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vendredi
27
août - 2010

Comme des coqs en pâte au Ymir Sailing Club

Wouah, quel accueil !
Depuis une semaine, nous sommes les hôtes de l’Ymir Sailing Club de Kopavogur, une municipalité située au sud immédiat de Reykjavik, dans la baie de Fossvogur.

Nous sommes le premier yacht étranger à séjourner dans la nouvelle petite marina du club inaugurée l’an passé. Les anciens pontons se trouvaient sur le site prévu pour un grand projet de développement immobilier, et les promoteurs ont construit un nouveau petit port pour le club, juste devant le terre-plein gagné par la mer.

Et le club a eu chaud, puisque le projet a été stoppé net par la crise islandaise, mais les promoteurs ont tenu leurs engagements et la nouvelle petite marina est vraiment très confortable.
L’Ymir Sailing Club, 200 membres dont 80 très actifs, et un groupe de jeunes qui sort 3 fois par semaine en dériveur.

Bref un club de vrais passionnés de voile, et ça se sent immédiatement.
L’accueil est juste fabuleux.

Son président, Birgir Ari Hilmarson, est un gars formidable, qui ne ménage pas son temps pour nous rendre la vie facile.
Non content de mettre à disposition son ponton (eau et électricité) ses douches et son club house avec wifi s’il vous plaît, le voilà qui organise en maître l’hivernage de Chamade.

Il doit même avoir une liaison avec le ciel puisque ce dernier nous offre 4 jours de grand soleil pour sécher les voiles et procéder aux préparatifs d’hivernage.
Ce jeudi 26 août, le camion-grue est là. Les jeunes du club s’empressent pour nous aider à placer le bateau le long de la jetée, le frère de Birgir a apporté un Karcher, tout est prêt pour la grande manœuvre.

Le grutier est un excellent pro, tout se passe dans le calme et bientôt Chamade repose sur ses plots pour l’hiver, non sans susciter bien des commentaires, il est vrai qu’un dériveur intégral en alu, c’est du jamais vu à Kopavogur.

Et que ça se sache, l’Ymir Sailing Club est prêt désormais à accueillir d’autres voiliers de passage pour l’hiver.

N’hésitez pas à prendre contact avec Birgir : http://xn--mir-koa.is/vefmyndav.html
Pour nous l’aventure 2010 se termine ici.
Mais celle de 2011 se prépare déjà !

jeudi
26
août - 2010

Vous avez dit banqueroute ?

(par Sylvie)
J’ai craqué. J’avoue. La curiosité l’a emporté : après la baleine, j’ai goûté du « puffin » (macareux moine). Et je n’ai aucun remord. Après tout on mange bien du faisan ou de la caille. Avec sa petite gueule de clown triste, le macareux est sans doute plus attendrissant mais il n’est pas menacé de d’extinction et sa chair est succulente.

Attention n’allez pas croire que les Islandais en sont réduits à manger du puffin parce qu’ils n’ont plus grand-chose à manger depuis le crack de 2008. Non le puffin est un plat traditionnel et n’a pas attendu la crise pour être au menu des meilleurs restaurants de Reykjavik. Et puis, il ne faut pas exagérer. La banqueroute islandaise, je vous assure, est parfaitement invisible à l’œil nu.

Reykjavik pète la santé, semble-t-il. Il y a abondance de touristes, de boutiques où les designers islandais s’en donnent à cœur joie dans le luxe kitch. Nous avons vu un monsieur vendre trois bouteilles parfums pour homme dans une boutique de plus 50 m2. Le chic du chic. La vie est très animée dans la capitale et riche en événements culturels. Face au port, le chantier du nouvel opéra (ouverture 2011) va bon train.

« Nous avions eu trop et trop vite, estime Helga On ne pouvait pas continuer comme ça. Aujourd’hui les choses sont retournées à la normale ». Dans la banque où elle travaille, tout le monde a été licencié en 2008 pour être réengagé à un salaire plus bas. Hanna, elle, est employée de la compagnie nationale d’énergie. Et pour elle, tout à continué comme avant et son revenu n’a pas baissé d’un centime. « Bien sûr, il y a eu un peu d’inflation et le pouvoir d’achat à un peu baissé, dit-elle. Cette année, encore, les Islandais ne sont pas partis à l’étranger et ont passé leur vacances à visiter leur pays ».C’est vrai que nous avons croisé beaucoup d’Islandais en vacances chez eux. Pourtant, la coiffeuse chez qui je me suis hasardée dans le petit port de pêche d’Isafjördur commerçant, s’apprêtait à partir quinze jours en Espagne, avec son commerçant de mari et ses deux enfants.
Ninna et son mari, tous deux retraités s’en vont eux aussi. Ils passent six semaines par années, en hiver, aux Canaries. Le reste du temps, entre golfe, peinture et travaux de jardinage, Ninna vit très confortablement dans la magnifique villa familiale, même si son mari a dû renoncer depuis 2008, à une retraite complémentaire de l’Etat, la banque dans laquelle il travaillait lui assurant une rente suffisante.

Alors, la crise ? « Dans notre profession, notre activité à baissé de 40 % », affirme un chauffeur de taxi. Bien entendu c’est le secteur bancaire et financier qui ont le plus souffert, ainsi que le marché immobilier et ceux qui, ces dernières années ont acheté un logement. Ils se sont fait avoir par des prêts hypothécaires qui leurs étaient proposés en couronnes, mais qui étaient basés sur des monnaies étrangères. Résultat, quand la couronne s'est effondrées, les taux de remboursement ont explosé Comme le chômage qui navigue désormais dans la zone des 7%. (contre moins de 2% avant le crash). En revanche, la chute de la couronne islandaise a boosté le tourisme. Et de l’avis général, l’économie islandaise est en phase de reprise. Ce qui conforte les Islandais dans l’idée qu’ils se débrouillent très bien tous seuls

La majorité de la population ne voit pas d’un bon œil les négociations entamées par le gouvernement l’UE. « L’adhésion n’est pas une solutions pour nous, affirme Birgir. D’abord parce que l’Union connaît elle-même des problèmes, actuellement. Et puis, surtout à cause de la pêche ». Pas question de laisser les pêcheurs européens pénétrer dans les eaux territoriales islandaises. « Sans l’industrie de la pêche, notre pays est fichu », ajoute Birgir.
Finalement, l’Islande est-elle vraiment européenne. A cheval entre le continent américain et le continent européen (physiquement puisqu’elle est située exactement sur la dorsale médio-atlantique qui a séparé les deux continents), elle a plutôt choisi de mixer le modèle scandinave avec l’american way of life. En toute indépendance. Et la relève est prête à prendre part à la compétition et à gagner.

jeudi
26
août - 2010

Ports d’Islande

La pêche, encore la pêche… rien que la pêche.
En Islande tous les ports sont des ports de pêche. Prévus pour accueillir les chalutiers, mais aussi les nombreux petits bateaux de pêche locaux, agglutinés généralement sur quelques catways dénommés « Small boats harbour » le plus souvent très peu profonds.
Rien n’est prévu pour la plaisance, mais l’accueil est partout excellent, et le Harbour Master vous propose toujours une solution convenable pour vous amarrer. Accueil gratuit aussi, à quelques exceptions près, que nous mentionnerons.
Et qui dit port de pêche, dit aussi poisson. Il suffit d’aller vers les pêcheurs qui débarquent leurs prises pour en obtenir. Jamais ils n’ont voulu qu’on les paie. Mais une plaque de chocolat en échange fait toujours bien plaisir.

Seydisfördur : Port le plus pratique pour atterrir en Islande. Entrée facile, même par brouillard, le radar rend parfaitement les falaises. Amarrage au quai sud (gros pneus). Protégé des vents d’été, mais peut être inconfortable en cas de vent de nord-est.
Eau (excellente) disponible au quai de débarquement des pêcheurs.
Le Small boat harbour est peu profond (1,5m) et très encombré. On nous y a fait une petite place pour laisser Chamade une semaine, le temps d’une visite en voiture à l’intérieur.
Internet et wifi gratuit à l’office du tourisme (au terminal du ferry pour le Danemark).
Supermarché et piscine intérieure. 1 bus par jour pour Egilstaddir (aéroport)

Raufarhöfn :

Très bonne protection, très bien placé sur la route du tour d’Islande.
Amarrage au quai nord, devant l’église (gros pneus). Attention les fonds remontent très vite au fond du bassin. Le small boat harbour est encombré.
Eau disponible sur le quai. Piscine à 500 mètres au sud du village. Superette

Grimsey :
Amarrage au quai du ferry sauf le lundi, mercredi et vendredi de 10 à 16h. Supérette.

