Pour la plaisir de partager...
Pour le poids des mots
Et le choc des photos
L'émotion des images
Venez donc partager tout cela avec nous lors de nos 7 conférences organisées en Suisse romande ces prochaines semaines:
Les dates:
22 février: Yverdon, Aula du CPNV à 19h
1er mars: Pully/Lausanne, Théatre de l'octogone à 19h
8 mars : La Chaux-de-Fonds, Club 44, à 20h
15 mars : Moutier, à la Sociét'halle à 19h
22 mars: Broc, Restaurant de l'Hôtel de ville à 19h30
23 mars: Genève/Carouge, Restaurant des Vieux-Grenadiers à 19h
29 mars : Martigny, Hôtel du Parc à 19h30
Au programme:
-Chamade en eaux interdites: diaporama
-Film: tourné au Spitsberg lors de l'expédition "Des greffés aux confins de la banquise" (*)
Débat en présence des équipiers greffés et d'un représentant du Chuv
Entrée: 10.-frs au profit de l'association A Coeur Ouvert
(*) Le film intitulé "Un greffé, un donneur par 79° Nord" est une production et une réalisation du Chuv.
Après le film "Un coeur en Chamade" voici donc comme promis le livre:
Sortie cette semaine en librairie (12 février).
Le livre sera aussi disponible aux Editions de l'Aire. http://www.editions-aire.ch
Prix: 35.- frs (23€)
Voici son 4ème de couverture:
"De la mer de Barents à la mer Baltique, le voilier suisse Chamade a sillonné le Grand Nord de la Russie.
Au-delà du cercle polaire, sur les flots capricieux de la mer Blanche, à travers les lacs et la toundra, Chamade a pénétré l’immensité de contrées souvent ignorées.
Mourmansk, Arkhangelsk, l’archipel du Goulag, le canal de Staline, l’Onega, jusqu’à Saint-Pétersbourg, le voilier a suivi à rebours le cours tragique de l’histoire russe, abordant des zones longtemps considérées comme stratégiques et encore interdites aux bateaux étrangers.
Une navigation hors du commun et une aventure humaine pour les greffés du cœur, du rein, du foie ou des poumons qui ont embarqué pour encourager le don d’organe.
Montez à bord ! L’équipage de Chamade vous invite à découvrir une Russie profonde, en pleine mutation, à vivre ses émotions, mais aussi à rencontrer des greffés russes qui luttent pour le droit à la vie, dans un pays où la transplantation d’organes reste encore un sujet tabou.
« Le lien du cœur », un projet qui a bénéficié d’une autorisation exceptionnelle signée par le premier Ministre Vladimir Poutine."
Une série de conférence est organisée (en général à 19h)
22.2: Yverdon, Aula du CEPNV
1.3 : Pully/Lausanne, Théatre de l'octogone
8.3 : La Chaux-de-Fonds, Club 44
15.3 : Moutier
22.2 : Broc, Café de l'Hôtel de ville
23.3 : Genève
29.3 : Martigny, Hôtel du Parc
Au programme:
-Diaporama sur l'aventure Chamade
-Film: "Des greffés aux confons de la banquise", film tourné au Spitsberg
Les détails pratiques suivront
2 semaines de tournage aux îles Solovetsky et Kiji, beaucoup de plaisir, quelques soucis aussi avec l'administration russe, mais avant tout une expérience inoubliable pour toute l'équipe.
Pour Sandra, notre "vedette", pour Benoît Aymon, le journaliste-producteur, pour Didier Carton, le cameraman, pour Raphaël Crohas le preneur de son et Tatiana notre interprète.
Le résultat: "Un coeur en Chamade"
film de 26 minutes
diffusé mercredi 3 février à 20h10 sur TSR1
Télévision Suisse Romande
Le film retrace l'aventure de Sandra, greffée du coeur, découvrant le Grand Nord russe à bord de Chamade.
Ce sera le sujet principal de l'émission "Passe-moi les jumelles"
Il sera ensuite visible sur le site internet de la Télévision Suisse Romande http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=356200
Nous sommes déjà le 2 janvier et nous ne vous avons toujours pas transmis nos voeux de "bonne année"
Mais nous implorons la clémence du jury en invoquant des circonstances atténuantes.
Essentiellement l'écriture du livre retraçant l'aventure russe de 2009. Un livre à paraître mi-février, ce qui imposait d'en terminer l'écriture avant les fêtes de fin d'année. C'est fait...ouf! Nous vous en reparlerons d'ici quelques jours.
Et puis déjà, les préparatifs de l'été 2010. Au programme les îles Öland, l'archipel de Stockholm, le canal de Göta, Göteborg, les îles Shetlands, les îles Féroés et l'Islande. Sans compter les plaisirs familiaux, les amis... l'ennui ne nous guette pas.
On en reparle tout soudain.
Pour l'heure nous nous contentons de vous souhaiter le meilleur pour 2010.
Cette fois-ci c’est bien terminé, nous sommes à Turku, lieu d’hivernage pour Chamade.
C’est ici que nous avions rendez-vous avec Patrik Lundström, le nouvel agent Alubat pour la Finlande. ( www.marisail.fi )
Avec ses compères Timo Yli-Heikkila et Petteri Vairio, ils ont crée une société (Marisail) qui s’occupe de locations de voiliers mais aussi de représenter Alubat et Alliaura Marine en Finlande.
Le temps de deux sorties d’essai pour les magazines de voile finlandais « Vene » et « Venemestari », et Chamade a gagné son havre pour l’hiver.
Et c’est donc dans la marina de Satavan Venepalvelu dirigée par Timo que Chamade a été tiré au sec par un ingénieux système de chariot hydraulique, beaucoup plus rapide à mettre en place qu’un travel-lift habituel. (Ils possèdent toutefois aussi un travel-lift pour bateau jusqu’à 100 pieds !).
Intéressant de constater que l’antifouling (Trilux 33 pro blanc) est propre, malgré le fait qu’il date de début 2008. Manifestement les eaux très froides sont peu salissantes et le passage en eau douce a encore facilité les choses.
La marina est très grande, et comme en hiver tous les bateaux sont sortis de l’eau (rappelons que la Baltique gèle à cet endroit durant l’hiver), la zone de terre-plein et de hangars est immense. Une grande partie des bateaux, surtout les gros yacht à moteur, passent l’hiver dans ces immenses hangars, où les équipes de Timo assurent leur maintenance.
Chamade est donc entre de bonnes mains, il peut entrer en hibernation, et nous, réaliser notre migration annuelle. Le vol pour la Suisse est prévu le dimanche 20 et la reprise du boulot le lundi 21 !
A noter que j’ai enfin eu le temps d’aller voir ce qui avait grillé dans l’éolienne durant la fameuse tempête d’avril en Norvège (vent de 135 km/h).
La réponse est simple : tout ! L’intérieur n’est plus qu’une masse noirâtre. Il faudra donc changer tout le boîtier qui contient l’alternateur.
Rappelons que les instructions du fabriquant mentionne clairement qu’il faut arrêter l’éolienne si les vents dépassent les 40 nœuds. On comprend bien pourquoi ! reste qu’en pleine tempête on commence par penser à autre chose.
L’aventure 2009 est à son terme, c’est donc le moment de vous proposer un petit bilan de ce périple des trois mers.
D’abord pour dire le plaisir que nous avons eu à découvrir cette partie très sauvage et isolée de la Russie.
Nous y avons rencontré des gens remarquables, ouverts et chaleureux. La présence à bord de notre interprète a considérablement facilité les choses. C’est même une aide indispensable, les anglophones sont rares.
Partout l’accueil fut chaleureux. Partout, tout fut fait pour nous aider et les petits yacht-clubs locaux nous ont réservé un accueil de roi. Pas de problème de sécurité, ni avec le bateau, ni à terre.
Côté autorités, pour la partie maritime, pas de problème. C’est long, très formel mais cordial.
Côté voies navigables intérieures c’est beaucoup plus difficile : Pilote obligatoire à bord (à nourrir et à loger) mais peu au fait des spécificités d’un voilier. Et beaucoup de blocages et d’obstruction de la part de l’autorité du Volgo-Baltisky Kanal, qui manifestement ne souhaite pas le passage de voilier étranger. Ce fut par moment pénible et énervant mais cela n’a pas réussi à gâcher notre plaisir durant cette traversée inoubliable.
