protégé des vents de secteurs sud-ouest dominant en ce mois de mai et surtout, disposant d’un bureau de douanes indispensable à notre sortie en eaux internationales pour nous rendre à Sakhaline.

Port de Plastun sur Google Earth

Restait à vérifier sur le terrain. Et là surprise :

 

Arrivée à Olga

Olga, qu’on imaginait austère et bordée de terres arides, s’avère au contraire être une anse nichée au creux de collines verdoyantes. Un abri effectivement parfait, d’autant plus bienvenu que la météo annonce une tempête de derrière les fagots pour la fin de la semaine.

Avec 50 nœuds de NE, la houle va sans doute entrer dans le port de Plastun qui pourrait se transformer en piège dangereux pour un petit bateau comme le nôtre. Pas question donc de continuer.

L’escale d’Olga va devoir se prolonger une bonne semaine.

Pour notre plus grand plaisir comme l’avenir le montrera.

Les précurseurs russes de Mike Horn

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Nakhodka, ciel de plomb et pluie battante… quelques recherches sur Internet… il y aurait à Wrangel, la cité voisine, un musée consacré à Gleb Travin, un Russe qui aurait fait le tour de l’URSS dans les années trente.

Et nous voilà tous dans la voiture de Leonid à la recherche de ce fameux musée qui se cache dans une école noyée entre des blocs d’habitations soviétiques. Une modeste salle de classe en réalité. Quelques cartes, quelques peintures, quelques photos, quelques objets… mais l’occasion de découvrir d’incroyables aventuriers.

Gleb Travin, tout d’abord, qui enfourche son vélo américain (le seul modèle sur lequel il pouvait accrocher ses sacoches) et part en 1928 pour un tour complet de toute l’URSS.

3 années d’une fantastique expédition à travers le grand nord de la Sibérie, les steppes kazakhes ou les déserts turkmènes.

C’est ensuite Fedor Konyukhov, né en Ukraine en 1951. Spécialisé en navigation polaire de l’école navale d’Odessa, puis détaché à Nakhodka, il se lance avec son frère sur les traces de Gleb Travin en 1984. Ensemble ils réalisent aussi le grand tour. Ce sera pour Fedor le début d’un incroyable parcours qui relègue presque Mike Horn au rang d’aventurier du dimanche !

C’est ainsi qu’entre autre, il gravit l’Everest en 1992, premier sommet du « Grand 7 slam » à savoir l’ascension aussi du Mt Erebus, du Mt Vinson en Antarctique, de l’Acongagua, du Kilimanjaro, du Kosciuszko en Australie et du Denali (Mc Kinley) en Alaska.

Fedor qui a aussi gagné le Pôle Nord à ski, parcouru l’Alaska en traîneau à chiens, traversé l’Atlantique à la rame, puis le Pacifique toujours à la rame, fait le tour du monde à la voile par les trois caps et réussi en 2016 le tour du monde en ballon.  (Et je dois en oublier !)

Dessin de Fedor Konyukhov

 

Fedor Filippovich Konyukhov qui est un artiste réputé… (ses tableaux sont désormais très recherchés) et qui enfin, « en passant », a étudié la théologie pour être ordonné prêtre orthodoxe.

 

Oeuvre de Fedor Konyukhov

Un homme que notre ami Léonid a bien connu, puisqu’il lui a enseigné la voile à Nakhodka à la fin des années 80. Mais qu’on ne verra pas puisqu’il vit désormais à Moscou… Dommage !

Dmitry, Leonid : les étonnants yachtmen de Nakhodka

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Le port charbonnier de Nakhodka n’étant guère accueillant pour un voilier, c’est l’Antares Yacht-Club, situé de l’autre coté de la péninsule, qui nous accueille pour cette escale. Il a suffit d’un coup de fil d’Ylia de Vladivostok à son ami Dmitry de Nakhodka pour qu’en quelques minutes on nous propose de venir y abriter gracieusement Chamade. Un voilier étranger, c’est une première et un vrai événement pour ce club qui est un vrai repaire de régatiers.

Dmitry sur sa terrasse surplombant le Yacht Club

 

Ainsi Dmitry fut champion de Russie dans la série de 25 pieds et son père gagne régulièrement des régates sur son beau Bénéteau 41.