Flattey :
Ponton flottant au fond du lagon. 1,8m à marée basse. Attention, entrée à marée haute seulement. Peu d’eau dans le passage. Très peu d’eau le long du quai en bois. Protection totale. Quelques habitants durant l’été.

Dalvik :
Amarrage le long de la jetée sud-est. Gros pneus. Très bonne protection. Eau sur le quai. Demander au harbour master. Fuel disponible au ponton (automate à code) mais compliqué. Voir avec la station service à 500 mètres du port pour qu’ils viennent avec leur code, et paiement après. Bus 3x par jour pour Akureyri (aéroport). Très pratique et évite de faire 20 milles supplémentaires pour atteindre Akureyri. Bonne base pour visiter l’intérieur du pays.
Internet et wifi gratuit à la bibliothèque. Supermarché. Laundry (à l’intérieur du Vinbud, le magasin d’alcool ! Etrange mais vrai) Superbe piscine chauffée en plein air avec « hot pot »

Siglufjördur :
Amarrage au quai sud (gros pneus) sur conseil du harbour master. Le ponton du small boat harbour est encombré par les pêcheurs. Eau à quai. Fuel détaxé à quai. Demander au harbour master.
Internet gratuit à l’office du tourisme. Laundry au camping à 50 mètres du quai.
Ne pas manquer la visite du musée du hareng.
Piscine intérieure.

Isafjördur :
Ponton flottant au port intérieur. (A noter la présence de 5 voiliers locaux sur bouées. Les premiers qu’on voit en Islande). Eau et électricité à quai. Payant. 3000 IK pour un forfait de 3 jours + 500 IK pour l’électricité. Aéroport.
Internet et wifi à l’office du tourisme. Supermarché, piscine intérieure.

Aedey :
Le guide de l’Islande indique un petit lagon parfaitement protégé devant la seule ferme de l’île, exploitée durant l’été. Il mentionne 2m d’eau dans la passe à mi-marée et un mouillage par 4-5m de fond. Nous y avons jeté l’ancre, mais n’avions que 1,2m d’eau à marée basse (grande marée il est vrai) Parfait pour une dériveur, mais un quillard aurait été mal à l’aise !
Mouillage remplis de guillemots à miroir et d’oies cendrées. Superbe.

Sudeyri :
Quai des pêcheurs, gros pneus, et marée qui commence à être importante (2,5m).
Excellente protection, accueil chaleureux. Eau et fuel à quai. Piscine extérieure et hot pot, magasin.

Thingeyri :
Jetée ouest du port de pêche peu confortable par vent d’est. Avons amarré à couple d’un bateau de pêche. Le small boat harbour voisin est encombré et visiblement peu profond.
Un shop à la station-service, piscine couverte superbe. Un bistrot sympa juste devant le port. Plus salon de thé que pub (wifi).

Patreksfjördur:
Gros port de pêche en plein travaux d’aménagement. Le small boat harbour est encombré. Avons séjourné au quai de débarquement des pêcheurs, profitant du calme du week-end. Gros pneus. Marée importante.
Supérette, superbe piscine en plein air avec hot pot et vue sur la mer.
Pub du « pirate » dans un ancien atelier mécanique. Très sympa.

Reykjavik :
-Petite marina (Brokey marina) sous l’opéra en construction. Bonne protection. Elle semble très encombrée. Payant. www.brokey.is
-Un ponton visiteur flottant au fond du port (2-3-places), près des bateaux de whale watching. Payant.
Beaucoup de clapot par vent de nord-est (Assez fréquent)

Chamade a trouvé refuge au :
-Ymir Sailing Club de Kopavogur, immédiatement au sud de Reykjavik. (Dans la baie de Fossvogur) Possibilité d’y faire escale. (Une place en extrémité de ponton flottant)
Prendre contact avec son président Birgir Ari Ilmarsson. http://ýmir.is/vefmyndav.html
Accueil formidable, eau, électricité, douche, club house, wifi. Fuel détaxé au port de pêche voisin. Voir prochain article du blog.
Supermarché et piscine couverte à 10’ à pied. Bus pour la ville à 15’ à pied.

Météo :
Un bon site, celui de la météo islandaise. Temps, vent… tout y est. En précisant que dans ce pays c’est parfois « relatif » :
http://en.vedur.is/weather/forecasts/areas/

mardi
24
août - 2010

Il y a mieux que l’Eyjafjallajökull

(par Sylvie)
Quelles nouvelles de l’ Eyjafjallajökull (il parait que ça se prononce : ay-uh-fyat-luh-yoe-Kuutl-uh) Depuis que nous sommes arrivés en Islande, nous n’en n’avons plus entendu parler. Son éruption et ses nuages de cendres qui ont fait suer toute l’Europe, n’ont été qu’une péripétie pour les Islandais qui ont en revanche saisi l’opportunité de commercialiser l’événement : tours en avion au dessus du cratère éteint, cartes postales de l’éruption, livres d’images, T-Shirt (avec parfois des jeux de mots douteux en anglais), poudre de lave en sachets, garantie authentique et timbres poste en relief. Tout s’achète et tout se vend, surtout le frisson de violences naturelles qui nous dépassent.

Nous ne sommes pas allés voir du côté de L’Eya machin. Nous avons préféré nous laisser séduire par d’autres régions, comme celle de Kjölur : un immense haut-plateau totalement désertique, entre deux glaciers. Il est traversé par 180 km de piste F où seuls les4x4 peuvent circuler. C’est un peu la traversée de la lune. Et sur la lune islandaise on fait parfois des rencontres insolites. Par exemple les extraterrestres de la petite reine.

Courageux ou maso ? Il y a de quoi souffrir mille maux dans ce désert de pierres, à moins d’avoir les fesses en titane. Il faut aimer bouffer les kilos de poussières que vous balancent les 4x4 lorsque le temps est sec. Et s’il est à la pluie ou que le vent souffle en sens contraire, bonjour l’enfer du nord,qui reste pavé de la bonne intention de se surpasser.
Pour les extraterrestres qui se sentiraient pousser des ailes, les autorités islandaises ont aussi prévu une piste au milieu de nulle part.

Attention au décollage !

Autre rencontre insolite ou plutôt exotique dans ces lieux du bout du monde : Chloé

Comment cette jeune parisienne a échoué dans le refuge de Kerlingarfjöll où elle travaille pendant quatre mois, 14h par jour et 7 jours par semaines ? Erasmus, naturellement. Chloé a décroché une bourse Erasmus pour aller étudier l’histoire des totalitarismes à Reykjavik, dans le pays le plus démocratique du monde. Les conditions de travail dans le refuge ? « Bof ! », pourvu qu’il y ait un peu se souplesse quand on a envie de se reposer et surtout un bon salaire. « C’est super bien payé, affirme Chloé , je n’aurais jamais rien pu trouver de tel en France ». Fin septembre la piste du Kjölur sera fermée au trafic et Chloé quittera son refuge pour regagner Reykjavik. Paris, visiblement ne lui manque pas.

Du refuge très cosmopolite de Kerlingarfjöll ( nous y avons croisé des Français, des Canadiens, des Espagnols, des Italiens, des Allemands, des Anglais, des Suédois , et même des Islandais) on peut parcourir à pied le massif volcanique et glacière de Kerlingar. Et là, l’insolite est partout, entre glaces, fumées et crachats des solfatares.

vendredi
20
août - 2010

Côte ouest de l’Islande : Le vent rit sous cap

Restait donc à descendre cette côte ouest de l’Islande, à relier Isafjordur à Reykjavik.
Une côte découpée tout d’abord de long fjord dans lesquels se cachent quelques petits ports qui valent largement le détour d’une dizaine de milles nécessaire pour les atteindre. Mais qui dit fjord, dit aussi caps qui les séparent.
Et là avec les vents de terre qui soufflent ces jours, c’est une vraie loterie.