(Voir le chapitre FORMALITES ci-dessous)
Côté paysage, c’est juste magnifique entre la toundra du Grand nord, la taïga, les forêts et les lacs de Carélie.
Côté histoire et culture: les sites des Solvetsky et de Kiji sont exceptionnellement riches.
NAVIGATION :
Mer de Barents :
Fidèle à sa réputation, difficile, froide (4° en juin) et capricieuse. Beaucoup de temps gris, de brouillard, mais aussi du soleil.
Le temps change vite et une fois le cap Nord passé, les dépressions se succèdent régulièrement. Nous avons eu soit du tout petit temps, soit 25 à 35 nœuds établis.
Les prévisions météos sont fiables mais à court terme seulement. (48 heures maxi, après c’est juste une vague tendance). Les fichiers Grib du modèle GFS sont bons. Nous les prenions soit par internet sur U-grib ( portable GSM en modem pour la Norvège, Modem clef USB 3G c/o Megafon en Russie), soit par e-mail via Iridium dans les zones non couvertes.
Mer Blanche :
Mer intérieure encore plus capricieuse. Ressemble un peu à la Méditerranée, avec ses longs calmes, mais aussi ses coups de vents soudains. Fichiers Grib GFS bons à 48 heures. Le navtex d’Arkhangelsk ne donne qu’un bulletin très restreint.
Lacs russes :
Immenses, doivent être considérés comme des petites mers. Vagues de 3m en cas de coup de vent. Mais météo assez stable et vents faibles à modérés en juillet et début août. Les gribs GFS toujours bons à 48 heures.
Mer Baltique :
Territoire plus connu. Vents d’ouest dominant en août-septembre, mais navigation en eaux protégées la plupart du temps sur la côte de Finlande. Très bonne couverture météo.
Au final, une navigation exposée en mer de Barents, plus facile ensuite, que nous aurons effectuée au 3/5ème au moteur (calme, canaux et lacs intérieurs). Beaucoup de moteur, 400 heures au total cette année.
Cartes et balisage :
Nous avons utilisé cette année Maxsea avec les cartes C-Map, seules à couvrir le nord-ouest de la Russie et les lacs intérieurs.
C-Map Wide : - Russian Federation North West et - Russian Lakes
C-Map Megawide: -North and Baltic Seas
En format c-card avec un lecteur externe associé. Fonctionne bien même si plus lentement qu’avec les cartes raster sur disque dur interne.
Très précises et fiables. Le balisage est complet en mer de Barents. En mer Blanche, plusieurs bouées indiquées sur les cartes n’étaient pas en places. Mais l’essentiel y est. Sur les lacs, le balisage correspond aux cartes. En Baltique tout est au top.
LA RUSSIE AU QUOTIDIEN :
-Avitaillement :
Aucun problème dans les grandes villes (Mourmansk, Arkhangelsk, Petrozavodsk). On y trouve des supermarchés gigantesques où l’on trouve tout (et même plus!)
Dans les petites villes et villages, c’est plus limité :
Choux, patates, carottes sont toujours disponibles. Pour les salades on trouve presque toujours du chou chinois. Tomates et courgettes sont parfois disponibles.
Viandes et volailles sont toujours congelés. Volaille partout. Le boeuf est en bloc de 1ère, 2ème ou 3ème catégorie. Tout juste valable pour faire du ragoût. Le porc en énormes tranches ou en côtelettes est de bonne qualité.
-Eau :
Partout on déconseille de boire l’eau du robinet sans la faire bouillir. Sur Chamade on utilisait l’eau des réservoirs pour les boissons chaudes et de l’eau minérale pour la boisson.
A noter qu’il est souvent difficile de faire de l’eau. Pas de robinet accessible sur les quais. Il faut utiliser des bidons (Arkhangelsk et Solovetsky). A Mourmansk et Petrozavodsk nous avons dû faire livrer des bonbonnes d’eau minérale (30cts le litre, ça met le plein à 100frs (65€) !) Sur le lac Onega, très propre et peu peuplé, nous avons fait le plein au milieu. Considérée comme potable par les autochtones, nous l’avons fait bouillir tout de même pour la boire.
Diesel :
En jerrycan à Mourmansk et Arkhangelsk. Par camion à Petrozavodsk. A la pompe à St Pétersbourg. Bon marché : 60ct le litre (40ct d’euro) et partout d’excellente qualité.
FORMALITES :
Rappelons que la navigation sur les eaux intérieures de la Russie est interdite aux navires étrangers. (Loi renouvelée et renforcée en 2005). Nous avons obtenu une autorisation exceptionnelle sous la forme d’un décret gouvernemental signé par le Premier Ministre Vladimir Poutine, et cela au terme de 14 mois de démarches. Grâce aussi à notre réseau mais aussi au projet humanitaire particulier de Chamade (promotion du don d’organe). Au vu des expériences faites, nous avons l’impression que cela n’est pas près de changer, et que les autorités du Belomorsko-Baltisky Kanal et celles du Volgo-Baltiski Kanal font tout pour décourager toute évolution. C’est vraiment dommage. Mais cela dit, on peut envisager tout de même d’aller en Russie, soit à St Petersbourg (désormais classique) soit à Mourmansk et en Mer Blanche. C’est un long voyage aller-retour, mais cela en vaut la peine.
Voici donc un bref aperçu des formalités nécessaires à un voyage en Mer de Barents, Mer Blanche et/ou St Petersbourg :
Visa :
Il faut un visa personnel pour les personnes à bord et une invitation d’un yacht-club habilité pour le bateau (correspond à la fameuse invitation fournie par les agences ou les hôtels russes pour les voyages terrestres).
Pour St Petersbourg, il faut passer par Vladimir Ivankiv qui s’occupera de tout. Vladimir@sailrussia.spb.ru
Pour le nord, il faut obtenir une invitation du Yacht-club d’Arkhangeslk. Si son président Petr Petrovitch Koksharov ( kpp09@atknet.ru ) est prêt à la fournir, il faut encore qu’elle soit validée par les autorités. C’est à vérifier. Là encore Vladimir Ivankiv à St Petersbourg est prêt à vous aider et à assurer le contact avec Arkhangeslk. Annoncer vouloir participer aux régates des Solovetsky pourrait faciliter les choses.
Une fois le visa obtenu, il vous faudra dans chaque port un agent qui assurera la liaison et les formalités. Il devra notamment donner votre ETA 24h, 12h et 2h avant votre entrée dans les eaux russes.
Pour St Petersbourg, c’est Vladimir Ivankiv qui s’en charge. Vladimir@sailrussia.spb.ru
Pour Mourmansk : contacter Dmitry Stolbov c/o MARP agency@marp.biz
Pour Archangelsk: Contacter Oleg Kuchin chez Boreal Shipping agency@boreal.ru
(Tous les 3 parlent anglais)
Ports :
Mourmansk : Ponton flottant des remorqueurs (pier 22) Peu agréable. Gratuit
Arkhangelsk : Club nautique. En plein centre. Gratuit.
St Petersbourg : Marina du Central River YC, seule habilitée à vous recevoir nous a fait payer 20€ par jour (douche, eau et électricité compris). Trolleybus n°7 à 300 mètres, va directement au centre (Perspective Nevsky)
Dernière alternative :
Participer aux régates de l’Onega, à Petrozavodsk. Nous y avons vu un voilier finlandais amené sur remorque depuis la Finlande. Cela leur a permis de naviguer librement (sans pilote) sur le lac Onega, et d’aller notamment aux îles Kiji (ce que nous n’avons pas pu faire !)
Pour les régates de l’Onega (début août chaque année) contacter Slava Rymashevsky (anglophone) rymashevsky@sampo.ru
2009 : Bref bilan bateau
Peu de problème à signaler cette année. Chamade se porte toujours bien. Tant mieux.
Seuls soucis les balcons pliés lors de la tempête d’Arnöya en avril, mais changés de suite en Norvège, et la jauge de température du moteur qui provoquait des alarmes intempestives suite à un mauvais contact intérieur. Dans les deux cas merci à l’aide efficace et rapide du chantier Alubat pour l’envoi des pièces nécessaires.
Pour le reste, ça baigne ! Et malgré près de 9000 milles en conditions sévères le bateau apparaît toujours comme neuf, ou presque… à l’extérieur comme à l’intérieur.