 

Autre marin magnifique… Léonid Pietrovitch Borisov. Ingénieur-mécanicien, employé longtemps dans la flotte de pêche soviétique, est un yachtman dans l’âme. Déjà en 1979, en pleine période soviétique il fait partie d’une délégation qui va régater dans l’ile japonaise d’Hokkaido. C’est ensuite une série de régate à Bellingham, juste à côté de Seattle aux Etats-Unis, où il défend les couleurs de son entreprise de pêche.

Mais l’aventure de sa vie elle va se produire juste après la chute de l’Union soviétique. En 1992 il réussit à récolter suffisamment de fond pour acheter « Capitan Panaev », un voilier de construction polonaise de 44 pieds (13m). Avec 3 équipiers, Leonid se lance dans un tour de monde de 18 mois. C’est d’abord la traversée du Pacifique nord en 50 jours jusqu’à Bellingham où il a toujours des amis. Puis la descente de la Californie et du Mexique. Le passage du Canal de Panama, la traversée de l’Atlantique vers les Açores puis l’entrée en Méditerranée. Ensuite la Grèce, la Turquie, le canal de Suez, la Mer Rouge, Aden, Oman, l’Inde, Singapour, la Corée et enfin le retour à Nakhodka. Un tour du monde sans argent ou presque dont il a gardé un anglais excellent et un souvenir : « Les gens sont partout les mêmes, dit-il de sa belle voix grave, ils sont formidables et toujours prêts à nous aider. C’est grâce à tous ces amis de rencontre que ce voyage a été possible »

"Capitan Grishen" l'été dernier

 

Aujourd’hui, à 70 ans, Leonid s’occupe de « Capitan Grishen » son dernier bateau, un voilier en bois de 40 pieds (12m) de construction russe. « Je rêverais de repartir pour un grand voyage, pour l’Alaska… mais mes équipiers vieillissent et n’en sont plus vraiment capables… » .

 

"Capitan Grishen" au sec pour l'hiver

Leonid, sur qui le temps semble glisser comme l’eau sur les plumes d’un canard.

Voir Nakhodka et survivre

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(Par Sylvie)

Sous le soleil couchant, le petit yacht club d’Antares nous est apparu comme un havre certes isolé de tout, mais agréable. Accueil chaleureux, douche chaude, entre la mer et un petit lac…tout bien quoi. L’escale à Nakhodka, à 100 km à l’est de Vladivostok, s’annonçait sous les meilleures auspices.

Sauf que…le ciel a décidé de nous tomber sur la tête. Il pleut des hallebardes. Et si, histoire de conjurer le cafard, on allait faire un tour à Nakhodka ? Le chauffeur du taxi qui se pointe sur la piste boueuse qui mène au yacht club est Tchétchène. Il a travaillé en Bulgarie, à Moscou et je ne sais où encore, avant de finir dans la ville portuaire de Nakhodka. La Russie lui convient bien, mais ce qu’il déteste, ce sont les religions. Ça tombe bien puisqu’on lui demande de nous conduire jusqu’à la cathédrale orthodoxe qui domine le port noyé dans les brumes et le charbon. Pas de quoi soigner la déprime qui commence à nous envahir.

Nous cherchons le centre ville. Nous croyons l’avoir trouvé en découvrant Lénine, qui bien loin de montrer le chemin vers un avenir radieux, déprime, lui aussi, l’air songeur, face à la glauquitude du lieu où on l’a planté.

« Le centre ? de quoi parlez-vous ? » nous demande le passant que Catherine interroge et qui met un quart d’heure à lui expliquer que le centre, ça n’existe pas à Nakhodka. En revanche il existe le Jili Bili, un restaurant ukrainien qui, dans un décor très printanier fait un excellent borch. Lequel, agrémenté de quelques liqueurs offertes par la maison, nous remet momentanément un peu de baume  sur le cœur.