A chaque cap sa zone déventée, mais aussi ses rafales. Et pas un seul qui « fonctionne » comme les autres. Une fois la zone calme est au nord, une fois au sud.
Quand aux rafales, elles tombent de tout côté, sans logique apparente. 30 à 35 nœuds par moment. A l’intérieur des fjords ça n’est guère plus simple. C’est une fois de sud-est, une fois de nord-est, une autre fois d’est. Et tout aussi irrégulier. Les grains se succèdent, les virements aussi et la remontée vers Patreksfjördur paraît interminable.

Elle se termine par un délicieux plongeon dans les « hot pots » de la chouette petite piscine en plein air. Juste le temps de se remettre avant la dernière étape vers Reykjavik, distante encore de 130 milles.
La météo prévoit 20 nœuds de vent tournant au nord pour les prochaines 24 heures, puis au nord-est, en se renforçant à 25 nœuds puis 30 d’ici 3 jours. On décide donc de faire le saut d’une seule traite, avant le renforcement. Ça devrait baigner.
Et au début, tout baigne.
A peine sorti du fjord, 15 nœuds sont au rendez-vous, on file à bonne allure vers la pointe de Latrabjard, le cap le plus à l’ouest de l’Islande.

Pas pour longtemps, une heure après, le vente tombe et on appuie au moteur.
Puis le vent revient, on remet la toile.
Mais qui dit cap, dit aussi courant de marée et la mer prend des dimensions soudainement spectaculaire. Puis soudain, plus rien. Le vent nous laisse de nouveau tomber comme une vieille chaussette. On se dit que c’est encore l’effet du cap, un coup de moteur et il n’en paraîtra plus.

Oui mais bizarrement, le vent ne revient pas de l’après-midi et la risée Volvo nous accompagne pour près de 30 milles, alors que la météo continue de nous promettre un vent stable de 20 noeuds.
En fin d’après-midi on approche de la pointe de Snaefellsnes, dominée par son volcan encapuchonné d’un glacier. Spectacle magnifique dans le soleil couchant alors que le vent revient peu à peu. On renvoie toute la toile… ça baigne.

Une heure après, ça moutonne devant, et au vu des nuages qui « dégueulent » sous le vent du Snaefellsjokull, on réduit. Tout d’abord un ris, puis deux, puis trois.

Mais 50 minutes plus tard, nous sommes dans le dévent du volcan, on remet le moteur pour une demi-heure.
A 21 heures le vent est de retour, on remet le génois. 20 minutes plus tard, ça souffle à 25 nœuds en tournant au nord-est. On se retrouve au près bon plein et on passe sous trinquette. Mais ça retombe à 10 nœuds une heure plus tard alors que la nuit est bien sombre (on est à la mi-août et c’en est fini des nuits blanches). On remet le génois.
Mais un peu échaudé, je décide de garder les ris dans ce coin ou manifestement le vent ne sait pas ce qu’il se veut.
Bien nous en a pris, puisque ça fraîchit à nouveau à 20 nœuds vers minuit : on réduit le génois. A 1 heure du matin, ça monte à 25-30 nœuds, on rentre le génois et on renvoie la trinquette.
A 2 heures on est à 35 nœuds, on réduit la trinquette. Cette fois-ci c’est vraiment la danse, mais étonnamment, le bateau reste bien stable sous pilote, à 60 degrés du vent apparent, filant entre 6 et 6,5 nœuds. J’en profite pour dormir 2 heures.

A 6h ça retombe à 25 nœuds, on remet toute la trinquette.
A 9h on est à la bouée d’atterrissage, et le vent tombe à 10 nœuds, puis bientôt à plus rien pour notre arrivée au Ymir Sailing Club.
Un dernier coup d’œil à la météo pour constater que les spécialistes persistent et signent pour un vent de nord-nord-est de 20 nœuds.
Sans doute vrai d’une manière théorique, mais comme on vient de le constater, le long de cette côte ouest de l’Islande, il y a plus qu’une marge entre la théorie et la réalité… il y a même plus qu’un cap !

mercredi
11
août - 2010

Faire le tour de l’Islande ou la barbe du capitaine

Celle du capitaine Haddock bien évidemment.
Rappelez-vous : doit-il la mettre dessus ou dessous la couverture. Même ce vieux forban d’Allan s’en moque, et le pauvre Haddock ne sait toujours pas…
Dessus ? Dessous ?
Il en va de même au moment de faire le tour de l’Islande :
Faut-il le faire dans le sens des aiguilles d’une montre, ou dans le sens contraire ?
Le seul guide de l’Islande, celui du Royal Cruising Club estime que les options se valent.
Côté courant dominant, celui la côte nord porte à l’est, favorisant le sens horaire.
Mais les vents générés par les dépressions qui circulent au sud immédiat de l’Islande sont le plus souvent d’est sur la côte nord, favorisant l’anti-horaire.
Ce fut notre choix… et assurément le bon…

Sur Chamade le capitaine (glabre) n’hésite plus.
Sur les 5 semaines passées sur la côte nord, les vents d’est à sud-est ont soufflés 80% du temps. Et le plus souvent de force très modérée. 15 nœuds voir même moins. Quelques longs calmes aussi.

Une côte nord beaucoup plus sèche que la côte sud soumise aux fronts chauds des dépressions.
Résultat, des navigations total confort, et souvent sous le soleil.
Mais aussi parfois dans le brouillard le plus complet.
Seydisfjördur – Raufarhöfn : 110 milles, dont 50 de moteur et 60 à la voile, génois tangonné sous le soleil.
Raufarhöfn – Grimsey : 60 milles dont 40 à la voile, génois tangonné sous le soleil.
Siglufjördur – Hornvik : 100 milles, dont 65 à la voile au portant, mais les 7 dernières heures dans le brouillard, passage du Horn et arrivée dans la baie au moteur avec 100 mètres de visibilité !
Hornvik – Leirufjördur : Tour de la pointe nord-ouest au moteur. Calme plat, et brouillard total durant la première moitié, puis ciel sans nuage, mais toujours sans vent. Quelques visions magiques !

Reste maintenant à descendre vers Reykjavik. La météo n’est pas bonne : un gros anticyclone juste au sud de l’Islande (rare pour la saison) et une dépression coincée sur la Groenland amènent des vents de sud et des paquets de pluies. Mais d’ici 3 jours ce sera le retour du vent de nord-ouest et une descente au portant.
De quoi nous conforter une fois de plus dans notre choix:
Le tour de l’Islande, c’est dans le sens contraire des aiguilles d’une montre qu’il faut l’entreprendre.

vendredi
06
août - 2010

Des bêtes et des hommes

(par Sylvie)
L’Islande a aussi son cap Horn, qui s’avance comme le pouce des sept doigts que forment les fjords de l’ouest islandais. Et c’est dans le fjord de Hornvik que nous avons fait connaissance avec l’un des rares habitants de lieu qui est venu nous saluer.

Sur la côte, totalement isolée, une seule ferme s’accroche en contrebas de la montagne. Elle est habitée seulement l’été, par les membres de la même famille qui y passent à tour de rôle quinze jours de vacances, chaque année. De l’autre côté de la baie : un petit refuge orange (comme on en trouve partout sur les côtes et dans les lieux isolés d’Islande), autour duquel quelques campeurs vont passer le nuit avant de reprendre leur treks.

En sortant de la baie, nous apercevrons au loin les ailerons noirs de quelques « minke whales ». Trop loin, trop fugace pour l’objectif d’un appareil photo. Inutile de s’acharner alors que côté terre, le spectacle est permanent.

Et puis, les baleines, on les voit bien mieux désossées sur la grève ou alors en steak dans son assiette. Parce qu’ici, en Islande la pêche à la baleine est toujours autorisée quoique sévèrement contrôlée.

Dans un format plus petit et non menacé, le « spotted cat fish » qui peut bien crever la gueule ouverte et l’air méchant, sa chair n’en n’est pas moins tendre et goûteuse.

Vous ne m’en voudrez pas, je pense, si je joue à saute mouton islandais (qui n’a rein d’exceptionnel par rapport à ses fameux cousins des Shetland) pour vous parler d’un plus noble animal : le cheval. Et quand je dis noble, ce n’est pas un vain mot. Car s’il est décrit comme doux, affectueux et travailleur, le cheval islandais a une spécificité indéniable: il se déplace naturellement à 5 allures au lieu de 3 (le tölt et l’amble, en plus du pas, du trot et du galop), et n’a jamais subi de croisements. Un pur sang bleu islandais. Aucune immigration de chevaux étrangers n’est tolérée depuis des siècles et lorsqu’un cheval islandais émigre, il est banni à jamais de son pays natal.

