Guerres et paix aux Aléoutiennes

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Remonter le long chapelet des îles du Pacifique Nord, des Kouriles aux Aléoutiennes, c’est plonger dans une atmosphère de mystère et de secrets militaires. Ces îles n’ont beau être pour la plupart que des cailloux pratiquement inhabités, elles n’en ont pas moins été le théâtre de décennies de guerres, qu’elles soient chaude ou froide.

Et les pauvres Aléoutes (comme les Aïnous aux Kouriles) qui, longtemps, ne connurent que des conflits et rivalités de trappeurs (mais déjà décimés par les maladies contractées à leur contact) se retrouvèrent soudain otages de conflits qui ne les concernaient guère mais qui ont bouleversé leurs vies.

 

Photo Musée Dutch Harbor

Aux Aléoutiennes, la guerre commence le 3 juin 1942 par le bombardement de Dutch Harbor. Puis les Japonais débarquent le 6 juin 1942 sur l’île de Kiska et le lendemain, le 7 juin sur celle d’Attu. Les troupes de l’Empereur y capturent les Aléoutes et les déportent dans des camps de concentration au Japon.

En réaction les Américains s’installent sur l’île inhabitée d’Adak et y crée une base aérienne d’où partira la reconquête. Eux aussi « évacuent » – les Aléoutes disent « déportent » –  les autochtones vers d’anciennes conserveries d’Alaska. 11 mois plus tard, le 11 mai 1943, 12’500 soldats US débarquent sur Attu. Les combats seront féroces et la garnison japonaise résistera jusqu’au 28 mai.

Les derniers 1000 survivants déclenche une dernière attaque suicide qui ne laissera que 28 survivants.  L’Etat-major japonais conscient que la garnison de Kiska (près de 7000 hommes) ne pourra pas résister longtemps et, décision surprenante vu la philosophie de l’époque, choisi d’évacuer l’île. Une partie est retirée par des opérations de sous-marins puis le 28 juillet 43, au cours d’une incroyable opération maritime, les 5100 soldats restants réembarquent en moins d’une heure sur des navires qui s’évanouissent dans le brouillard.  Ce n’est qu’à la mi-août que les Américains qui prennent Kiska d’assaut découvrent que l’île a été complètement abandonnée !

Dès 1945, avec la montée en puissance de la « guerre froide », de chaque côté de la ligne de changement de date, Américains et Russes se livrent à une surenchère et multiplient les bases.

Aux Kouriles et au Kamchatka pour les Russes, aux Aléoutiennes pour les Américains. Les pistes aériennes poussent comme des champignons à Attu, Agattu, Shemya, Adak et Amchitka  transformé en centre d’essai nucléaire en plein air.

Mais en 1995, suite à l’effondrement de l’Union soviétique, le gigantesque déploiement militaire est désormais un délire trop coûteux. Les bases ferment les unes après les autres.

Agattu est purement abandonnée et déserte aujourd’hui.

Attu qui a compté plus de 6000 hommes, reste jusqu’en 2006 une station des Coast Guards où une dizaine d’hommes assurent la maintenance d’une station Loran (radionavigation maritime). Aujourd’hui Attu est déserte, même si une équipe de maintenance y fait quelques rares séjours.

Adak, elle, est fermée en 1995. L’immense ville de 8000 habitants n’abrite désormais qu’une soixantaine de personnes à l’année et une centaine de « saisonniers » supplémentaires en été pour assurer une certaine maintenance et surtout le déminage.

Amchitka, officiellement « décontaminée » est déserte.

Reste le mystère de la base de Shemya.

Les rumeurs disent qu’elle est (ou a été) un centre de développement de la « guerre des étoiles ». Elle serait aujourd’hui « semi-fermée » selon les indications souvent assez floues que nous avons obtenues à Adak. Noyée dans le brouillard lorsque nous avons longé ses côtes où tout mouillage est quasi impossible, elle a ainsi conservé tout son mystère.