Une nouveauté : nous avons fait l’acquisition d’une manivelle de winch électrique Magicwinch. Elle fonctionne parfaitement mais elle ne sert à rien !
La motivation de cet achat est le fait que les manœuvres de grand voile (étarquage et prise de ris) demande pas mal de force sur Chamade. Les winchs de roof (Lewmar 28) sont un peu juste, et par conséquent Sylvie aussi !
Mais la Magicwinch n’a pas plus de force qu’elle et bien moins que moi ! Bref ça ne sert à rien. C’est un gros paquet d’euros gaspillé. On aurait mieux fait de mettre un winch plus gros, ce qu’on prévoit désormais de faire prochainement. Au minimum un 40, et pourquoi pas un 44, histoire d’anticiper sur l’arthrose qui nous guette !
Pour le reste, le bilan est le même qu’après l’expédition 2008 au Spitsberg. Le bateau est agréable, performant et rassurant. Le chauffage toujours aussi efficace (nous l’avons vu ce printemps par des nuits à -10°).
Bref même contre 2 barils, on n’échange pas notre baril d’Ovni !
Quand je vous disais que les Finlandais sont accueillants ! Prenez, au hasard, Monica et Shaka.
Monica est une amie de notre copine Liisa (avec 2 i) et Shaka, c’est son chien dalmatien (avec un seul k puisqu’il appartient comme sa maîtresse à la minorité suédoise de Finlande). Ils vivent seuls, tous les deux, près de Barösund (non je ne vous dirai pas comment ça s’appelle en finnois !), dans une jolie maison de bois au bord d’un étroit goulet entre deux îles de la Baltique. Nous nous sommes amarrés à son ponton où le facteur vient chaque matin en bateau, distribuer le courrier.
Petite collation à notre arrivée vers 15 heures, avec jambon, Piirakka, - ces petites galettes caréliennes au riz que nous avions déjà goûté en Carélie russe - et Munavoi , c’est à des œufs durs mélangés avec du beurre et de l’aneth, à étaler sur du pain de seigle un peu doux. Une heure de relaxation à l’étuvée dans le sauna, en fin d’après-midi, puis quelques échanges intellectuels avec Shaka qui sait se montrer à la hauteur.
C’est très cosy, chez Monica. De la cuisine, elle nous raconte Barösund, sa maison l’hiver, quand la mer est gelée, la beauté feutrée du paysage. On s’y croirait. La nuit tombe sur une ambiance du genre « dîner de Babette ». A table! On va sacrifier, en bavette traditionnelle, au cérémonial du Rapu. Une spécialité d’écrevisse finlandaise.
Avant d’avaler chacune de ces succulentes bestioles, on chante, en suédois dans le texte, et l’on porte un toast d’aquavit à l’amitié et au partage. On continue sur la lancée avec différentes sortes de poissons fumés- selon différentes méthodes - des pommes de terre et l’on achève avec une tarte aux myrtilles qui tapissent actuellement les forêts.
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Fameuse découverte de l’hospitalité et de la gastronomie finlandaise, à laquelle nous ajouterons les pommes de terres sur un lit de chanterelles à la crème et à l’aneth (toujours et partout) les pommes de terre nappées de hareng à la moutarde douce, le sikka (ferra) fumé au feu de bois et les petits pois crus.
Avec tout ça, l’idée de repasser quelques jours en Finlande, l’année prochaine, de revoir Monica et Shaka et d’aller nous faire suer à l’intérieur des terres, dans les saunas des lacs, ne nous fait pas peur du tout. La preuve j’ai appris un mot de plus :Pikaisin näkemiin (à bientôt)
160 km de Baltique séparent Saint –Pétersbourg de la petite île finlandaise de Haapasaari.
Il nous a fallu moins de 36 heures de traversée pour changer de planète.
En Russie, nous avions dû apprendre à déchiffrer l’alphabet cyrillique. Mais phonétiquement, nous pouvions capter quelques mots ressemblant aux nôtres. En Finlande on peut lire mais ça nous fait une belle jambe. On ne comprend rien. Mais vraiment rien de rien. Sauf qu’il faut rajouter des doubles lettres un peu partout (en finnois, pas en suédois qui est la deuxième langue officielle ce qui ajoute encore à la confusion de nos neurones). Enfin, j’ai tout de même pu étoffer mon vocabulaire finnois (j’ai failli écrire chinois) d’un vocable: je savais déjà dire kippis (santé) et j’ai appris à dire kittos (merci). C’est vrai que les Finlandais ne vous incitent pas à faire le moindre effort pour apprendre leur langue. Ils parlent tous parfaitement l’anglais. Ce sont donc des êtres tout à fait communicants.
Bon d’accord il y a un peu de friture sur la ligne lorsqu’ils évoquent l’histoire de leur pays. Un brin nationalistes, ils idéalisent la domination suédoise par rapport à la domination russe. Et par conséquent, ils zappent facilement sur certaines périodes et leur histoire et certaines alliances inavouables, notamment durant la deuxième guerre mondiale. A part ça, ce sont des gens chaleureux et très liants – comme les Russes - . Ils engagent facilement la conversation, et vous accueillent avec une cordialité toute empreinte de simplicité. Ils adorent naviguer à la belle saison. Ils passent leur week-end dans leurs cockpits, amarrés dans des petites îles super aménagées pour les loisirs ou dans le port d’Helsinki à chanter et à boire ou à boire sans chanter, l’inverse étant plus rare.
D’abord un peu austère, Helsinki se révèle une ville très vivante où règne une atmosphère bon enfant, entre une église orthodoxe imposante, une église luthérienne imposante, la place du marché, les marchés couverts, H&M, des centres commerciaux très animés, des musées, des trams et des rues où il fait bon flâner (quand il ne fait pas – 10 degrés). Même topo à Turku, -Abo en suédois-, l’ancienne capitale de la Finlande. L’Eglise orthodoxe imposante et les trams en moins, mais un joli canal plein de bateaux –bistrots.
Dans un souci d’économies très louable, Turku s’est fait une spécialité de tout recycler en restos ou en bistrots : une banque, une école, une pharmacie et même les WC publics. Et chose curieuse, la clientèle semble avoir le profil de l’ancien établissement. Comme si les banquiers et les traders continuaient à fréquenter leur banque, les profs leur école, les souffreteux, la pharmacie. Alors que les anciens WC attirent sans distinction, tous les citoyens, qui ont un besoin pressant de remplir leur vessie.
Jeter un œil sur une carte marine de la côte finlandaise, c’est juste se perdre dans un fouillis, un inextricable enchevêtrement d’îlots, de cailloux, de balises, de feux, d’alignements et j’en passe. Il y en a des milliers… des dizaines de milliers… Un vrai champ de mines à hérisser les cheveux du capitaine.
Mais il y a aussi des « fairways », des passages conseillés et balisés. Très bien balisés, en latéral comme en cardinal. Des milliers de bouées et de « crayons de couleur » : des rouges, des verts et des noires-jaunes. Presque trop balisés diront certains… (private joke qu’on n’éclaircira pas !)
Car en Finlande, on navigue « par défaut ». Comme il est impossible de baliser tous les cailloux, le système prévoit plutôt de baliser un certain nombre de passages entre eux. Et le choix ne manque pas, il en en a pour tous les goûts et tous les tirants d’eau.
Et pratiquement toute la côte, de la frontière russe jusqu’à Turku, permet de se glisser dans ces passages protégés de la houle du large.
Mer calme, vents réguliers, la navigation est un délice. On passe d’un chenal à l’autre, d’un îlot à l’autre. C’est le golfe du Morbihan, mais sur 300 milles.
Un vrai délice, ponctués d’innombrables mouillages et de petits ports pour « visiteurs » des « guesthamn », allant du simple ponton à la petite marina avec douche, machine à laver et toujours le sauna (prononcez sa-ô-na).
Même à Helsinki où vous vous amarrez en plein centre ville, au pied de la cathédrale orthodoxe, à quelques mètres du marché.