Le problème c’est que cette politique d’épuration ethnique chevaline conduit peu à peu à une consanguinité peu propice à la santé mentale des animaux. A méditer…
Et puisque je donne dans la parabole animale, je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager ma nouvelle (contre)affiche électorale :

Eh oui, en Islande, j’ai même rencontré des moutons noirs et des moutons blancs heureux, qui paissent ensemble librement et broutent la même herbe. Peace and love! Dans la plus vieille démocratie d’Europe (réunion du premier parlement en 930) c’est encore une des devises les plus répandues dans les mœurs. Le pays n’a pas d’armée et n’a mené que la fameuse « guerre du hareng » pour protéger ses zones de pêche. Les Islandais se fâchent seulement lorsqu’on marche sur leurs plates bandes. Sinon…

Que volent les colombes en terre cuite de l’église d’Isafjordur, sur la terre comme au ciel. Elles ont été fabriquées une a une par les habitants luthériens du dit lieu, sans doute sur le modèle vivant des oies sauvages qui, en face de chez eux, ont privatisé le petit port d’Aedey, transformé en mare de mer.

Après tout, dans ce pays, la liberté est aussi valable pour les bêtes que pour les hommes.

jeudi
05
août - 2010

Coup fumant au Kerlingarfjöll

Deuxième partie de ce voyage en compagnie de Marine et de Simon au coeur de l'islande, sur la piste de Kjölur.

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mercredi
04
août - 2010

Le désert de Kjölur: petite fugue en 4x4

A peine débarqués en Islande, Marine et Simon ont embarqué dans notre"beau 4x4", direction le désert de Kjölur.
De quoi vite oublier les joies d'EasyJet, des Radisson et autre Hilton de Londres.

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mardi
03
août - 2010

Le Dakar vous est offert par EasyJet

L’un des sujets de l’été dans la presse suisse, c’était les retards chroniques d’Easyjet et les menaces de son ancien patron de retirer le nom à la compagnie.
En bon journaliste consciencieux, notre ami Simon s’est évidemment rendu sur place :
Reportage Exclusif

Samedi 31 juillet 5h30: Retrouvaille de Simon et de Marine à l’aéroport de Genève. Le vol pour Londres-Gatwick est prévu à 7h. Là-bas il y a 4 heures de battement avant le vol Iceland Express pour Reykjavik : ça baigne.
Euh... pas tout-à-fait… puisqu’il n’y a pas d’avion ! La veille, le retard d’EasyJet était tel, que l’avion n’a pas pu rentrer sur Genève. Les pilotes doivent aller le chercher à Lyon. « Flight delayed » de 4 heures. Bye, bye la correspondance…
Mais notre Tintin reporter a de la ressource. Vite sur internet et achat de 2 nouveaux billets pour Reykjavik sur le vol Iceland Express du soir au départ de Stansted.
Samedi 31 juillet 22h. Après 3 heures de bus pour rejoindre Stansted depuis Gatwick, ça baigne… le décollage ne devrait pas tarder.
Euh… pas tout-à-fait, parce que l’avion prévu a pris un oiseau dans le réacteur à l’atterrissage. Il faut réparer. Le vol est annulé. Iceland Express vous offre la nuit au Radisson et vous amènera à destination demain à midi avec le vol depuis Gatwick.

Dimanche 1er août : Retour à Gatwick. Ça baigne… le décollage ne devrait pas tarder.
Euh... pas tout-à-fait, puisque les employés de la compagnie ont oublié d’enregistrer les passagers en rade. Pas de place, pas d’avion. Iceland Express vous invite au Hilton et tâchera de vous amener à destination demain midi.

Lundi 2 août : Gatwick. Tout baigne, Simon et Marine ont enfin leur boarding pass.
Euh... pas tout-à-fait parce que l’avion a encore 3 heures de retard.

A l’autre bout…quelque part en Islande, l’équipe de « Chamade Tour » essaie de s’adapter.
Il était prévu d’emmener Tintin et Marine en 4x4 au cœur de l’Islande dès leur arrivée le 1er août à Akureyri. A mesure que les SMS annoncent les reports, on corrige. Pour gagner un jour on décide d’aller les chercher directement à Reykjavik et de prolonger la location de la voiture. Heureusement tout baigne et nous pouvons déplacer d’un jour les réservations dans les refuges.

On traverse donc toute l’Islande par la piste de Kjolür profitant d’un soleil magnifique pour faire quelques repérages. Puis on s’invite dans l’hôtel réservé par Simon et Marine qui eux sont ce soir au Hilton de Gatwick. Et l’arrivée étant prévue pour la mi-journée, on se réjouit de refaire la piste tranquillement, même si le temps est à la pluie. Ça baigne…
Euh… pas tout-à-fait puisque finalement il est 17h30 quand nos 2 lurons apparaissent dans le hall d’arrivée. On nous attend au refuge à 20 heures pour manger. Mais c’est juste à 250 km, dont 100 de piste !
C’est donc parti pour l’Islande en Dakar-express.

15 minutes d’arrêt à Geysir, juste le temps d’apercevoir un beau jet, puis c’est de la piste, encore de la piste, de la tôle ondulée, des chaos, de la boue… le tout avalé à fond de train.
Heureusement que nous disposons d’un bon gros 4x4, un Nissan Patrol.

Le désert de pierre de Kjolür sous la pluie prend des allures de bout-du monde.
Finalement à 21h nous sommes sur place. Il reste juste un peu de soupe chaude et un peu de pain. Le contraste est total, et le dépaysement garanti.

Bienvenue en Islande !

dimanche
01
août - 2010

L’Islande classée XXX

Nous avions rêvé du grand soleil, nous l’avons eu, et oh combien !

Pas un nuage sur les immenses plaines volcaniques. Le soleil, encore le soleil et rien que le soleil.
Pas d’ombre, plus de jeu de lumière, plus de contraste…

L’Islande rôtit, nue au soleil, offerte… presque obscène.
Aussi peu mystérieuse qu’un corps nu offert sans pudeur.
L’Islande sans la moindre dentelle, le moindre drapé, le moindre voilage…
Mais ne dit-on pas que la nudité n’est propice ni aux fantasmes ni à l’érotisme.

Vite qu’on nous rende quelques nuages, quelques brumes, quelques draperies et des contrastes de lumières…
Vite que l’Islande retrouve sa magie... son mystère…

Nous voulions le soleil… nous l’avons eu…
Mais comme dit la chanson : (alsacienne, bon sang ne saurait mentir !)
« Der Hans im Schnokeloch, hett alles was er will
Un was er hett des well er nitt,
Un was er will des hett er nitt,
Der Hans im Schnokeloch, hett alles was er will”
(Le Hans de Schnokeloch, il a tout ce qu’il veut
Mais ce qu’il a, il ne le veut pas...
Et ce qu’il veut il ne l’a pas…)

samedi
31
juillet - 2010

Urbanités au pays du hareng

(Par Sylvie)
Pendant une semaine (le temps d’arriver, d’aller rendre hommage aux terres de laves et d’aller humer l’odeur du souffre et d’embarquer un nouvel équipage), nous avons squatté le paisible petit port de pêche de Seydisfjördur, lové au fond d’un fjord, entre des montagnes cascadantes et encore un peu enneigées. Et dont le festival estival de création artistique attire des jeunes de tous le pays.

Seydisfjördur, c’est moins de mille habitants, quelques maisons préfabriquées avec jardin (le style islandais est plus américain que norvégien) une adorable église en bois bleue pâle, un centre de loisirs, une piscine – chaque bled ici a sa piscine couverte ou en plein air, avec des jacuzzis fumants -, un musée – chaque bled ici a son musée – un camping, deux hôtels peu fréquentés, un bar et un restaurant qui mérite qu’on s’y intéresse, un centre d’information touristique avec wi-fi et accès internet, un supermarché, of course, un bus par jour en semaine pour Egilsstadir (grand centre de 1900 âmes) et un grand embarcadère désert, sauf tous les jeudis que Dieu fait, jour du ferry qui arrive et repart pour le Danemark. Nous avions oublié que l’Islande, plus grande que la Suisse, compte moins de 300'000 habitants (densité 2,8 habitants au km2 ) dont plus de 60 % vivent à Reykjavik. C’est dire ce qui reste ailleurs….