Quand aux Aléoutes, après la deuxième guerre mondiale, ils furent autorisés à regagner certaines îles. Mais peu sont revenus comme par exemple dans l’île Atka où le village principal compte une septantaine de personnes, originaires d’Atka mais aussi d’Attu restée jusqu’à aujourd’hui territoire militaire.

La plupart vivent désormais sur le continent (beaucoup à Anchorage) où une nouvelle menace plane sur eux : la malbouffe et l’obésité… Les voilà devenus de vrais américains !

Au pays du brouillard

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Le brouillard qui dégueule depuis la montagne, une bruine qui détrempe tout et un vent qui use à force d’assourdir… Bienvenue à l’escale de Kiska, deuxième groupe de ces îles aléoutiennes en venant de l’ouest.

Cette région inhabitée a pour réputation d’avoir un climat « difficile ». C’est vérifié! Mais le mouillage est bien protégé et nous sommes venus nous y abriter hier soir après 36 heures de navigation depuis Attu.

Une moitié au moteur, une moitié à la voile dans de belles conditions de vent, mais hélas la plupart du temps dans le brouillard. Ce qui rend les quelques percées du soleil d’autant plus magnifiques (et réconfortantes!). Depuis ce matin nous attendons l’accalmie pour tenter une descente à terre.

Photos: Brochure Musée d'Atka

Kiska fut la première île occupée par l’armée japonaise durant la deuxième guerre mondiale. Selon les renseignements, les vestiges y seraient nombreux, surtout des quantités de munitions et d’obus abandonnés et disséminés. Nous nous contenterons de marcher sur la plage, loin des plantes touffues qui couvrent les parties plates de l’île.

De retour de ballade, on confirme que les vestiges sont encore nombreux… Notamment la carcasse d’un sous-marin de poche japonais, sur ce qui devait être sa rampe de lancement.

Et l’épave d’un navire de guerre, aussi japonais, dont le nom finit par… Maru (comme presque tous les navires japonais). L’étrave dressée sur la plage reste là comme un mémorial à la vanité des ambitions impérialistes de l’époque.

Mais nous n’avons pas vu de munitions, du moins dans les zones que nous avons arpentées.

Et pourtant canons et munitions sont bien là, comme nous pourrons le constater par les illustrations d’une brochure découverte plus tard au petit musée d’Atka. La garnison japonaise compta près de 7000 hommes fin 1942. Quant au navire japonais, son nom est « Nojima Maru ».

Le Nojima Maru échoué en 1943

Demain, le front passé, nous repartirons à l’aube pour Adak. 200 milles nautiques à parcourir (360km). Le vent devrait être au rendez-vous, les prévisions l’annonce maniable. Tant mieux. Nous passerons encore deux jours sur la côte ouest d’Adak où quelques lagons et dédales d’îles offrent des mouillages qui font envie. Puis ce sera le retour à la « civilisation ». Adak et ses 80 habitants… la foule!

Chamade redouble

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« Quel jour est-il ? Et quelle heure ? On est le 9 ou bien le 10 ? Samedi ou dimanche ? Et en heure TU (temps universel) ?

Pendant 2 jours à bord de Chamade, c’est la salade des dates et des heures. C’est qu’en arrivant à Attu, nous avons franchi la ligne de changement de date.

Arrivés le samedi 8 juillet au soir, nous nous sommes réveillés une nuit plus tard le samedi 8 juillet au matin. Et comme de plus, on ne s’en est soucié de changer le fuseau horaire de nos ordinateurs, tablettes et téléphones que le dimanche 9 alors qu’ils indiquaient lundi 10, tout en recevant un fichier météo du 10 mais décalé de 12h, il aurait fallu enregistrer les propos et quiproquos à bord.

Il fallait passer de TU+12 (Kamchatka) à TU-11. Sans compter que le fuseau horaire d’Attu (TU-11) n’existe pas dans les options présélectionnées.