Rien de tel que de terminer la journée par une petite séance de sauna, avant de déguster l’une des innombrables versions de poissons fumés (harengs, saumons ou corégones) que préparent les Finlandais. Merci à Liisa (notre amie finlandaise exilée à Rome, mais revenue au pays pour quelques jours) de nous en avoir fait découvrir les subtilités)
Une fin de saison avec un petit air de vacances, d’autant plus agréable qu’ici fin août l'été est terminé. Et pourtant Stéphane et Marine qui nous ont accompagnés de St Petersbourg à Helsinki auront pu encore profiter de la baignade… forcément revigorante en Mer Baltique
Reste à savourer les derniers milles…
Une idée : Et pourquoi pas louer un voilier en Finlande ?
C’est faisable à Turku c/o Marisail.
Ils louent des Sun Odyssey et des Feeling neufs (1000 à 2000 euros la semaine).
Avec au programme l’archipel de Turku ou celui d’Öland. Fabuleux !
Contacter Patrik Lundström: www.marisail.fi
Jeudi 20 août, après une semaine de dépressions continuelles sur le golfe de Finlande, avec leur lot de pluie et de vent fort d’ouest, le temps se met au beau. Ce n’est pas le moment de rater la fenêtre météo, même si l’étape risque de se faire essentiellement au moteur.
On quitte donc le Central River Yacht Club et son confort (20 euros/jour) pour faire un dernier crochet de 9 milles pour rejoindre le terminal passager du port de St Petersbourg, lieu de passage obligatoire pour une dernière dose de formalités.
Douanes, puis immigration, toujours des papiers, encore des papiers, à se demander où ils peuvent bien classer tous ces papiers. Le tout prend un peu plus d’une heure et finalement la préposée à l’immigration me raccompagne jusqu’au bateau pour une dernier contrôle de l’équipage. Tout est manifestement en ordre, elle me rappelle encore que je devrai nous signaler par VHF en passant devant Kronstadt et nous larguons les amarres.
2 heures de moteur le long du chenal principal et nous nous glissons dans la passe de Kronstadt, longtemps forteresse stratégique commandant l’accès à St Petersbourg, longtemps aussi ville fermée aux étrangers, mais qui, vu son port pratiquement vide, semblent avoir bien perdu de sa grandeur et de son importance.
Reste que le trafic est très intense puisque tous les navires se rendant à St Petersbourg doivent se glisser dans l’étroite et seule ouverture de cette immense digue qui ferme toute la baie.
Et la traversée se poursuit au moteur alors que la nuit tombe lentement sur la Baltique. Nous restons sur le bord du chenal balisé afin d’éviter les innombrables cargos qui se succèdent.
Au petit matin nous franchissons la frontière entre la Russie et la Finlande.
Nous ne sommes plus qu’à 8 milles d’Haapasaari, petite île où nous ferons notre entrée officielle dans l’Union Européenne. Et comme conseillé, nous appelons par VHF la station des gardes-côtes qui nous suit depuis déjà un bon moment au radar. Accueil d’une sobriété tout militaire, on nous indique qu’il faudra attendre 8h du matin pour procéder aux formalités, mais qu’on peut sans autre aborder au quai des douanes situés dans une minuscule baie à l’ouest de l’île.
La lumière de l’aube est magnifique, les îlots de granit couverts de sapins se reflètent dans l’eau : d’un seul coup nous avons changé de paysage… bienvenue dans la myriade d’îlots qui parsèment la côte finlandaise. Le programme paraît tout de suite alléchant.
A 8 heures précise le garde-frontière est là: contrôle des passeports, des papiers du bateau. Cela prend au moins 3 minutes… On vient de changer de monde !
L’aventure russe s’est terminée en quittant Saint Petersbourg, nous laissant un grand vide.
Comme un signal aussi pour tirer un coup de chapeau à celles sans qui l’aventure n’aurait pas été possible : ELLES, nos interprètes, et désormais bien plus que « des interprètes ».
Tatiana Shamova :
C’est d’abord un solide appétit : Tatiana ne laisse rien au fond des plats. Elle se jette sur tout ce qui se mange avec un plaisir gourmand, elle apprécie, elle dévore : et pas seulement ce qu’il y a sur la table… la vie aussi elle la dévore, avec un appétit qui semble insatiable.
En plus elle vous donne des complexes… Non seulement elle parle parfaitement le français, mais aussi parfaitement l’anglais, et même le norvégien résultat d’un séjour d’un mois à Oslo suite à l’obtention d’une bourse pour un stage d’étude estival. Et dire que nous avons passé au total près d’une année en Norvège, sans pour autant maîtriser l’idiome local.
Tatiana est née à Mourmansk, il y a 23 ans. Ville de l’extrême nord russe où elle a fait ses études à la faculté des langues étrangères, spécialité en français. La voilà aujourd’hui enseignante dans cette même université, mais aussi étudiante à l’académie maritime. Et c’est surtout la championne des bourses : Bourse norvégienne pour un stage d’été, bourse française avec invitation cette fin août au Festival de photo-journalisme de Perpignan, et surtout lauréate russe de la Fondation Ford, qui lui permettra de suivre l’an prochain une année de cours en droit maritime dans une université européenne (c’est celle de Southampton qui l’attire le plus).
Et quand Tatiana vous ouvre son album de souvenir, vous vous demandez si c’est celui d’une vie antérieure. A 23 ans elle a déjà eu l’occasion de découvrir la France, mais aussi la Norvège, l’Italie, la Hollande, la Bulgarie, sans oublier les vacances en Sibérie chez ses grands-parents maternels et les étés sur la Mer Noire, à Sotchi, comme monitrice de colonies de vacances. L’été dernier elle accompagnait des groupes de touristes anglophones sur le « Polaris », un navire d’expédition russe en croisière au Spitsberg et dans la Terre de François-Joseph. Et l’hiver prochain elle compte bien être hôtesse sur un paquebot croisant dans les Antilles en attendant son entrée à l’université de Southampton.
Mais rappelez-vous bien que Tatiana est Russe et fière de l’être. Fière de son pays, même si nos démêlés avec l’administration locale la laissaient rouge de honte et noire de colère. Mais n’allez pas critiquer son pays, ou snober son administration : pas de cris, mais juste un silence impitoyable ou presque méprisant : au mieux vous ne savez pas ou plutôt vous n’avez rien compris. De quoi mettre de l’ambiance parfois…
Reste que ses explications nous aurons souvent ouvert les yeux, que ses traductions nous aurons été indispensables, que les rencontres de Mourmansk et de Petrozavodsk qu’elle a organisées ont été une réussite et que sept semaines durant, elle a su nous supporter avec patience et bonhomie… (l’inverse est aussi vrai d’ailleurs). Pas le moindre des défis…
MERCI TATIANA.
P.S : Tatiana fut notre interprète une semaine durant à Mourmansk, puis 6 semaines consécutives entre les îles Solovki et Saint Petersbourg.
Olga Ovsyannikova
Olga c’est d’abord un rire… un rire joyeux, gai, communicatif… Léger, frais… un rire qui suffit à vous mettre de bonne humeur pour le reste de la journée.
Comme toute jeune femme russe qui se respecte, Olga s’état mise sur son 31 pour nous recevoir à Arkhangelsk. 31 cm, évidemment, puisqu’elle avait mis ses plus beaux talons. Pas le plus facile pour grimper à bord d’un « yacht ». Allez savoir pourquoi, le lendemain elle était en baskets !
Olga est étudiante en français, à la faculté des langues étrangères d’Arkhangelsk. « Notre meilleure élève » m’avait indiqué sa professeure lorsque nous préparions cette escale. Et c’est peu dire. Olga parle le français sans accent, avec juste ce petit chantonnement qui la rend irrésistible. « Normal… on a fait 6mois de phonétique pour commencer » dit-elle. Normal ? Admettons !
Olga vient de Belomore (Mer Blanche), un petit village qui n’est pourtant pas au bord de la Mer Blanche, allez comprendre pourquoi. Sa mère travaille là-bas dans un home médicalisé, et Olga, qui a dû prendre une chambre à Arkhangelsk pour y suivre ses études, aime y retourner le plus souvent possible. Car elle aime la campagne et n’aime pas l’eau… en tout cas pas être sur l’eau.
Mais pour nous, pas d’importance puisque c’est bien à terre qu’elle s’est démenée pour faciliter notre séjour à Arkhangelsk. Ravitaillement, transport, visite… tout était toujours réglé en quelques minutes. Même la blanchisserie, pas facile à dénicher, où elle a dû prendre le fil et l’aiguille pour coudre sur chaque pièce à laver une petite étiquette portant un numéro de code.