A Dalvik (nord de l’île) où nous avons élu domicile pour quelques jours, dans un port à demi désert, c’est un peu pareil. En mieux. Car Dalvik possède en plus, de sa piscine, de son église et de son super-marché et de son musée, une pompe à essence et une magnifique bibliothèque avec cafétéria. Paraît que les Islandais détiennent le record mondial de lecture : plus de quatre livres par an. Mais l’on se demande tout de même comment font pour survivre la soixantaine de maisons d’édition qui se disputent (en islandais) le marché islandais en faisant paraître quelque 1800 ouvrages par année.

Certes nous fréquentons assidûment la bibliothèque ou plutôt son wi-fi. Mais outre la culture, il nous faut aussi songer à des choses plus terre à terre, comme la lessive par exemple. Mais où trouver une « laundry » ? Ca existe à Dalvik ? Oui et devinez où on l’a trouvé ? Au Vin Bud, dans le magasin (monopole d’Etat) qui vend de l’alcool entre 17 et 18h. Le gros vin ça tache, mais avouez que c’est un drôle d’endroit pour faire laver son linge sale. Quant à l’unique coiffeuse du lieu, elle est en congé maternité. Allez donc vous faire tondre ailleurs, par exemple à Akurery la deuxième ville d’Islande, située à 40 kilomètres, où – avec un cervicale coincée – j’ai plutôt avisé l’existence d’un ostéopathe. Mais peut-on se fier à un ostéopathe qui mange des macareux moines et des guillemots (plat typiquement islandais avec la baleine et la soupe d’agneau) ? J’ai préféré rester avec ma cervicale en l’état et regagner le port de Dalvik où l’on pêche encore (un peu) du bon poisson de père en fille.

Grandeur et décadence des ports islandais… Dalvik comme Seydisfjördur a aussi connu son heure de gloire et de grande prospérité. C’était au temps, pas si lointain où le hareng frayait en abondance dans les eaux fraîches de l’Atlantique nord. Le temps où tout le monde ou presque vivait de l’industrie de la pêche et pêchait par optimisme en croyant à l’immortalité du hareng.

Arriva ce qui devait arriver. En 1968 les harengs ont disparu, victimes innocentes d’une surpêche éhontée. Et les pêcheurs d’Islande n’ont eu que leurs yeux pour pleurer le déclin de leurs ports. Celui de Siglufjördur s’était taillé, par exemple, une réputation mondiale. Dans cette bourgade de quelque 3000 habitants, le hareng était salé dans vingt-cinq centres et « transformé » dans cinq usines. C’est de là que partait, dans les années 40, un quart de toutes les exportations du pays. Seul témoin désormais de cette célèbre épopée du hareng : un musée super édifiant.

Mais la nostalgie n’est plus ce qu’elle était contrairement à d’autres ports de pêche, Siglufjördur a su reconvertir ses entrepôts en friche, pour le plus grand bonheur des touristes et des artistes.

Aujourd’hui, le hareng est revenu, mais les habitudes alimentaires on changé, heureusement pour lui et malheureusement pour les pêcheurs islandais qui ont dû diversifier leurs prises et leurs activités. Partout un « harbour master» compte scrupuleusement les prises - essentiellement morues et capelans – de chaque pêcheur qui s’en revient, pour vérifier qu’il n’a pas dépassé son quota.

C’est le meilleur moment pour aller « acheter » notre repas du soir (morue du capitaine, à la sauce moutarde ou au pesto) qui ce soir nous est offert gracieusement, avant la pesée.

vendredi
30
juillet - 2010

Poussières d'Islande

Cette dernière semaine de juillet nous a gratifié d'un temps exceptionnel pour l'Islande. 9 jours consécutifs de beau temps! L'occasion d'une navigation au nord de l'Islande, dans les îles de Grimsey et de Flatey. L'occasion une nouvelle fois de franchir le cercle polaire arctique.
Et de s'en mettre plein les yeux!

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jeudi
29
juillet - 2010

« Is there anybody up there ? »

(Par Sylvie)
Avec le nouveau tee-shirt que je viens d’acheter, j’arbore sur ma poitrine « Lost in Iceland » et dans mon dos, on peut lire :
« Is there anybody up there ?»
Bonne question !

De prime abord j’aurai répondu par la négative. Parce qu’en arrivant vers les côtes islandaises, on n’y voyait rien dans la purée ambiante.
Mais aussi parce que j’avais encore dans les yeux les images imprimées il y a quinze ans, lorsque nous avions fait une première incursion (avion + voiture) en Islande. Des images de cette terre bouillonnante, née du mariage sulfureux du feu et de l’eau, où les nuages foncent en rase-motte sur les reliefs. Quand ils ne décident pas, en un clin d’œil, de tirer le rideau entre le ciel, la montagne et la mer.

Dans ma mémoire, l’Islande, c’était un «wild world » incontaminé , avec ses couleurs de suie et de soufre, ses terrils de poussières volcaniques, ses failles et ses lacs fumants, ses chaudrons du diable où mijotent en permanence toute la bile de la terre et qui dégagent l’odeur acre du soufre. (ouïe, ça brûle)

Un monde d’ombres et de lumières déclinées sur tous les tons : Gris sur jaune citron, ocre sur rouge foncé vert sur blanc, brique sur bleu… Et au milieu de nulle part les routes non asphaltées dans l’immensité d’espaces désertiques noirs et violacés.

J’avais oublié que quinze ans avaient passé. Depuis, crash financier ou pas, le nombre de touristes a quadruplé (un demi-million l’an dernier). Dans les « must » de Mivatn ou du Krafla, on les voit débouler en caravanes de camping car ou par bus entiers sur les routes désormais « normales » ou presque. 4x4 et click-clack, torse nu, comme sur la Costa Brava. La croissance est passée par là. Pour le meilleur et pour le pire.

Il faut se faire à l’idée que l’Islande n’est plus ce qu’elle était. Même que le soleil y a brillé presque sans discontinuer pendant une bonne dizaine de jours. Pour visiter les zones touristiques, mieux vaut se lever à l’aube. Parce, bien entendu, nous, ce n’est pas pareil. Nous ne sommes pas des touristes comme les autres et nous voulons l’Islande incontaminée pour nous tout seuls.

Cela dit, nous sommes biens contents de trouver la civilisation lorsqu’il s’agit d’avoir un accès à internet (offert gratuitement, dans le moindre bled, par tous les bureaux d’information touristique ou les bibliothèques), d’aller tremper ses fesses dans des sources d’eau chaudes ou d’aller à la piscine municipale, nager et surtout prendre une bonne douche.

Finalement, pour répondre à la question de mon Tee-shirt « Yes.there is somebody up here » et même parfois too many people (à mon gré) Mais le « wild world » existe encore. Il suffit de sortir des circuits touristiques pour se retrouver « lost in Iceland »

samedi
17
juillet - 2010

Trilogie islandaise

Première ballade à l'intérieur des terres d'Islande.
Une rencontre forte avec la nature.
Des images... des sons... tout s'imprime en nous.
En voici une petite sélection, une mise en images sur une musique de Kiko (Christophe Esseiva, collègue de la RSR).
Et l'on commence par LE FEU:

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On continue avec LE SEIN DE LA TERRE

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Et l'on termine avec L'EAU

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lundi
12
juillet - 2010

Bille en tête vers l'Islande

Dans l'immensité de l'Océan Atlantique nord, la risque de rencontrer une bille de bois est infime. De plus, la probabilité de lui passer juste dessus est encore plus infime.
Et pourtant, pour Chamade, impossible n'est pas français! Ce fut donc "bille en tête"
Le tronc fut pour notre pomme. Un beau, de 4 à 5 mètres de long et 30 à 40 cm de diamètre.