Reste la question : Mais comment peut-on vivre deux fois le même jour : Est-on dès lors plus « vieux » que les autres ?

Réponse : En fait ce fameux jour supplémentaire, c’est pour une part la somme de toutes les heures non vécues durant notre déplacement vers l’est. Chaque fois que nous avons avancé notre montre après un voyage en avion ou en bateau. Au total 10 heures depuis notre départ de Suisse (TU+2) jusqu’à notre arrivée au Kamchatka (TU+12). En changeant nos montres de 23 heures d’un seul coup à Attu (TU-11), nous avons donc rattrapé les 10h de retard, mais pris aussi un crédit de 13 heures d’avance qu’il faudra rembourser en allant vers l’est, vers la Suisse ou enfin le compteur sera remis à zéro. En résumé, on avait 10 heures d’avance sur la Suisse, on a maintenant 13 heures de retard. Mais pour nos artères…. pas de changement hélas… on a toujours leur âge.

Pas compris ? Alors faites comme Chamade : redoublez !

Feeling aléoutien

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(Par Sylvie)

Retrouver la sensation de se perdre au milieu de nulle part, si loin de la civilisation.

Attu, Chichagof Bay

Se sentir à nouveau grain de poussière dans l’immensité. Jouer à cache-cache avec les sommets enneigées qui dissimulent leurs têtes dans l’épaisse ouate des nuages.

Ondoyer avec les voiles de brumes chassés par les vents.Gris sur vert, vert sur gris. Gris-vert et rouilles de la base militaire d’Attu, aujourd’hui délaissée par les américains.

On décolle sur la piste d’aviation, on erre parmi les hangars encore pleins de matériels étranges.

Et ces gros sacs de toile blanche, prêts à être emmenés par hélicoptère, que contiennent-ils ? De la terre contaminée ou autres déchets spéciaux ? Le gravier qu’ils contiennent est trop bien emballé pour être honnête.

Le mauvais temps menace. On change de mouillage. Les goélands et les pétrels ne nous lâchent pas d’une semelle. On longe la plage noire. On se fraie péniblement un chemin dans la jungle verdoyante des fougères et des fleurs.

On enfonce le pas dans la moquette de la mousse, jusqu’en haut de la pente, là où les Japonais avaient installés leur camps de concentration des indigènes aléoutes, lorsqu’ils ont investi Attu, pendant la 2ème guerre mondiale. Il n’en reste plus grand chose. Quelques barrières, quelques poteaux électriques bringuebalants. On imagine…mais on a du mal à imaginer la souffrance et les bruits de bottes dans ce décor vierge de toute présence humaine.

On fait les pleins d’eau pure, en puisant dans les rivières qui dévalent la montagne. Coups de vents sur les crêtes, coups de soleil qui déchirent le ciel plombé, coups de cœurs pour cette nature puissante.

Coups de blues aussi sous la pluie des dépressions qui nous clouent dans le carré de Chamade au mouillage. Bref. L’Alaska retrouvé. On en frissonne de froid et de plaisir.

Un Pacifique Nord lunatique

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Du Kamchatka à Attu, la plus ouest des îles Aléoutiennes, 535 milles nautiques à parcourir (990km).
Une traversée qui s’annonçait sous les meilleures auspices (vents modérés portants). De plus, les autorités nous convoquaient au port principal dès 9 heures, on allait ainsi pouvoir attraper le bon train météo.

Mais de la coupe aux lèvres… On aurait dû se méfier quand il a fallu patienter plus de 3 heures le long d’un quai pour obtenir 4 petits tampons dans nos passeports.
Ordinateur portable de la préposée en panne, temps infini pour aller en chercher un autre… « C’est la Russie !» concluait une fois de plus notre ami Alexei.
Le temps de sortir de la baie d’Avacha et le vent avait disparu. Plus un souffle, une mer d’huile et le copain Volvo au travail… Deux jours durant le « doux » ronron de nos 40 chevaux va nous accompagner.