Olga qui a découvert par la même occasion toute la problématique de la transplantation en Russie, se passionnant pour le sujet tout en illuminant les rencontres entre greffés de sa bonne humeur et de son rire… Ah son rire !!!
MERCI OLGA
Irina Gradova
« Ne m’appelez surtout pas Madame Gradova, mais simplement Irina ! » A notre deuxième mail de préparatif l’hiver dernier, Irina donnait déjà le ton de notre relation.
Et pourtant, je correspondais avec « Madame Gradova, professeure de français à la faculté des langues étrangères d’Arkhangelsk », un contact trouvé sur internet.
Une professeure, une université russe… tout cela faisait solennel. Je l’imaginais (bonjour les clichés !) dans un tailleur strict, avec un regard sévère. Comment alors l’appeler Irina ?
Mais alors la question n’était pas là. La question, c’était de trouver et d’engager une étudiante pour nous servir d’interprète à Arkhangelsk, et de tenter de nous mettre en contact avec les autorités médicales pour organiser une rencontre entre greffés suisses et russes. Pas simple comme nous l’avons déjà raconté dans ce blog. Et, à vrai dire, aux premiers renseignements, cela semblait bien compromis. Mais c’était mal connaître Madame Gradova, pardon, Irina !
Avec l’incroyable énergie qui la caractérise, Irina a fini par convaincre les autorités médicales locales, par trouver Anna, la militante de l’association « Le droit de vivre » et par mettre sur pied une rencontre merveilleuse et enrichissante pour tous.
Lorsque enfin nous nous sommes rencontrés sur le quai du petit club nautique d’Arkhangelsk, au moment des présentations je l’ai appelé une dernière fois « Madame Gradova »… (« Ne m’appelez pas Madame Gradova, mais juste Irina ! »). Après, ce ne fut plus du tout difficile, tant sa chaleur, sa vivacité, son entrain (sans parler de son look moderne !!) ont crée immédiatement un rapport d’amitié qui n’est pas prêt de s’effacer.
Irina vient chaque année à Mulhouse pour y enseigner le russe durant quelques semaines dans le cadre d’un échange universitaire, et comme la Suisse pas bien loin, nous espérons bien lui rendre son fantastique accueil.
MERCI IRINA
Irina Shkarina
Et l’aventure n’aurait pas été possible sans une autre Irina, bien lointaine du Grand Nord de la Russie.
Irina Shkarina, notre amie russe de Tashkent, en Ouzbékistan. Irina rencontrée en reportage en 2001, juste après le 11 septembre. Irina, ancienne championne de français d’Ouzbékistan à l’époque soviétique, devenue interprète puis secrétaire à l’ambassade suisse de Tashkent.
Interprète émérite lors des visites d’Anton Cottier alors président du Conseil National, et de Joseph Deiss, conseiller fédéral. Irina venue nous rendre visite à 2 reprises en Suisse.
C’est elle qui grâce au miracle d’internet, s’est occupée de traduire en russe tous les documents préparatoires pour le voyage de Chamade en Russie. Qu’un nouveau document en russe soit demandé, et 24 heures plus tard, nous l’avions en pièce jointe. Une aide plus que précieuse, mais aussi un vrai témoignage d’amitié.
MERCI IRINA
Les femmes russes sont des tortionnaires. Elles n’ont aucune pitié pour leurs pieds. Elles leur infligent quotidiennement un traitement inhumain. Juchées du soir au matin, en équilibre instable à 10 cm du sol (voir plus pour les plus cruelles), elles ont inventé le supplice du talon tout terrain et en toutes circonstances.
J’en ai vu disloquer impunément leurs chevilles sur le ballast de la voie ferrée de Mourmansk, écarteler leurs phalanges en vissant leur talon aiguille dans la plage de sable d’Arkhangelsk, émietter leur astragale sur des chemins pierreux de l’île Solovetsky ou encore torsader leurs ligaments dans les parcs de Petrozavodsk. Rien ne les arrête, ni la gadoue, ni les hautes herbes, ni les pavés, trous, les planches humides des pontons d’amarrage. Ni même le cockpit de Chamade.
Mais pourquoi diable les femmes russes sont-elle aussi podophobes ? Masochisme ? Old Fashion victimisme ? Complexe d’infériorité ? Volonté de domination ? Exorcisme du vertige ? Pour Tatiana (qui ne met jamais de talon) c’est une simple question de statistique :
Il y a 10 femmes pour huit hommes en Russie. Et pour ne pas rester en rade, elles ne reculent devant rien pour titiller les fantasmes masculins. Lesquels en Russie, se nichent dans le pied galbé de la gent féminine, comme Pouchkine en a beaucoup témoigné. A chacun son talon d’Achille. Pour Maxim, c’est davantage une question de dignité. Le talon fut l’arme avec laquelle les femmes russes ont résisté à la prolétarisation forcée de leur féminité.
Des explications qui valent ce qu’elles valent. Mais toujours est-il qu’aujourd’hui encore, quelle que soient le lieu, l’heure, la circonstance, la taille que l’on a, la tenue que l'on porte, la couleur ou la forme de la chaussure, il faut exhiber un pied (archi)cambré. Sans quoi on n’est pas une femme ! Du moins pas une vraie. L’élégance, la séduction, tout ce qui fait la féminité (à défaut de féminisme) se mesure à la hauteur du talon. Il y en a qui le portent avec la finesse et la désinvolture d’une top modèle, d’autres avec la grâce d’une patineuse à roulette débutante, mais qu’importe la démarche pourvu qu’il y ait l’ivresse de se sentir sur un piédestal et sans doute aussi de porter le panTALON.
PS. Effet de contagion à la gent masculine ? .J’ai même rencontré un grand brun avec une chaussure bleue (voir photo)
(Par Sylvie)
Je n’irai pas jusqu’à regretter Léningrad...Mais bon… Même si ce n’était pas gai gai, j’avais gardé le souvenir d’une ville imposante, drapée dans sa splendeur passée, son spleen et ses brumes automnales. Une ville mélancolique dont la magie devait beaucoup au silence et aux clairs-obscurs de ses canaux et de ses ponts. Une capitale d’Empire déchue, plus imposante que jamais au milieu de ses rues inanimées et de ses palais presque déserts.
Trente ans après, je découvre Saint-Pétersbourg, étincelante et étourdissante. Avec ses hordes de touristes, ses queues sans fin devant l’Hermitage, ses canaux encombrés de bateaux-mouches, ses attractions de Disneyland à trois roubles. Une ville en représentation permanente où les mariées à l’eau de rose posent pour le photographe devant les palais, escortée de limousines blanches et, le plus souvent, d’un mari fort marri de noyer déjà son ennui dans la bouteille de champagne qu’il trimbale avec lui..
Avec celle de son architecture parfaite, la Nevski Propspect, fait désormais miroiter la perspective de ses embouteillages, de ses restaurants fast-food chics et chers et des grandes marques qui se sont approprié les vitrines et les enseignes.
Comme au temps des Tsars, Saint-Pétersbourg fait étalage de ses richesses et de ses beautés, présentes et passées. Elle a visiblement gardé le goût du luxe de ses illustres Empereurs qui - appréciation toute personnelle à la vue des Palais et des salles fastueuses de l’Hermitage – ont donné de bonnes raisons à leur peuple de faire la révolution.
Mais la révolution ne lui a rien apporté de bon. Alors Saint-Pétersbourg réhabilite et glorifie son passé tsariste. Pierre le Grand, son fondateur, l’emporte haut la main sur Lénine qui a disparu de la circulation. Il est omniprésent sur les places, dans les gares, dans les musées. Mais aussi Catherine, Alexandra, Nicolas et les autres font figure de nouveaux people, avec qui les nouveaux Russes rivalisent pour claquer ostensiblement leur pognon – de façon sans doute moins noble et artistique - .
Au Central River Yacht Club (le seul habilité jusqu’ici à recevoir des bateaux étrangers), Chamade fait figure de Deux-Chevaux, face aux yachts à plusieurs millions de dollars qui l’entourent. On y voit chaque jour des hélicoptères se poser pour déposer des messieurs qui sont attendus par leur 4x4 ou leur Mercedes, ou qui viennent, accompagnés de créatures (pas toujours divines) en talons aiguilles, casser une graine dans le restaurant le plus cher de St-Petersbourg.