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Un mot encore pour féliciter les ingénieurs d'Alubat, d'avoir conçu ce système de safran (gouvernail) relevable, muni d'un fusible en cas de choc. Ainsi le choc ne fut qu'une péripétie. Et Chamade n'en a qu'une petite bosse supplémentaire!
lundi
12
juillet - 2010

Chamade est arrivé en Islande

Juste un petit mot pour vous annoncer que nous sommes bien arrivés en Islande samedi après-midi. Arrivée à Seydisfjordur, sur la côte sud-est, dans un brouillard à couper au couteau. Bonne traversée, une fois de plus dans la grisaille et sous la pluie. mais c'est le prix à payer ici pour bénéficier de vent de sud-est favorables à la traversée. (Départ devant une dépression) Le termps de monter quelques images et le récit de cette traversée sera en ligne. Demain nous partons pour trois jours à l'intérieur des terres, avant que Stéphane et Jean-Daniel repartent en avion pour la Suisse. Nous reprendrons la mer avec Jonathan et Elena lundi prochain (si la météo le permet) entamant ainsi le tour de l'Islande dans le sens contraire des aiguilles d'une montre.

mercredi
07
juillet - 2010

“Faroe : the world’s most appealing destination » ???

“Destination la plus attirante au monde » : C’est le titre décerné aux îles Féroés par le National Geographic Magazine.
« C’est pire qu’un temps d’automne » : ça c’est le douanier de Klaksvik qui le dit, arcbouté contre le vent et la pluie qui s’acharnent sur la deuxième « ville » de l’archipel où nous sommes venus chercher refuge le temps de laisser passer une nouvelle profonde dépression inhabituelle pour la saison (969mb).
« Non… ils n’annoncent pas vraiment du vent fort... seulement 30 à 35 nœuds » Voilà pour l’évaluation du Harbour Master de Klaksvik, premier port de pêche des Féroés, qui vient de nous désigner une place abritée pour y amarrer Chamade. Comme quoi les avis sont partagés.

Et ce matin au petit-déjeuner, sous une pluie battante, après une nuit où le vent a soufflé à 40 nœuds, les avis sont tout aussi partagés à bord de Chamade quant à l’« appeal » des Féroés.

Pour résumer : -Il y a ceux qui sont fascinés par la rudesse du paysage, par son austérité, par l’isolement des ces villages accrochées au flan des montagnes, par le jeu des couleurs, ces verts incroyables révélés par le moindre rayon de soleil sur les falaises. Une nature splendide dans cet archipel sorti de nulle part, au milieu de l’Atlantique nord, aux falaises battues par les tempêtes.

-Il y a ceux qui trouvent que décidemment il faut être dingue pour vivre ici, dans ce coin où il pleut 220 jours par an, où 13° fait office de canicule, où le plafond des nuages est si bas qu’on baisse la tête en marchant. Autant dire que le climat ne laisse guère l’occasion de profiter des merveilles décrites ci-dessus.

-Il y a ceux qui trouvent tout cela sans âme, mort, froid, déprimant. Rien de tel que de se balader dans Klaksvik pour argumenter. 4700 habitants, 3 stations-service, 3 supermarchés, 1 Rusdrekkasola Landsin (magasin du monopole d’état sur la vente d’alcool), 1 bibliothèque publique, 1 hôpital régional, 1 bar à pizza, 1 restaurant ouvert dès 18 heures et pas un seul bistrot pour boire un verre !

-Ils a ceux qui trouvent les habitants sympas, oui. Mais encore faut-il les rencontrer. Avec un temps pareil, c’est tous aux abris !
-Enfin il y aurait toutes ces merveilles décrites par la (très bien faite) brochure de l’office du tourisme. L’âme du pays, sa culture, son attachement à sa langue séculaire, ses villages préservés… Sans doute, mais comme déjà dit, encore faut-il pouvoir en profiter.
Alors qui a raison ?
Pour départager, nous nous proposons d’organiser un nouveau colloque public le mois - l’été - le siècle - (biffer ce qui ne convient pas) prochain à Klaksvik. Les inscriptions sont ouvertes.

Et pour l’Islande… on attend toujours que la fenêtre s’ouvre .

samedi
03
juillet - 2010

Cap vers les îles Féroé

Cette fois-ci la fenêtre météo s'est ouverte.
Elle ne durera pas longtemps, il faut donc en profiter.
25-30 noeuds de sud-est, de la houle, des vagues, des surfs... la traversée fut superbe!

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jeudi
01
juillet - 2010

Marin des Féroé, marin qui ne craint rien

Chamade est en attente, sous la grisaille de Symbister, petit port de l’île de Whalsay. Quelques milliers d’habitants, mais qui affrètent de sacrés chalutiers pélagiques.

Nous voilà le regard rivé sur les fichiers météos.
Au programme, la traversée des îles Shetland aux Féroé. 200 milles en plein Atlantique nord. Et une dépression de 972 millibars, sacrément creuse pour la saison. Autour d’elle les vents atteignent 35 nœuds sur son flanc nord et 50 sur son flan sud. Pas vraiment le moment de bouger.

De quoi se rappeler que la zone n’est pas franchement récréative et que les conditions météos y sont souvent… « toniques ».
Mais si nous, nous nous interrogeons, ceux des Féroé n’ont manifestement pas les mêmes critères. Il suffit de voir leurs bateaux amarrés à Lerwick, ici aux Shetlands.

Dire qu’ils n’ont pas hésité à faire 200 milles sur ces coques de noix pour venir boire une bière aux Shetlands !
Car c’est sans doute l’une de leurs motivations, à en croire les innombrables cannettes qu’ils embarquent dans leurs coques de noix. (Il faut rappeler qu’aux Féroé l’alcool est très lourdement taxé).

Deux jours plus tard, la dépression semble stable. Elle monte un peu vers le nord en se comblant légèrement.
30 nœuds sur son flan nord-est, plein portant… ça devrait être jouable.
Demain matin nous quitterons le mouillage de Burra Firth, tout au nord de l’île de Unst.
La traversée devrait être rapide.

mercredi
30
juin - 2010

Faire le fou à Unst

A l'affut d'une bonne fenêtre météo pour traverser vers les îles Féroés, nous nous sommes installés au nord de l'île d'Unst.
Un coin connu des amateurs d'oiseaux marins qui viennent de loin pour assister au spectacle.
Nous avons donc fait comme eux... et nous n'avons pas été déçus!

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mardi
29
juin - 2010

Fish and Sheeps

(Par Sylvie)
A quoi tient le destin des hommes, tout de même ! Si les Shetlandais sont devenus Ecossais (et donc British par la suite), c’est à cause d’une vulgaire histoire de dot :
Le roi du Danemark avait donné sa fille Margaret au Prince James d’Ecosse (le futur Roi James III). Faute de pouvoir payer cash la dote promise, il offrit à son beau-fils un petit coin de ses terres : les îles Shetland, qui devaient lui être restituées lorsqu’il aurait payé sa dette. Mais comme il ne paya jamais rien, les Shetland restèrent écossaises.

A l’époque quelques pêcheurs et quelques paysans demeuraient sur ces îles. Aujourd’hui, c’est pareil. Les 26.000 habitants des Shetland vivent toujours, de la pêche et de l’élevage de saumon et de leurs moutons. Sans machine à sécher le linge (qui flotte au vent dans les jardins), mais avec du pétrole. Près de Lerwick se trouve un important terminal pétrolier.

Mais revenons à nos moutons shetlandais : oui nous avons bien répertorié, comme mentionné dans les guides, 50 espèces de moutons. Une variété insoupçonnée de pulls, de chandails et autre tricots à quatre pattes qui vaquent à leur unique occupation : brouter et crotter la lande, dans tous ses recoins. Vous trouverez sur la planche, ci-dessous, une sélection de quelques espèces savamment identifiées.

Et comme dirait, Monsieur Panurge, les moutons shetlandais ont un curieux effet de mimétisme sur certains bipèdes de passage.

Cela dit, les Shetlands ça se visite aussi (et surtout) pour sa nature solitaire et authentique. Une nature qui comme toutes les belles se donne à voir sous les projecteurs de quelques coups de soleils au travers de ses ciels bas et menaçants. La lande déploie alors, à perte de vue, toute sa gamme de verts, du plus tendre au plus fluo, avant d’aller s’abîmer dans la mer, au gré des falaises où nichent les oiseaux.
C’est là que j’ai eu le coup de foudre pour les Fous de Bassan, majestueux planeurs à l’œil de braise, soigneusement maquillé à la Nefertiti.