Puis soudain sur le dernier fichier météo, voilà que Dame Dépression quitte sa trajectoire à l’est d’Attu pour faire machine arrière ! Le vent se lève vite… puis se renforce… et se renforce encore. Bientôt 30 à 35 nœuds, 3 ris dans la grand-voile et trinquette arrisée, au près dans une mer qui se creuse, Chamade se transforme en lessiveuse.

Le bouquet offert par Andrei a survécu à la tempête!

On croise le rail des cargos, on détourne (par appel à la VHF) l’« Icelandic Spirit » qui nous arrive en plein dessus, on fait encore le gros dos 24 heures et soudain alors que le vent devient raisonnable, dans la boucaille, une forme sombre… c’est bien Attu et ses sommets enneigés.

Apparition toujours magique, même si au temps du GPS il n’y a plus guère de suspens ! Mais l’île nous surprend, on ne l’attendait pas aussi montagneuse.

Avec Laurent et Jean-Pierre, l'arrivée aux Etats-Unis

La nuit tombe mais l’approche semble possible grâce au GPS. En période de pleine lune, malgré le temps couvert, règne une faible lumière fantomatique. A l’avant, muni d’une torche puissante, Laurent tente d’apercevoir les bancs de kelps (longues algues fibreuses)qui pourraient se prendre dans l’hélice… Bientôt l’ancre descend. Le moteur se tait. Le silence est total. Seul le tintement des verres résonne dans la nuit.
Bienvenue aux États-Unis

Capitaines du Kamtchatka

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Si le Kamchatka restera à jamais gravé dans nos mémoires, ce n’est pas seulement par ses paysages uniques mais aussi par l’incroyable accueil de nos amis yachtmen du Kamchatka. Non contents de nous avoir permis d’arriver ici sans devoir recourir à un (très coûteux) agent maritime, ils se sont mis en quatre pour nous rendre le séjour inoubliable !

 

Esperance, Radiance et Chamade au ponton de la marina de Petropavlovsk

 

Family party chez Andrey et Lucia avec Roman et Andrey P au fond.

Andrey P. : Né dans un phare !

Quel parcours que celui d’Andrey, 34 ans, désormais « Président de la fédération de voile du Kamchatka » !

 

Andrey Junior et son papa Andrey P

Ses parents, originaires de la région de Moscou ont débarqué ici dans les années 70, pour devenir gardiens d’un des deux phares qui balisent l’entrée de la baie d’Avacha. Durant 8 ans ils vivront isolés sur leur piton rocheux. Mais lorsqu’Andrey a deux ans, sa mère demande à son mari de regagner « la terre » afin d’offrir à ses enfants une scolarité normale (Andrey a un frère et une sœur ainés). Andrei grandira donc à Petropavlovsk où il entreprendra des études à l’académie maritime. Sa passion alors, c’est le billard : il participe aux championnats de Russie, d’Europe et du monde !  Puis le voilà bientôt manager du bureau local d’une compagnie minière, puis d’une usine de conditionnement de viande avant de prendre la tête du service d’information du gouvernement du Kamchatka (2 journaux et une chaîne de TV). Mais trois ans plus tard il démissionne et part au Japon acheter « Esperance » un voilier d’occasion de 10 mètres. Un solide Yamaha de 33 pieds, construit en 1968.

 

Sortie en baie sur "Esperance" Andrey s, Raissa et Andrey P avec leur fiston

Sa vie, il la consacre désormais à ses deux passions : le billard et la voile. Copropriétaire d’un grand club de billard, il y donne l’hiver des cours aux enfants. Et l’été, c’est la voile qui l’occupe. Outre des sorties en mer pour les touristes, il convoie des voiliers achetés d’occasion au Japon. Ainsi ce printemps il ramène « Radiance » que son copain Andrey S. (voir portrait) vient d’acheter, puis repart à Tokyo chercher un petit voilier de 8 mètres, que son nouveau propriétaire d’Irkoutsk veut charger sur le Transsibérien pour l’emmener naviguer sur le lac Baïkal.