Vu ce qui nous attend dehors, mieux vaut aller visiter le musée de la ville. Nous y posons le pied comme Neil Armstrong a posé le pied sur la lune. Comment ? Des Suisses, ici ? Quel honneur ! Du coup nous avons droit à une visite guidée par trois personnes qui cherchent à restaurer la mémoire fracassée de la ville, terminal charbonnier pour lequel on a prolongé la ligne du transsibérien. Un port par lequel transitaient les déportés au goulags de Sakhaline et Magadan souvent obligés de rester là pendant des mois, en attendant – comme nous -  une météo favorable.

Ce sont eux qui ont construit les infrastructures de Nakhodka qui a pu prospérer tant que Vladivostok était une zone fermée. C’est à dire jusqu’à la Perestroïka. Mais désormais c’est une autre histoire. Incarnée par la réussite économique de quelques familles comme celle de Dima qui, nous imaginant sombrer dans la mélancolie, nous invite à sa bania privée. Mouillés pour mouillés, nous goûtons avec délice la sauna à 100° et la piscine à 32°, à l’abri de la pluie.

On a vu Nakhodka, amis nous ne sommes pas morts…grâce à Dima, Simon, Leonid, Vladimir et les autres habitants du lieu qui ont ensoleillé notre séjour, et nous ont remplis de douceurs.

 

Un sultan dans la taïga

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« Mais t’es un vrai sultan !» m’avais dit tout sourire Micha, lorsque je lui avais présenté l’équipage de Chamade. Pensez donc…. Trois femmes pour moi tout seul ! Sylvie bien sûr, ainsi qu’Agathe et Catherine qui venaient d’embarquer.

Agathe Schmid, rencontrée en 2015 à Nagasaki alors qu’elle menait son « Julo » de Singapour jusqu’en Alaska. Et Catherine Lovey, romancière, bonne russophone et grande connaisseuse de la Russie qui nous avait accompagnés en plein hiver aux îles Solovki.

Catherine, gathe, Julia et Sylvie

Ainsi, le sultan et son harem sont partis à la découverte de la taïga, grâce à Julia. (Encore une femme !)

Julia, publicitaire et organisatrice d’événements, femme de marin aussi puisque son mari, Denis, est le capitaine du Morning Star, un grand yacht de Vladivostok. Vraie femme de marin, qui déteste la mer, qui élève ses deux enfants toute seule, puisque son mari est pour l’essentiel absent ! Julia qui a suivi des cours de français et qui a si rarement l’occasion de le pratiquer.

Etonnant voyage dans le « Grand Vert »  russe de la taïga. L’occasion de ressentir un tout petit peu cette immensité, cet infini qui succède rapidement aux faubourgs industriels de Valdivostok.

De mesurer aussi à quel point ici la notion de distance n’est pas la même. Ainsi quand j’avais demandé à Ilya d’où venaient les visiteurs de son boat show, il m’avait répondu : « De Valdivostok et des villes proches. Comme Nakhodka (130 km par la route) ou… Khabarovsk. 800 km !!! Proche qu’on vous dit !

 

Julia a organisé notre prise en charge par un gros 4×4 pour continuer sur des pistes forestières défoncées, après nous avoir aspergés de produit contre les tiques.

Attention aux tiques!

La taïga : le territoire des tigres…

Les fameux tigres de Sibérie, appelés aussi tigre de l’Amour, du nom du fleuve immense qui coule au cœur de cette région. Des tigres qui parfois l’hiver, auraient été aperçus aux portes de Vladivostok.

Un tigre en voie d’extinction selon les organisations de protection de la nature (il en resterait 500) mais que Julia nous assure très nombreux dans la région (!?)

Reste que pour les voir, c’est dans un safari-parc qu’il faut aller. Là où 3 spécimens peuvent y être observés du haut de passerelles enjambant leur très grand enclos. Magnifiques bêtes mais malaise quand même face à leur triste sort.

 

Julia qui nous emmène aussi à Brovnichi, le village de ses grands-parents perdu au fond d’un cirque de collines, où il fait un froid « sibérien » l’hiver et une chaleur accablante l’été.

Une succession de petites maisons en rondins où l’on vit encore comme à l’époque des Tsars (ou soviétique puisque le temps semble s’y être arrêté). Là encore, quelques mots de Julia ou de Catherine, qui stupéfie tout le monde en parlant son excellent russe, et c’est un accueil magnifique !