Et voilà qu’il nous prend aussi l’envie de planer

lundi
28
juin - 2010

D’une rive à l’autre de l’Atlantique nord

(Par Sylvie)

A peine trente heures de mer et nous avons changé de monde.
Fini l’été scandinave, les pimpantes petites maisons de bois bleues et rouges. Adieu les petits ports de plaisance cosy, aménagés au poil pour les plaisanciers avec tous les conforts de la modernité. Finis les saumons crus ou cuits subtilement fumés, les parfums d’aneth.

Nous voici débarqués à Lerwick, dans l’univers « rough » des Shetlands, scottish, désuet et gris à souhait :
Grises, les maisons de briques taillées comme des créneaux de châteaux forts, gris le port où s’entassent pêle-mêle des bateaux de pêches et des bateaux de plaisance, à couple les uns des autres, grise la mine des habitants et la nôtre lorsque nous nous voyons servir un vulgaire fish and chips, dans la très victorienne salle à manger du Grand Hôtel. Sur la carte, cela s'annonçait comme du « deep fried Haddock à la mode de Unst ». Vive la gastronomie british !

D’une rive à l’autre de l’Atlantique nord, le contraste est saisissant, même si les Scandinaves et les Shetlandais sont tous des descendants des Vikings. Mais la couronne britannique a visiblement laissé des traces plus profondes que les monarchies d’en face.

Passé le premier choc thermique et de civilisation, nous finissons par trouver quelques attraits à la grisaille de Lerwick et un certain charme à l’accent rocailleux des Shetlandais qui , visiblement, « ont dans le cœur le soleil qu’ils n’ont pas dehors », comme dirait mon copain Enrico. On nous salue d’un petit signe de la main et partout on nous accueille avec simplicité et chaleur. Comme Alex, Valery et Marina qui ce samedi, sont de service dans les bureaux des gardes-côtes.
En tant que « watch officer » Alex diffuse les bulletins météo et le bulletin des marées toutes les trois heures, reçoit les appels téléphoniques ou les appels radio des bateaux, leur indique la route et coordonne, en cas d’urgence, les contacts médicaux ou l’envoi des secours.
« Notre job, dit-elle, c’est 75% routine, 20% d’attente et 5% ou nous sommes en tilt ». Cela peut aller de l’évacuation médicale, au sauvetage d’un chien tombé d’une falaise ou à l’intervention lourde en cas de naufrage. « L’autre jour, nous sommes parvenus à sauver un homme qui était resté 45 minutes dans l’eau », raconte l’équipe féminine des coast guards.

Huit femmes sur un staff de 20 personnes sont actuellement en poste dans le service des gardes côtes...Ne pas se fier aux apparences « old fashion » des Shetlandais. Ce qu’Alex et Valery aiment le plus dans l’archipel réputé pour son aspect sauvage, c’est « le sentiment de sécurité » qu’elles ressentent à y vivre, dans un milieu où tout le monde se connaît. Elles aiment cette façon qu’ont les Shetlandais de faire perdurer les traditions, à rebrousse-poil du temps. Et puis, les Shetland c’est beau, c’est fort . « J’habite une ferme à une vingtaine de kilomètres de Lerwick et de ma fenêtre je peux voir les loutres et les phoques », assure Alex. Bien sûr l’hiver est long et le soleil rare la majeure partie de l’année. « Mais quand il est là, nous savons le déguster mieux que quiconque », ajoute Valery.
Nous aussi, nous aimerions goûter un peu, de ce soleil. Surtout que nous allons nous mettre au vert qui habille les Shetlands, à l’observation des oiseaux sur les falaises et à l’étude des moutons - pas sur les falaises - . Il parait qu’il y a une cinquantaine d’espèces de moutons shetlandais. De quoi nous occuper les prochains jour ou nous endormir définitivement en les comptant. En attendant nous avons surpris l’équipe locale en train de s’entraîner frénétiquement pour le mondial du Brésil.

vendredi
25
juin - 2010

Pris au filet sur la route du pétrole

Seconde traversée en Atlantique nord, celle reliant Stavanger en Norvège à Lerwick aux Shetlands.
225 milles au travers des plates-formes pétrolières de la mer du Nord.
Une traversée qui devait nous réserver quelques surprises!

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En guise de commentaire:
Notre chance fut de prendre finalement ce bout de filet alors que nous étions à la voile. Il s'est contenté de s'accrocher sur les pales de l'hélice. Si cette "prise de mer" s'était faite alors que nous marchions au moteur, le blocage de l'hélice, outre le calage instantané du moteur, aurait pu provoquer de gros dégâts, comme par exemple le voilage de l'arbre d'hélice ou encore l'arrachage des silent-blocs du moteur. Bref plus de peur que de mal!
lundi
21
juin - 2010

Stavanger : La boucle est bouclée

Chamade à Stavanger, c’est la boucle scandinave qui est bouclée.
Il y a 3 ans, à l’aube du 19 août 2007, c’était l’atterrissage en provenance de Peterhead en Ecosse. La nuit était noire, la pluie battante et dans le jour naissant, Stavanger nous avait paru tellement triste, que nous avions passé tout droit pour rejoindre le Lysefjord, l’un des plus beaux de Norvège.
Il était donc temps de rattraper le temps perdu et d’aller vérifier sur place si la ville mérite les commentaires flatteurs entendus depuis lors.

Depuis Tananger, où nous sommes ammarés, il nous reste à sauter dans le bus. Mais nous n’avons plus de monnaie, et y’a plus de sous. C’est la grève chez Securitas, qui est, entre autre, chargée d’alimenter les distributeurs de cash. C’est finalement un passant, fort sympa qui nous changera 50 euros !
Ah, oui, vous n’en avez évidemment rien à faire de ces détails triviaux. Alors Stavanger ?
Sympa, c’est vrai. Une vieille ville tellement « ripolinée » qu’elle renvoie le Balenberg à l’état de ruines sauvages. Mais de l’autre côté de la grande darse du port, le vieux quartier commerçant est nettement plus vivant, avec ses nombreux pubs, où nous suivront une mi-temps (médiocre) du match Suisse-Chili, dans l’indifférence quasi générale. La Norvège n’est pas qualifiée, alors la Coupe du Monde : la majorité s’en tamponne. (Même si le foot est le sport national numéro deux, après le ski de fond, mais avant le hockey sur glace).
Mais ce que nous retiendrons finalement de Stavanger, c’est son musée du pétrole.
Remarquable. Une vraie découverte du gigantisme et de la réalité de l’exploitation pétrolière off-shore en mer du Nord. Un monde qui ne semble définitivement plus à taille humaine. Passionnant !

Stavanger, au final, mérite vraiment l’escale.

L’affront est réparé… on peut quitter la Norvège.

(Enfin pas tout-à-fait puisqu'ayant oublié l'appareil de photo, nous n'avons pas pu immortaliser ces retrouvailles!)

dimanche
20
juin - 2010

Du nord-ouest… toujours du nord-ouest

Un bel anticyclone est désormais installé sur le nord de la Grande-Bretagne. Résultat, le soleil brille, le temps est magnifique… mais le vent est obstinément bloqué au nord-ouest. Et justement, vous l’avez compris, la route à suivre est nord-ouest. Au moins jusqu’à Stavanger d’où nous pourrons envisager de traverser vers les Shetlands.
Ca souffle bien : plus de 20 nœuds la journée le long de la côte, 25 à 30 au large. Et les distances sont longues entre le cap de Lindesnes et Stavanger. Et sans passage possible à l’abri des îles.
Heureusement, le vent tombe vers minuit, laissant une fenêtre de 6 à 7 heures pour faire route au moteur. Il faut donc en profiter, et Gaëtan en fait les frais, puisqu’à peine est-il descendu de l’avion que nous quittons Christiansand vers le nord. La mise en route est pour le moins rude. Mais la première partie est en eaux abritées, pas de problème donc. A 23 heures nous sommes obligés de sortir des chenaux abrités, mais sans balisage lumineux. Hélas, la mer est beaucoup plus forte que prévu. Impossible de passer en force au moteur. Nous jetons l’ancre au plus vite derrière l’île de Odd, dans les dernières lueurs du jour.

A 3h30 il fait suffisamment jour pour repartir, mais par un nouveau passage à l’abri des îles. La lumière est magnifique et c’est l’occasion de découvrir une région splendide, celle qui se cache juste à l’est du cap Lindesnes que nous atteignons à 6h30. Le vent est faible, la mer encore bien formée, Ca tape un peu, ça mouille, ça cogne…. Mais ça passe.