Andrey S. : 18 ans de brousse arctique pour la science

Avec ses « r » roulés, sa basse de stentor qui fait trembler les planches du ponton, Andrey S., c’est la plus belle voix russe qu’on ait entendue !

Et si l’on vous dit que sa chaleur communicative est à la hauteur de son ramage, vous comprendrez le plaisir qu’on a à le côtoyer ! Andrey est né dans la région de Moscou où il entreprend des études de géologie. Après divers emplois dans des entreprises minières étatiques, le voilà qui part pour le Kamchatka. Pas pour sa capitale Petropavlovsk, mais pour une petite ville de 2000 habitants, perdue et isolée tout au nord du Kamchatka. Avec sa femme Lusia, elle aussi géologue, ils y vivront 18 ans, quasi coupés du monde, à enchaîner les saisons d’été à prospecter et à analyser leurs prélèvements l’hiver, au chaud dans leur laboratoire. 18 années consacrées à la nature et à la science dont il parle encore avec un enthousiasme communicatif. Puis ils reviennent à  Petropavlovsk où Andrei entre au ministère des ressources naturelles. Aujourd’hui à la retraite, il découvre la voile, sa nouvelle passion. Le voilà tout jeune propriétaire de « Radiance », son Yamaha 33 ramené du Japon. Tout un nouveau monde à découvrir auquel il se consacre désormais avec sa toute sa fougue (et c’est peu dire !)

 

Ski de fond fin juin pour Luisa

Une passion nouvelle que sa femme Lusia observe avec un peu de distance… Elle, son monde c’est le sport,  la montagne surtout: l’alpinisme, le ski ou encore le ski de fond qu’elle pratique « à fond » avec un dynamisme incroyable. Comme ce dimanche, au soleil, au pied du volcan Gorely.

Alexei : quand le FSB rêve d’un tour du monde

Si vous avez besoin de quelque chose à Petropavlovsk, demandez à Alexei. Il connaît tout le monde et toutes les adresses ! Alexei, c’est un peu notre « chaperon protecteur» ici au Kamchatka. C’est lui qui a pris en charge tous nos contacts avec les autorités pour nous faciliter les formalités. Mais rien à voir directement avec son job, lui qui est employé par le FSB au sein des Garde-côtes (ou inversement, on ne sait pas trop bien !). Non c’est juste par gentillesse, et aussi par passion. Pour le plaisir de côtoyer et d’apprendre auprès des navigateurs au long cours que nous sommes. Car Alexei a un rêve : acheter un grand voilier et partir autour du monde.

 

Sergei et Alexei

Né à Saint-Pétersbourg, Alexei étudie la mécanique à l’Académie navale avant d’être embarqué sur un navire-usine de pêche de 150m (équipage de 100 personnes) propriété d’une compagnie russo-canadienne. Deux années durant il enchaîne les marées aussi bien au Canada qu’en Russie. Mais la pêche et surtout la vie sur un navire usine, ce n’est pas son truc. Le voilà qui rejoint bientôt les Garde-côtes pour un premier contrat en Crimée. Il fait ensuite le choix du Kamchatka, non pas par passion, mais juste parce qu’ici les annuités comptent double ! C’est ainsi qu’en novembre prochain, à 34 ans, il sera à la retraite !  Et là… il veut vraiment partir. D’autant plus que durant ces dix années, en tant que militaire, toute sortie de la Russie lui était interdite.

Et que dire de son pote Sergei qui nous a rendu d’innombrables services, se transformant en chauffeur avec une incroyable disponibilité, sans oublier de nous faire découvrir les plages, les bains thermaux et les bistrots les plus originaux de Petropavlovsk.

Sergei, un ami touchant qu’on est pas près d’oublier.