Enfin… au cœur de la taïga, la pause « bania » dans une sorte de petite lodge isolée au bout d’une piste chaotique (Il paraît que les Russes adorent ce genre de coins perdus).

Le temps d’une plongée dans les eaux glacées de la rivière au sortir de l’étuve chauffée à 100°C et d’une rencontre avec une vipère locale (morsure douloureuse mais pas dangereuse nous dit-on) il sera temps de reprendre la longue route de Vladivostok.

Un peu d’Europe au-delà de la Sibérie

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(Par Sylvie)

Notre monde a basculé en quatre nuits de navigation.

La température de l’eau est tombée à 5 degrés. L’horizon s’est nappé d’une épaisse brume.. Sous un ciel diaphane Chamade danse dans cinquante nuances de gris. On ressort polaires et cirés. Ben oui. Nous sommes de retour dans le Nord. Au-delà même de la Sibérie.

Le soleil boude résolument notre arrivée dans la baie de Vladivostok. Nous slalomons au radar entre des cargos et tankers fantômes qui se laissent dériver, en attendent de pouvoir entrer dans le port pour vider leur cargaison. Nous avançons désormais au moteur, vers cette silhouette terrestre qui se rapproche à vue d’œil. Un arc-en-ciel d’acier se dessine au dessus de notre mât : ce n’est pas le Golden Gate, mais l’un des magnifiques ponts haubanés que Poutine à offert à sa capitale d’Extrême Orient, en 2012 pour le sommet de l’APEC ( Organisation de coopération économique des pays du Pacifique).

Au milieu des navires militaires ( Vladivostok reste la base de la flotte du Pacifique),des navires rouillés et des brises glaces, entre des collines de charbon. Les grues du port nous font une haie d’honneur un peu glauque. Mais bon, les ports de commerce sont rarement très avenants dans la grisaille. Et même si Vladivostok se trouve étonnement à la même latitude que Marseille, on ne s’attendait pas à y trouver une ambiance méditerranéenne.

Adieu courbettes nipponnes et autre arrigato. Ici, c’est à la bonne franquette. Les zdravouïtié tonitruants sonnent comme une claque dans le dos, les langues se délient. On nous cocole, on nous fait visiter et on s’émerveille que nous venions de si loin, on nous fait goûter les huîtres géantes, qu’on ne trouve nulle part ailleurs.

Pas nécessaire d'en commander une douzaine!

D’accord, Vladivostok est orientale, géographiquement, mais il me semble être de retour en Europe. Disons en Europe de l’Est. Plus un seul  asiatique à l’horizon, à part les voitures japonaises (95% du parc automobile) qui bouchonnent dans une irrespirable anarchie routière. Le cadre urbain, le mode de vie, la culture, presque tout  nous est parfaitement familier. Et nous sommes surpris de trouver tant de monde qui parle l’anglais.

A Vladivostok, à 9000 kilomètres et 7 fuseaux horaires de Moscou, tout le monde descend du mythique Transsibérien. La gare terminus, inaugurée il y a plus d’un siècle ressemble à un décor de cinéma, planté devant le terminal de verre de la gare maritime.

La mythique gare du Transsibérien

Gare maritime

Partant de là, on découvre pèle-mêle, Lénine…

les bâtiments pastels de l’époque tsariste…

les haubans métalliques du pont de la Corne d’Or qui bombe le torse vers le ciel, le marché coloré et ses babouchka d’un autre temps, l’hôtel Hyatt flambant neuf et déjà en friche sans avoir jamais été terminé…

les maisons de bois croulantes et tristes façades lépreuses et un vieux funiculaire de l’époque soviétique. Époque bénie ou honnie (c’est selon) dont la ville garde indéniablement quelques stigmates.

A commencer par l’état des routes.

Lorsqu’à l’effondrement de l’Union soviétique, il a fallu survivre, les habitants de Vladivostok se sont mis à importer des voitures, des pneus et autres accessoires nippons, free taxe. Les douanes fermaient les yeux sur ces juteux trafics qui ont permis aux gens de s’en sortir, voire de s’enrichir énormément. « Aujourd’hui à Vladivostok tout le monde a une voiture (neuve ou d’occasion) » nous explique Julia, en évitant soigneusement de planter une roue de sa belle Mazda rouge dans un trou béant.  Mais personne n’a eu l’idée de trafiquer les routes (qui il est vrai souffrent beaucoup du gel en hiver) pour les rendre carrossables.