3 heures plus tard, nous doublons Lista alors que le vent se relève. Il est temps de chercher un abri : ce sera Kirkehamn, un tout petit village niché au fond d’un cirque rocheux, qu’on atteint, en venant du sud, par un minuscule passage entre les falaises. A peine 10 mètres de large.

Le lieu ne manque pas de charme : tant mieux. Demain vendredi, et samedi, la météo annonce 40 nœuds de nord-ouest au large et 30 près des côtes.

Chamade fait donc relâche pour 2 jours.

Il nous faudra encore deux départs à 3 heures du matin pour finalement rejoindre Tananger, ancien port des pilotes de Stavanger, et devenu LE port de ravitaillement des navires qui font la navette avec les plates-formes pétrolières de la mer du Nord. (Heureusement le port pétrolier est à 1 km de l’ancien port qui a préservé ainsi son charme et sa quiétude)

mardi
15
juin - 2010

Coup de théâtre à Ny Hellesund

(Par Sylvie, aquarelle de Matthieu Berthod))

Aujourd’hui la Norvège va nous offrir un coup de théâtre. En passant dans l’étroit goulet qui, entre deux promontoires rocheux nous conduit à Ny Hellesund, avant même de découvrir ce qu’est ce village, nous apercevons perchée sur la pierre une maison ocre sur laquelle s’est écrit en toute lettres : TEATER.
Drôle d’endroit pour installer un théâtre : Ny Hellesund , c’est quelques maisonnettes blanches au toit rouge, enracinées dans le rocher au bord de la vaste piscine circulaire que forme la mer à cet endroit. Petit pontons de bois, fleurs devant les façades et quelques barques amarrées …et, à première vue, c’est tout.

Du coup nous imaginons notre scénario, pittoresque et dramatique : autrefois Ny Hellesund devait un village de pêcheurs, niché là, à l’abri des vents, avec sa flottille de barques et de petit chaluts, ses quais jonchés de filets à réparer, ses femmes qui attendent derrières les fenêtres que les hommes reviennent de Christansand où ils vendent leur poissons. Et puis les pêcheurs s’en sont allés. Le village a été racheté par de riches bourgeois de Chrstiansand qui vient passer les week-end et les vacances d’été dans leurs résidences secondaires. Fin du premier acte. Rideau.

Deuxième acte : coup de théâtre. Derrière les maisons du port, il y a une étrange forêt, sans doute remplie d’elfes… et encore d’autres maisons et des moutons et des oies et un chemin qui conduit jusqu’à la maison de Knut et même au-delà. Et c’est là que nous apprenons que Ny Hellesund n’a jamais été un village de pauvres pêcheurs, mais propriété de familles d’armateurs, de marins et de pilotes de vaisseaux , puissantes et fortunées. Aujourd’hui le village compte 10 habitants permanents et des résidences secondaires accrochées, en escalier à la roche et entourées de jardinets bien entretenus.

Ah ! J’oubliais de vous dire que Knut est le directeur du théâtre de Ny Hellesund qui a pris ses quartiers dans l’ancienne école. Il entame sa dixième saison théâtrale. Demain un ferry de 40 personnes viendra de Christansand pour assister à la représentation de sa nouvelle pièce : une histoire de marins rattrapés par la modernité et une nouvelle technologie : le moteur. En Norvège il n’a été introduit que très tardivement sur les bateaux de secours en mer. Sous prétexte que quand la mer est calme, il n’y a personne à secourir et que quand elle est méchante, le moteur ne sert à rien contre les vagues. Le moteur, c’est le vent.
Knut est venu boire un verre sur Chamade, avec son voisin Arne, petit-fils de pilote-côtier …

Finalement c’est ça le vrai coup de théâtre : contrairement à nos expériences précédentes et aux dires d’Olivier de Kersauson, qui dans « Ocean songs » les décris comme « des bipèdes qui ne prononcent qu’une phrase par jour », les Norvégiens se révèlent sociables et peuvent être bavards. Du moins dans le sud du pays.

lundi
14
juin - 2010

Les couleurs de la mer du Nord

Texte et illustrations : Benoît Girardin

En débarquant à Göteborg il y a une semaine, j’avais quelque appréhension due principalement à mon pied marin extrêmement peu consolidé. Aujourd’hui, j’apprécie que tout se soit passé avec intensité, calme, aisance. Non qu’il ait suffi de prendre une seule fois une pilule contre le mal de mer, par précaution et sur ordre du capitaine au moment de traverser le Skagerrak, 20 heures en tout. Mais parce que chacune des étapes de ce périple a réservé des surprises uniques, des couleurs chatoyantes à l’extrême, des lumières époustouflantes.

Lorsque je me remémore les ambiances d’une ville cossue et commerçante comme Göteborg ou de la bourgade de Grimstad en Norvège, invitant le touriste à visiter, entre 10 et 16 heures, le petit musée Ibsen; lorsque je compare le minuscule étau rocheux de Indre Maloya à la crique de Utkräften ou au ponton léché et avenant mais bondé de Stokken, - ne se libérant pour nous qu’en soirée de ce dimanche – je reste sous le charme. Ce fut également une fête pour l’aquarelle. Ne seraient-ce que les couleurs de la mer, qui diffèrent entre tribord (à droite) et bâbord (de l’autre côté), celles des rochers dont le gris respire le rose, le bleuâtre, le jaunâtre ou le brunâtre selon l’orientation et l’intensité du soleil, celles des ciels composites, la diversité des habitats blancs ou grenats.

Et puis aussi, de longues heures de lecture calme, sans téléphone, et des moments plus méditatifs permettant aux composants de la vie de revêtir l’importance et le goût auxquels ils peuvent prétendre. Autour de la table, moins frugale qu’attendu, des discussions substantielles, des opinions variées et respectées.
Enfin, cette nécessité de la navigation à voile, faite d’ingéniosité dans l’aménagement des moindres recoins du bateau, de préparation méticuleuse, ces manœuvres précises mais jamais excitées, cette négociation créative entre vents, courants et destination.

Une vraie cure philosophique mise en œuvre à chaque instant, pendant 8 jours ! L’attention et la compétence de Sylvie et Marc, le calme souriant de Matthieu y sont pour beaucoup. Bons vents !

Benoit

samedi
12
juin - 2010

Le "Blindlaie" : aveugle, tu parles !

Illustration : Matthieu Berthod
http://atelierdze.blogspot.com/

"Blindlaie" : passage aveugle.
Situé entre Grimstad et Christiansand, voilà un passage qui porte bien mal son nom : et doublement. D’abord parce qu’il n’est pas en cul-de-sac, même si en consultant la carte marine on à peine à le croire. Le passage n’est parfois large que d’une dizaine de mètres, mais offre toujours assez de profondeur pour y glisser la coque de Chamade. Et le seul pont routier qui l’enjambe a la correction de laisser 19 mètres de tirant d’air, bien assez pour les 16m70 du mât de Chamade.

Ensuite, c’est une petite merveille pour les yeux. Un enchevêtrement de granit, de sapin et de canaux marins. Délicieux. Mais ça se sait. C’est d’ailleurs désormais la côte « chic » de la Norvège. Tout ce qui compte dans le pays y possède sa maison au bord de l’eau, et son canot moteur (gros moteur, il va de soi !) amarré devant. Et ça se paie. A l’agence immobilière de Grimstad, nous y verrons une annonce pour une petite maison de pêcheur, 60 mètres carrés habitables au bord de l’eau, avec son petit ponton privé : 700'000 euros ! Plus d’un million de francs.

Mais il faut reconnaître que tout s’intègre parfaitement dans le paysage. Les maisons sont nombreuses mais discrètes. Pas de bétonnite. Reste qu’on apprécie d’y passer début juin. Pas difficile d’imaginer la noria motorisée qui doit arpenter ce dédale au mois de juillet. Il ne doit y avoir qu’un pas du paradis à l’enfer.

Mais peu importe, nous jouissons du calme de cette pré-saison, du soleil, du jeu des lumières, des mouillages solitaires, et des petits bourgs endormis.

Nos peintres de l’expédition redoublent d’activité. Plaisir des yeux, troisième !