Andrei P, Andrei S, Alexei, Sergei, 4 destins, quatre manières de s’adapter et de naviguer dans cette Russie en plein bouleversement

Et pour nous, un seul problème ! Stopper la marche folle du temps…

Car déjà il est temps de repartir, nos nouveaux équipiers Laurent et Jean-Pierre sont là, une fenêtre météo s’ouvre, il ne faut pas la manquer. Le cœur triste nous allons mettre le cap sur Attu, première ile de l’archipel des Aléoutiennes… 4 jours de mer pour découvrir un nouveau monde.

 

 

Kamchatka de rêve

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(par Sylvie)

Pour moi, ce n’était qu’un nom étrange quelque part, au bout du monde. Kamchatka ! Je l’ai situé sur la carte, le jour où j’ai lu le récit extraordinaire d’une jeune violoncelliste pionnière : Lisa Cristiani, née en 1827, à Paris.

Pionnière, parce quelle fut une des premières femmes à oser se produire sur scène avec son instrument, car pour en jouer, il fallait écarter les jambes…quel scandale! Pionnière aussi, parce qu’à l’âge de 23 ans,alors qu’elle avait été promue premier violoncelle de l’orchestre royal du Danemark, elle décide de traverser toute la Sibérie pour faire entendre sa musique jusqu’au confins du fleuve Amour. Après quoi, notre virtuose des steppes embarque sur un navire, traverse la terrible mer d’Okhotsk en charmant les baleines avec son stradivarius et débarque au Kamchatka, à Petropavlovsk qu’elle qualifie de « chef d’œuvre de la nature où l’on mène une vie de cocagne ».

 

Et même si son extravagante épopée s’est mal terminée (elle est morte à 26 ans en Crimée, victime d’une épidémie de choléra), j’ai commencé à rêver du Kamchatka, de ses 160 volcans, dont 29 sont encore activité, de sa vallée de geysers, de son immensité et de son exil au far East de la Russie.

Au Japon, nous étions si près du Kamchatka. Pourquoi ne pas y faire un petit détour, sur la route de l’Alaska. Trop compliqué, trop de formalités ? Qu’importe. Chamade nous a portés au bout de mon rêve sur les traces de Lisa Cristiani. Certes, on ne mène plus trop une vie de cocagne à Petropavlovsk où le capitalisme sauvage a fait irruption sur les ruines bien visibles du soviétisme. Mais où que l’on tourne la tête, on aperçoit un volcan encore enneigé à cette saison.

Il émerge au dessus d’un immeuble, dans la baie d’Avatcha, au bout des plages noires et au delà, sur la mer émeraude.

Lisa Cristiani a vraiment  trouvé la bonne formule : le Kamchatka  est et reste un chef d’œuvre de la nature. À contempler du ciel, par hélicoptère. De la pure magie !

Survol du Kamchatka en hélicoptère: la vidéo

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Chamade est arrivé au Kamtchatka

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Après un départ de Severo Kurils’k tonitruant par 25 à 30 nœuds de vent

 

Chamade à la sortie de Severo Kurils'k (Photo Jean-Marc, Anthea)

Chamade est arrivé au bout du bout du monde : le Kamtchatka.

Ce ne fut tout d’abord qu’une chaîne de montagnes enneigées à l’horizon

Moment d’émotion pour Agathe, notre équipière volcanologue, qui retrouve la terre de ses recherches de master. En 2012, elle a vecu 6 semaines dans cette presqu’ile de légende

Premier contact hélas dans  un environnement portuaire et industriel

Puis la série désormais classique des formalités pour Chamade et Anthea arrivés ensemble.

Enfin l’accueil parfait par nos amis russes dans leur « marina »

Vient maintenant le temps de découvrir cette terre et ses volcans mythiques…

A suivre…

Severo Kurils’k: Au dessous du volcan

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(Par Sylvie)

Il y a des lieux sur cette planète qui suscitent une seule et unique question : qu’est-ce que je suis venu faire ici ? Severo Kourils’k en fait partie.