Bien sûr, au-delà de cette cité bling-bling des nouveaux tsars de l’économie, il y a la Saint- Pétersbourg de mes souvenirs qui n’a pas besoin de fard pour être grande et belle. Celle qui se promène, paisible, le long des canaux bordés de magnifiques façades. Celle prend chaque jour le métro et se presse dans les halles du marché Sennoï. Celle qui n’a pas encore été touchée par les bienfaits de l’économie de marché. Ni par ses méfaits.
S'il est un moment de ce voyage à travers la Russie dont nous nous souviendrons, c'est bien cette traversée nocturne de St-Petersbourg, entre 2h et 4h du matin, au moment où tous les ponts de la ville se lèvent pour laisser passer le trafic fluvial, coupant ainsi la ville en deux.
Un moment magique à partager...
Comment est-il Andrey ? Grand, petit, blond brun ? Je me posais tout de même la question, en arrivant à St-Pétersbourg. Andrey, jusqu’ici, c’était une voix au téléphone et une relation virtuelle, un échange de mails.
Andrey travaille à la Croix-Rouge de St-Pétersbourg et c’est lui, qui depuis le mois de février, s’est occupé d’organiser LA « rencontre russo-suisse du 12 août». Celle qui devait clore le projet Chamade 09, en mettant en contact des hôpitaux suisse et russe pour une éventuelle coopération dans le domaine de la transplantation. Eh bien, grâce à Andrey, elle a eu lieu cette rencontre, entre des représentants de la Pavlov Medical State University de St-Pétersbourg et des représentants du CHUV.
A peine amarrés dans le Yacht-Club « Central River » (le plus huppé de St-Pétersbourg mais le seul habilité à recevoir des bateaux étrangers) nous avons pris contact avec Andrey et dès le lendemain nous avons été reçus très chaleureusement par le staff de la Croix-Rouge et sa Présidente, la sémillante Tatjana Lineva. J’ai pu constater à cette occasion qu’Andrey n’était ni très grand, ni très petit, ni blond ni brun, puisqu’il a le crâne tondu, et qu’il est très sympathique.
Le 12 août, le grand jour est arrivé. En présence de la Consule de Suisse à St-Pétersbourg et des hautes autorités de la faculté de médecine de l’Université Pavlov, le Docteur Giangiorgio Tozzi, chirurgien cardiaque, spécialiste de la transplantation, a présenté les différentes méthodes (de la pompe d’assistance cardiaque à la transplantation) utilisées au CHUV, dans son domaine.
Puis Nathalie Pilon, coordinatrice du Centre romand de transplantation, a exposé le système de coordination mis en place en Suisse pour gagner en efficacité et rendre le don d’organes plus opérationnel. Une question qui a beaucoup intéressé le corps médical russe et le Doyen de la faculté, aux prises avec de grosses difficultés d’organisation au niveau national.
Le Professeur Galibin, spécialiste de la transplantation des reins, l’a expliqué : Le système russe (basé sur la présomption d’acceptation du don d’organes et non le don volontaire, comme en Suisse) s’est toujours heurté à la suspicion des citoyens et à des considérations religieuses Il est par ailleurs trop centralisé pour être efficace et pour impliquer les hôpitaux régionaux. Il manque totalement de coordination, non seulement au niveau géographique, mais aussi entre les services d’urgences et les services de transplantation. D’où les pressions qui sont faites actuellement auprès de Moscou, pour changer la loi, jugée par ailleurs trop restrictive.
Marc a ensuite présenté le projet « Chamade » qui intéressait plus particulièrement la presse, très impressionnée aussi par le témoignage de Harold. Tout le monde a été très touché par le récit de sa vie de transplanté des deux poumons et d’un rein qui lui a été donné par sa femme. Une preuve d’amour qui va droit au coeur des Russes.
Pour finir, le Doyen de la Faculté a proposé que Chamade se transforme en Arche de Noé pour que tout le monde concerné par le don d’organes et la transplantation puisse naviguer vers des horizons meilleurs.
Reste surtout à espérer que cette journée d’échange sur le thème de la transplantation pourra se prolonger par une coopération entre le CHUV et la Pavlov State Medical University.
Andrey, lui est persuadé qu’il faut foncer dans la brèche et mettre sur pied de vraies campagnes d’information sur le don d’organes, dont les Russes ne savent rien ou presque. « Lorsque quelqu’un a besoin d’une transplantation, il ne sait même pas à qui s’adresser », souligne-t-il, en espérant que la Croix-Rouge puisse jouer un rôle actif dans ce domaine.
En attendant, merci à la Croix-Rouge de St Petersbourg, à Tatjana et à Andrey qui ont œuvré sans compter à la réussite de cette rencontre. Merci aussi à Jean-Paul Périat (Président de l’Association Suisse-Russie) qui nous a mis en contact avec eux et merci à Julie qui a bénévolement assuré la traduction d’une partie des débats. Tous sont devenus des amis de « Chamade », c'est-à-dire nos amis. Et nous nageons dans la félicité.
A propos de félicité, Andrey nous a donné la définition russe du paradis : « De la nourriture chinoise, une maison anglaise, une femme russe et un salaire américain » Et l’enfer ? « De la nourriture anglaise, une maison chinoise, une femme américaine et un salaire russe ».
J’adore l’humour russe !
S’il fallait donner un conseil à ceux qui souhaitent un jour naviguer dans les eaux intérieures de la Russie, ce serait :
-Avoir à bord quelqu’un qui parle le russe et disposer d’un bon crédit téléphonique
Jamais autant que durant cette étape finale de notre traversée de la Russie par ses canaux cela n’aura été plus vrai.
Lundi 3 août, Harold, greffés des 2 poumons et d’un rein a rejoint le bord et rendez-vous a été pris avec un pilote pour une traversée du sud du lac Onega, en 2 jours. Nous pensions pouvoir musarder mais par prudence, nous vérifions le programme auprès du responsable des ponts.
Et là, surprise. Contrairement à ce qui nous avait été dit, dans un premier temps, les ponts qui devront se lever tout spécialement pour laisser passer Chamade et ses 16 mètres de tirant d’air, ne s’ouvrent pas le samedi. Il faut donc changer nos plans à la dernière minute et annoncer au pilote que naviguerons toute la nuit, sans nous arrêter.
Mardi 4 août, à 3 heures du matin, nous arrivons à Vosnesenie, à l’entrée de la rivière Svir. En ce début août il fait maintenant nuit et Vassily le pilote refuse d’aller plus loin, nous demandant de jeter l’ancre en bordure du chenal d’accès. Etrange décision, car le chenal est très étroit et, 2 heures durant, les barges pétrolières vont nous raser à quelques mètres, provoquant quelques frissons…
A 5 heures le jour se lève et nous gagnons un quai en bois à moitié écroulé pour procéder au changement volant de pilote, puisque nous changeons de zone. Au revoir le Belomorsk-Baltiskiy Kanal, nous entrons dans le Volga-Baltiskiy Kanal qui nous conduira jusqu’à St Petersbourg, et c’est donc Nicolaï qui rejoint le bord.
Changement d’ambiance aussi, puisque nous rejoignons l’une des voies fluviales les plus fréquentées de Russie, celle qui relie la mer Baltique à la Volga. Elle est empruntée chaque jour par des dizaines de navires fluviaux, la plupart des pétroliers qui amènent à St Petersbourg le pétrole russe destiné à l’exportation.
Sur le parcours nous passerons 2 gigantesques écluses et 4 ponts qui dominent la rivière de 14m50, juste pas assez pour Chamade. Ils devront donc s’ouvrir à des moments fixés d’avance, nous obligeant à tenir un horaire très précis.
Et pour simplifier les choses nous dépendons aussi bien des responsables des écluses que de celui des ponts. Chacun agit sans aucune coordination, nous obligeant à des chassés croisés téléphoniques permanents. Et il n’y a rien à attendre du pilote qui s’est juste contenté de nous demander si on avait bien réservé les ouvertures des ponts. Le reste… il s’en tamponne... c’est le moins que l’on puisse dire.