En revanche, pour en mettre plein la vue à l’APEC, on a construit  en même temps que les ponts une magnifique autoroute qui, sur une dizaine de kilomètres relie le continent à l’ancienne forteresse et base militaire de l’île de Russki.

On y roule comme sur du velours, pour atteindre le nouveau campus universitaire, un centre hospitalier flambant neuf, l’aquarium géant de Akvamir, inauguré l’an dernier, alors qu’il était prévu pour l’APEC! (Mais il est quand même bluffant!)

et puis, pouf…plus rien. La  belle route asphaltée s’arrête net à l’entrée de la forêt. Pour aller profiter de la zone de détente aménagée ou de la plage, il faut emprunter une piste en terre battue. Ce qui met Julia dans une colère noire. « Tu vois, c’est ça la Russie ! ».

Naviguer en Russie : formidables formalités

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Ce n’est pas très étonnant si on rencontre peu (ou pas) de voiliers étrangers sur les côtes orientales de la Russie puisque, outre un climat qui peut sembler décourageant (à part août et septembre), il y a surtout une vraie barrière : celle des formalités.

Rien n’est en effet prévu pour les rarissimes voiliers de plaisance. Nous devons suivre la procédure propre à la navigation commerciale. Et la loi russe considère qu’à chaque fois qu’un navire sort des eaux territoriales russes (limite fixée à 12 milles, 20 km) il est est sorti du pays. Donc pour traverser de Vladivostok à Sakhaline ou de Sakhaline aux Kouriles, il faut faire une « clearance » (immigration et douanes) et une nouvelle entrée en arrivant (immigration et douanes).

Ainsi première exigence pour un voyage comme le nôtre : un visa multi-entrée, puisque multipliant les passages en eaux internationales, nous allons multiplier les entrées en Russie.  Un visa pas simple à obtenir !

Deuxième nécessité : Disposer d’un agent maritime dans chaque port d’entrée ou sortie. Tarif variant de 450 à 2000 US $ à moins de connaître quelqu’un qui soit habilité à s’en charger.

Ensuite pour chaque port il faut fournir à cet agent les copies des passeports et des visas. Puis lui envoyer les formulaires IMO (International Maritime Organisation) suivants dûment complétés :

-Déclaration générale

-liste d’équipage

-liste des passagers

-liste du chargement (cargo declaratin)

-inventaire du « magasin » du bord (Ship store declaration)

-liste des effets de l’équipage (Crew effects declaration)

A votre arrivée ou départ, l’agent aura préparé tous ces documents en russe  et en 4 exemplaires et vous demandera de les signer. C’est donc au total 24 paraphes au minimum !

Pour notre navigation le long de la côte orientale, de Vladivistok à Plastun, comme nous ne sortons pas de la zone des 12 milles, nous n’avons à faire que des formalités simplifiées. Les mêmes documents que ci-dessus, mais seulement en 2 exemplaires et sans nécessité de se présenter avec le navire au quai douanier. Donc seulement 8 formulaires à signer. Une broutille !

Mais à Plastun, nous devrons faire toutes les formalités de sortie (et donc trouver un agent) avant de refaire toutes les formalités d’entrée à Korsakov sur l’île de Sakhaline.

Welcome in Russia !

Vladivostok : Chamade prend sept fois son pied !

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«семь футов » c’est la manière des marins russes de se souhaiter « bon vent ». :«семь футов », 7 pieds d’eau sous la quille et tout ira bien. (sept pieds = 2,1m)

Et «семь футов » c’est  le nom du Yacht Club qui nous a accueilli à Vladivostok.

Le « Seven feet Yacht Club » crée il y a 7 ans par Micha Ermakov, un passionné de voile qui a fait fortune dans le transport de fret sur la ligne du Transsibérien. Un an et demi de travaux de remblaiement pour créer ce bassin afin de développer la voile à Vladivostok. Avec des règles bien éloignées du pur business, comme celle du quota de 50% minimum de voiliers devant y être amarrés à un tarif préférentiel. Ou cette autre qui prévoit que même les propriétaires de yachts à moteur doivent participer au financement de l’école de voile. Elle compte aujourd’hui une centaine d’enfants qui suivent les cours d’Optimist. Avec, déjà au bout de 6 ans, un jeune sélectionné dans l’équipe nationale !