Il fait un temps pourri lorsque nous arrivons dans la capitale des îles Kouriles du nord, située justement tout au nord de l’archipel. Il fait un temps pourri, on se les gèle, l’eau a 3°, la température ambiante atteint péniblement les 5° et l’humidité transperce le Gortex. Ce n’est pas un ciel, c’est un mur de nuages qui s’élève au dessus des reliefs encapuchonnés. Plus bas, il traîne une vilaine brume et en plus, il pleut !

C’est dans ce cadre d’une glauquitude achevée que nous apparait le port de Severo-Kourils’k, jonché d’épaves rouillées. Nous sommes assignés au bout du bout d’un quai sous une colline de ferraille, à couple avec Anthéa, lui-même à couple avec un chalutier crasseux. Ça pue le fuel et la poiscaille. On voudrait fuir sur le champ. Mais trop tard : les casquettes vertes et les uniformes sont déjà à l’oeuvre. Et ils ont la réputation d’être archi tatillons.

 

Eh bien, pas du tout. Et c’est la première bonne surprise que nous réserve Severo-Kourils’k. Les officiers de l’immigration et des douanes sont de beaux jeunes gens qui, une fois leur travail fait, se dérident et osent un brin de conversation en anglais. Ils nous montrent sur leurs portables des vidéos de la région d’une beauté à couper le souffle. Pour eux, c’est le plus beau coin du monde et ils n’échangerait pas leur vie contre celle d’un Moscovite. Ok le temps n’est pas toujours top, mais il y a la nature, le ski, le trial, la pêche et tant d’autres activités pour une saine jeunesse ! Sourires, poignées de main. Les formalités sont expédiées dans la bonne humeur. Nous pouvons mettre pied à terre.

La pluie à cessé. La ville de Severo-Kourils’k n’en n’est certes pas plus riante, mais, dans son écrin de verdure, au pied du volcan, elle a un je ne sais quoi d’attachant.

Il y a les deux épiceries bien achalandées et surtout, le petit resto qui fait de la cuisine maison : du borsch, une sorte de goulash, une délicieuse purée de pomme de terre, le tout servi avec un Морс (morse) pur jus d’airelles. Simple, chaleureux, ravigotant.

Un petit "gastro" avec l'équipe d'Anthea pour les 64 ans du capitaine!

 

Il y a la poste où, passé une porte de prison, on se retrouve dans une sorte de petite boutique d’Ali Baba. On y fait la queue pour retirer tous les achats faits sur internet ( internet qui, sans aucun doute a changé la vie des habitants des lieux les plus reculés).

Il y a, au delà des arrières cours et des façades décrépies, les bâtiments bariolés qui donnent à la ville des airs de jeu de Lego. On a tapissé de mousse le parterre de la place de jeu tout aussi bariolée, on achève de construire un trottoir, on fleurit les places, les rues sont propres et bien entretenues.

Il ne manque que le soleil pour que Severo-Kourils’k ne nous séduise vraiment.Et justement, le voilà qui se pointe, dès le lendemain. Le volcan se dresse dans le ciel qui vire au bleu.

Le paysage se fait imposant et chatoyant. Sur les pentes des taches de neige grises forment une peau de léopard sur le vert lustré de la toundra. Et le long de la plage, on a le sentiment de se promener dans un tableau surréaliste : sur la mer sombre des bateaux rouillés, des coques, des mâts et autres amas de ferrailles dessinent leurs silhouettes cabossées. La matière orange retourne lentement, très lentement, à la terre.

Finalement, merci au FSB qui nous a imposé de partit plus tard que prévu. A 16h20, nous a-t-on intimé. Pas avant, ni après. Pourquoi 16h20 ? Nous ne le saurons jamais. C’est malheureusement le genre d’arbitraire auquel les Russes se sont habitués depuis belle lurette. Au moins nous a-t-il permis de voir Severo-Kourils’k sous un autre jour.

Et encore:

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