Mercredi 5 août, de bonne heure on est à l’entrée de l’écluse de Podporozhie, mais on nous demande d’attendre. Nous ne sommes pas prioritaire. Le pilote, passif répercute l’ordre.» Il faut attendre… » Et tant pis si on va rater l’heure du pont qui se trouve juste 3 milles en aval. C’est notre interprète Tatiana qui prend les choses et le téléphone en main … Finalement ça marche et nous pouvons passer cette écluse gigantesque de 220 mètres de long et 15 mètres de dénivellation.
Mais une demi-heure plus tard, nous voilà bloqués devant le pont. « Attendez », c’est la seule réponse qu’on obtient par VHF.
Finalement avec une heure de retard, le pont se lève et on monte les tours pour rattraper le retard. Heureusement que le courant de la rivière nous aide (il fait ici près de 3 nœuds).
Et c’est à près de 10 nœuds sur le fond qu’on file vers la deuxième écluse et le deuxième pont. On commence à se détendre un peu quand le téléphone sonne… C’est Vladimir Ivankiv, notre agent de St Petersbourg qui gère les contacts avec l’administration du canal. « Hello Marc, bad news… j’ai reçu la facture pour le passage… ce n’est pas 1000 dollars comme annoncé mais 3000 ! »
Sur le moment, on ne s’inquiète pas trop, ça ressemble à ce qui nous est arrivé à l’entrée du canal du Belomorsk. On se dit que moyennant quelques coups de fil, Vladimir va arranger cela. On passe une nouvelle nuit à l’entrée du lac Ladoga.
Jeudi 6 août, on entame les 80 milles de la traversée du sud du lac Ladoga, le plus grand d’Europe (32 fois la taille du Léman !). Superbe traversée à la voile, au largue par 15 nœuds de vent. On tient l’horaire, tout baigne ! Même si les téléphones avec Vladimir et Moscou se multiplient, sans pour autant obtenir de réponses claires sur l’affaire de la facture.
Vendredi 7 août, comme prévu à 10h10 précises, on franchit le premier pont sur la Neva. Il s’est levé à la minute… il est vrai que le trafic routier qui le franchit est intense et que les 15 minutes nécessaires à la manœuvre suffisent à créer un joli bouchon !
On se détend, tout va bien… quand soudain le téléphone sonne à nouveau… C’est Vladimir. Impossible pour lui de trouver un arrangement avec les autorités du canal… c’est 3000 dollars et rien d’autre. Et ces mêmes autorités fixent maintenant un ultimatum… « Où vous payez d’ici 2 heures ou vous resterez bloqués plusieurs jours dans la Neva ».
Pour nous qui sommes attendus à St Petersbourg pour le Forum sur la Transplantation, organisé à l’occasion du passage de Chamade dans la ville, c’est une quasi prise en otage.
Mais que faire ? S’énerver ne sert à rien. De plus nous sommes au milieu de la rivière, et Vladimir plus qu’ennuyé me dit qu’il ne dispose pas d’une pareille somme. Mais l’homme a de la ressource. En moins de deux heures il réussit à collecter auprès de ses amis le montant nécessaire et à courir à la banque pour effectuer le versement. L’autorisation de passage est donnée, il ne reste plus qu’à attendre 2 heures du matin pour entamer la dernière partie du voyage, le passage sous les 8 ponts de la ville qui s’ouvrent chaque nuit entre 2 et 4h pour laisser passer tout le trafic fluvial.
Nicolaï, qui n’a jamais vu un voilier de sa vie, nous demande alors de nous amarrer à couple d’un pétrolier. Mais il y a plus de 2 nœuds de courant et les vagues des innombrables bateaux qui passent. C’est non seulement intenable mais dangereux pour le bateau. Cette fois-ci pas question d’obéir et nous repartons d’autorité pour jeter l’ancre un peu plus loin, peu importe si ce n’est pas « comme dans le règlement ».
Et le téléphone sonne à nouveau ! Cette fois-ci, c’est pour tenter de déterminer qui va nous piloter pour le passage des ponts. Nicolaï n’est qu’un pilote de transit, et nous devrions embarquer un nouveau pilote, spécialiste des ponts de la ville. Mais nous sommes au mouillage. Donc Nicolaï qui a déjà son petit sac tout prêt ne peut débarquer, et l’autre pilote ne peut embarquer ! Le téléphone chauffe… Finalement ordre est donné à Nicolaï de nous piloter durant la nuit. On regarde ensemble les cartes, je lui indique la marina où nous sommes attendus. « Non, dit Nicolaï, moi je vous conduis au port de commerce ».
Ca commence à me chauffer les oreilles ! Re-téléphone, re-palabres, et finalement nouvel ordre à Nicolaï de nous guider jusqu’au dernier pont où un nouveau pilote (!) devrait nous guider pour les 2 derniers milles jusqu’à la marina. Puis nouveau contrordre, pas de changement de pilote, Nicolaï doit rester à bord, mais une pilotine viendra nous guider pour ce dernier passage.
Ouf !… ça semble enfin au point… et à 2 heures du matin, on peut se lancer dans cette dernière traversée, absolument magique, de la ville de St Petersbourg, glissant sous les ponts, le longs des quais et des palais, saluant la forteresse de Pierre-et-Paul, pour finalement sous le coup de 4h et demi du matin, amarrer Chamade au ponton de la marina du Central River Yacht Club.
Tatiana, notre interprète est mi-épuisée mi-excédée, elle a honte pour son pays, nous aussi… bonne nuit !
Post-scriptum :
A ce jour l’affaire n’est pas close et via nos contacts en Suisse et à Moscou nous espérons bien arriver à un arrangement et à une tarification plus réaliste, puisque, apparemment on nous a appliqué le tarif pour navire de commerce, faute de disposer d’un tarif pour voilier. Les voiliers russes, eux, n’ont pas besoin de pilote et donc ne paient qu’une taxe très faible. L’essentiel des 3000 dollars demandés concerne les frais de pilotage. Plus de 20'000 roubles par jour, l’équivalent d’un salaire mensuel moyen en Russie !
Re-post-scriptum :
Mais comment, me direz-vous, cela peut-il vous arriver, alors que vous avez une autorisation signée par Vladimir Poutine ? Un élément de réponse en clin d’œil, avec ce « joke » qu’on m’a raconté juste après notre arrivée à St Petersbourg.
C’est Vladimir Poutine qui reçoit en cadeau de Barack Obama une pièce d’étoffe de luxe pour se faire faire un costume. Il se rend alors chez les tailleurs du Kremlin qui lui disent : « Oh, c’est impossible, pour un grand homme comme vous, il n’y a pas assez de tissu ». Il va alors chez le plus grand tailleur de Moscou qui lui répond aussi : « Pour un grand homme comme vous, pas assez de tissus ». Finalement il profite d’un voyage en province, loin de Moscou, pour aller voir un petit tailleur dans un bazar. Au bout d’une semaine celui-ci lui remet un costume trois pièce impeccable. Et Poutine de demander : « Comment vous avez fait ? A Moscou on m’a dit qu’il n’y avait pas assez de tissu »
« C’est parce qu’à Moscou, répond le tailleur, vous êtes un grand homme, mais ici, vous n’êtes rien ! »
(par Sylvie)
Qu’est-ce que nous avons fait pendant trois semaines à Petrozavodsk ? D’abord Petrozavodsk est la capitale de la Carélie et une capitale ça se visite. Ensuite nous n’avons pas arrêté de courir: la blanchisserie, le coiffeur, les courses, une rencontre avec des greffés et leur médecin, la presse (la télé nationale et une télé locale). Et puis le tournage. Ben oui ! Le tournage de Paju* …Ça te bouffe un film pour la TSR ! Devant et hors camera, il faut tenir son rôle, implorer Eole pour les prises de vues et goûter aux rites de notre Croisette chamadienne.
Pour le reste : shopping, visite de la ville, musées, flâneries au bord du lac… Très jolie, la
Promenade Onejskaia avec ses parcs ombragés, ses sculptures modernes alignées sur le quai, ses guinguettes où l’on vient boire des bières et guincher la nuit. Sans oublier les méditations avec Marx et Engel sur le passé, le présent et l’avenir du socialisme
Petrozavodsk est une ville estudiantine (deux universités) très sympa et par certains côtés presque européenne. Côté bistrots par exemple. On trouve des pubs presque irlandais, une brasserie presque bavaroise, une pâtisserie presque viennoise (avec un très bon capuccino) et même un Mak-Dak, presque américain. Plus chic le restaurant Karelia où nous avons goûté la cuisine traditionnelle de la région : Kalitka (sorte de tartelettes fourrées, en forme de barque), poissons, viandes de renne, d’élan et même d’ours.