Il est vrai qu’il y a de qui tenir puisque Ilya, le fils de Micha et actuel manager de la marina, est un ancien sélectionné olympique russe !

Ilya, ancien sélectionné olympique russe en 49er

Macha et Micha

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ilya, sa femme Tania et leurs enfants Micha et Macha : une famille formidable qui nous a offert un accueil royal, tout contents aussi d’avoir un voilier étranger comme hôte de leur  « Vladivostok Boat show 2017 » qui se tenait ce week-end. Une visite si rare qu’elle nous a valu de donner des interviews aussi bien sur la TV locale que sur la 2ème chaîne nationale Rossia.

Micha Ermakov inaugure le Vladivostok Boat show 2017

 

Chamade a même ses hôtesses!

 

Mais surtout le « семь футов » c’est avant tout le rendez-vous incontournable de tous les passionnées de voile.

Comme Andrey, le président de la Fédération de voile du Kamchatka, en plein convoyage d’un voilier de 10 mètres (un ancien Yamaha 33), qu’un de ses amis vient d’acheter d’occasion au Japon.

Andrey, skipper de Radiance, désormais russe, en route pour le Kamchatka

 

Ils sont venus ici faire quelques travaux et surtout régulariser les papiers du bateau.  C’est ainsi qu’entre deux verres de leur potion magique fait maison (de l’alcool pur à 95°, dilué avec de l’eau et du jus de framboise pour en faire un remontant à 45°) ils nous apprennent qu’il y a une demi-douzaine de voiliers au Kamchatka et qu’ils se réjouissent de nous accueillir là-bas. Cerise sur le gâteau, ils vont nous servir « d’agent maritime », nous permettant d’éviter les agents officiels et leur facture à 2000$.

La Farewell Party de Radiance

Et dire qu’on se disait qu’en une bonne dizaine de jours on aurait fait le tour de Vladivostok… c’était sans compter tous ceux qui se sont pressés de venir nous accueillir… Une fois de plus il faudra repartir trop vite, quitter de nouveaux amis avec qui on aurait eu tant de choses encore à partager.

Comment dire assez MERCI à Ilya et Tania Ermakov pour leur accueil merveilleux

 

Arrivée à Vladivostok : un final musclé !

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Zdrasvouïtié

Nous voilà amarrés tout tranquilles à la Marina Seven Feet à Vladivostok.

Une traversée de 430 milles où tout s’est bien passé mais dont le final fut… nous dirons… vivifiant.

Les dernières 15 heures furent marquées par un net renforcement du vent. Nous le savions et les fichiers météo prévoyaient 25 à 30 noeuds, ce fut finalement plus de 35, et même deux heures durant plus de 40 noeuds. Heureusement au portant! Nous avons passé toute la dernière nuit en fuite, 3/4 arrière, sans grand voile, avec juste un mouchoir de poche à l’avant.

Le tout dans le brouillard, la pluie, une température de 6°C et les embruns d’une eau de mer à 4°C!

Si on avait un peu oublié les « délices » de la navigation nordique, on peut dire que la piqure de rappel fut soignée.

Arrivée ce matin sous un ciel de plomb, dans la brume et la grisaille… dans une ville vraiment nordique alors qu’elle est à la latitude de Marseille!

Arrêt tout d’abord au « Passengers terminal » pour les formalités, vite expédiées grâce à notre agent local, Mr. Gennady de l’agence OSA. Très efficace et sympa. Douanes et immigration comme toujours en Russie, formalistes et austères, sans le moindre sourire, mais sans problème. Ce fut donc vite fait vu que tous les innombrables formulaires avaient été remplis par l’agent. Il n’y avait qu’à signer une trentaine de fois!

Ensuite déplacement à la marina Seven feet et accueil royal de son propriétaire et manager Ilya, de sa femme Tatiana et de ses deux magnifiques enfants Micha et Macha. Place à quai, eau, électricité, douche et wifi au club… parfait!

Et encore:

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