Cela dit, difficile de réaliser que nous sommes dans le Nord. De la Russie. Il fait une
chaleur à crever (25°) tout le monde se balade en manches courtes, les gens vont à la plage, dans les parcs ou au bord du lac.
De la Marina Peski où nous sommes amarrés, on les voit faire du ski nautique et du parachute ascensionnel. Certains voltigent au dessus Chamade en ULM, pour mieux découvrir cet OVNI étranger, le premier à être accueilli dans la nouvelle marina, encore en chantier.
Le 2ème voilier étranger sera celui de Tiina et son frère, qui, en famille participent depuis plusieurs années à la Petrozavodsk Regata. Ce sont des Finlandais, amoureux de cette Carélie qui a tant de fois changé de nationalité au gré des guerres russo-finlandaises, des conquêtes et des reconquêtes. Après la deuxième guerre mondiale, leur grand-père russe, s’est retrouvé, comme bien d’autres, du côté finlandais de la frontière où il est resté, sans pour autant renoncer la religion orthodoxe que son petit fils pratique encore aujourd’hui. Voilà pourquoi en Carélie, la famille de Tiina se sent encore un peu chez soi. Sauf que son bateau, elle a dû, cette année encore, le convoyer par la route. Parce qu’en dépit de demandes répétées, elle n’a jamais pu obtenir l’autorisation.de naviguer à travers les canaux. Mais pour la régate, et le lac Onega, c’est ok. Même que Tiina et son frère, EUX, ont pu se rendre aux îles Kiji, sur leur voilier et sans pilote ! Pour réparer cette injustice, nous les avons accompagnés un bout dans la régate.
Nous sommes aussi allés nous détendre au centre Aqvatica. « Klassna », comme on dit ici: Piscine, toboggan, jacuzzi, jets de massages décapants, sauna, bain turc, palmiers en plastiques et propreté hyper helvétique. Comme du reste, la « bania » – le bain public- de Petrozavodsk dont j’ai découvert le charme désuet et torride. Quand je dit torride je parle de la chaleur intolérable de la « parlika » dans laquelle mijotent les femmes – pas été voir chez les hommes- écarlates qui, chapeau cloche sur la tête (pour renforcer encore l’effet de la chaleur) se fouettent à grand coups de branches de bouleaux, avant d’aller faire leurs ablutions sous la douche ou en se servant de bassines. Un cycle qui se répète plusieurs fois par heures et peut durer deux ou trois heures, sans que mort s’en suive.
Moi j’ai tenu moins d’une heure, sans me fouetter, mais en me brûlant les pieds. A vrai dire j’ai préféré la version plus intime de la « bania » de campagne, testée au Solovsky.
Avec tout ça, j’ai oublié de vous dire que Petrozavodsk a été, pour changer, fondée par Pierre le Grand, en 1703 et que son nom signifie « usine de Pierre », même si c’est l’industrie du bois qui prime aujourd’hui. On en voit beaucoup des Pierre le Grand, autant que celles de Lénine. Ou presque. La différence c’est que le Tsar montre la voie à suivre, le bras pointé vers le sol et Lénine le bras pointé vers le ciel. Si quelqu’un peut me dire pourquoi, qu’il m’écrive.
« Passe-moi les jumelles » sur la TSR, émission prévue pour le mois de novembre
Une fois de plus, l’accueil aura été formidable et chaleureux.
A Petzrozavodsk, c’est tout au fond de la baie que se cache le Yacht-Club Peski.
Et plus qu’un long discours, rien de tel qu’une petite vidéo pour vous mettre dans l’ambiance :
http/// ///
Et c’est vrai qu’on se sent bien dans ce petit havre de paix à 10 minutes de taxi de la ville (120 roubles/4$ la course).
Le Yacht club s’est installé ici depuis un peu plus d’un an, à la suite d’une tempête qui a détruit une partie de l’ancien club situé devant la ville. Il se cache derrière une ancienne jetée d’une usine de bois, que le club a remis en état. Et Andreï, le propriétaire du Yacht-Club, n’a pas hésité à récupérer une ancienne maison flottante qui servait de gare maritime. Il compte bien la restaurer et en faire un club-house et un restaurant. Et même si on en est qu’au tout début, cela augure d’une suite plus que sympathique.
Surtout que le Yacht-Cub de Peski, s’il vit aujourd’hui surtout grâce aux amateurs de pêche au saumon, c’est aussi le nid de passionné de voile. Andreï, le propriétaire et son voilier « Carelia », ainsi que Slava qui sort tous les soirs avec son « Julia ».
Et les 2 participent aux régates de l’Onega, qui tiennent lieu cette année de championnat de Russie de la classe des 8m50. Les compétiteurs viennent de loin, de Moscou, de St Petersbourg ou même de Samara (2000 km) tractant leur voilier sur des remorques. Les équipages sont professionnels pour la plupart et le niveau est très élevé. Mais Andreï et Slava, des amateurs, se réjouissent déjà de se confronter aux meilleurs. Et Slava finira 5ème. Beau résultat qu’il accueille avec un sourire mitigé, lui qui voudrait tant faire encore mieux. Et qui espère « si je fais un bon business cet hiver !», pouvoir consacrer tout l’été prochain à faire l’ensemble des 6 compétitions au programme de cette classe des 8m50 russes.
Mais cela coûte cher, il faut compter au moins 15 à 20'000 dollars pour couvrir les frais de voyage et d’hébergement de son team de 4 personnes.
Slava est un vrai passionné de voile, qui y consacre tous les loisirs d’été (l’hiver c’est le snowkite) que lui laissent ses responsabilités de manager local de Delta Timber, une grosse entreprise égyptienne d’importation de bois.
Dans la cabane en rondin qu’il a installé dans le yacht-club, siège autoproclamé de la Fédération russe de voile, Slava veille aussi bien au bon déroulement des régates qu’à l’accueil « de premier voilier étranger du Yacht-Club ».
« En venant ici, vous avez donné un nouvel esprit, une nouvelle dimension à notre club » nous dit-il.
Faut-il préciser que l’inverse est tout aussi vrai.
Spaciba Slava, Spaciba Andreï.
Pour le Yacht-club :
Contacter Dmitriy le manager du club par e-mail : silver-trolling@onego.ru
Pour les régates :
Slava Rymashevsky rymashevsky@sampo.ru
Le club peut fournir du diesel par camion (23 roubles, excellente qualité), de l’eau minérale en bouteille de 20l (100 roubles). Et un camion grue si nécessaire
A Petrozavodsk une nouvelle fois la porte s’est ouverte pour une nouvelle rencontre entre greffés suisses et russes.
C’est avec Sandra menthonnex, greffée du cœur, que nous nous sommes rendus à l’hôpital de la ville pour y rencontrer 8 greffés du rein réunis autour du docteur Alexander Vassilievich.
Une rencontre une fois de plus émouvante, permettant à Sandra de découvrir les réalités et les difficultés de la transplantation en Russie. L’occasion de mesurer les sacrifices consentis par ces nouveaux amis pour s’offrir une nouvelle vie. Rencontre à l’hôpital emprunte de solennité, suivie d’une soirée au bateau où les rires et les sourires nous auront une fois de plus émus.
L’occasion aussi de mesurer une nouvelle fois l’intérêt des médias russes pour le sujet. 3 reportages y ont été consacrés sur les chaînes de télévision publiques et privées de Carélie. Et le quotidien local a publié également un article et une interview faite avec Harold, greffé des poumons et du rein, tout juste arrivé de Suisse pour prendre le relais de Sandra comme équipier de Chamade.
La suite, ce sera à St Petersbourg, avec le Forum sur la transplantation, organisé le 12 août par la Croix-Rouge locale à l’occasion du passage de Chamade. Forum qui réunira médecins et spécialistes du CHUV de Lausanne et de l’Institut universitaire Pavlov de St Petersbourg, le début d’une collaboration que les 2 institutions veulent mettre en œuvre.