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samedi
27
juin - 2009

Dolce vita à Arkhangelsk

Si vous n'avez pas encore compris.....
Arkhangelsk, comme cette semaine, par 27° et grand soleil....

Nous on aime....

La démonstration en image

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jeudi
25
juin - 2009

Arkhangelsk: Oudivitilna krasivi gorat (une ville incroyablement belle)

(Par Sylvie)

« Oudivitilna », comme on dirait ici. Incroyable ! Depuis trois jours il fait beau et chaud – oui j’ai bien dit chaud, jusqu’à 30° - à Arkhangeslsk qui nous avait pourtant réservé un accueil plus glacial planquée au fond d’un estuaire de la Severna Dvina que nous avons mis cinq heures à parcourir.

Et comme ça, sous le soleil, c’est super agréable d’aller se balader le long de la promenade ou les gens déambulent, une bouteille de bière à la main, au dessus de la grande plage qui borde la rivière, au milieu des vélos, des artistes de rue et de effluves de chachliks que l’on fait griller aux terrasses des cantines.

Au bout de la promenade, jalonnée de babouchka-pipi (nous en avons compté cinq sur moins d’un kilomètre) le carrosse de Cendrillon attend minuit ou d’éventuels clients et plus loin, les manèges tournent au Luna Park, paradis des enfants

Mais Arkhangelsk, la ville de l’Archange Michel (400'000 habitants) a aussi sa face béton : des grandes avenues bordées de cages à lapins vaguement soviétiques, des giratoires où les herbes folles prolifères curieusement. Et comme il se doit, sur la place – qui en fait est un parc - du même nom, le bon père Lénine, toisé par la tour de 22 étages qui domine toute la ville. L’insignifiance de toute cette architecture est assez bien maquillée sous quelques rangées d’arbres et des sortes de « ramblas » ombragées.

Mais la modernité cache parfois une charmante désuétude : celle de vieilles maisons en bois que la Révolution d’octobre a balayé sans ménagement et les restaurants russes, où l’on mange le borsch en dansant langoureusement sur des musiques sirupeuses.

Et puis, il y a les mariages, en robe blanche, avec leurs cortèges d’invités felliniens – on a ici une conception assez particulière de l’élégance qui tient surtout à la hauteur du talon pour les femmes - sur leur trente et un. Et leurs cadenas. Autrefois on ouvrait un cadenas dans la maison pour faciliter la venue d’un enfant. Aujourd’hui on forme des guirlandes de cadenas devant l’Eglise. On les ferme avec soin et en jette la clé, en gage d’un amour éternel.


La vie à Arkhangelsk semble paisible. Sauf lorsqu’il s’agit de laver son linge sale. Direction la blanchisserie, puisque le salon lavoir est quelque chose d’inconnu en Russie- comme du reste en Norvège -. Et là, nous en avons eu pour une heure de boulot à trois pour coudre sur chaque chaussette, chaque slip, chaque Tshirt, chaque gant de toilette, sur nos 4 kilos de linge, notre matricule 1/M343. Sans compter la liste exhaustive de nos affaires qu’il a fallu établir.

Efficacité quand tu nous tiens… d’autant qu’après il faudra jouer les Pénélope. Comme si nous n’avions que ça à faire. Nous beaucoup de temps à faire des mondanités à bord de Chamade qui est devenu en quelques jours l’attraction de la ville. Entre les greffés, les curieux, la presse, les mordus de voile et même les artistes, nous n’avons plus une minute à nous. Mais les habitants d’Arkhangelsk sont si accueillants qu’on leur doit bien ça.

mercredi
24
juin - 2009

Arkhangelsk Yacht Club

S'amarrer au Yacht Club D'Arkhangelsk, c'est d'abord rencontrer un sourire.
Celui de Petr Petrovich Koksharev.

Petr Petrovich comme tout le monde l'appelle, est le président de ce petit club nautique de 60 membres dont le quai est situé en plein centre d'Arkhangelsk.
Propriétaire depuis deux ans d'un voilier âgé de 35 ans, acheté pour 30'000 euros en Suède, il assouvit sa passion de la voile.

Parce que côté navigation, il a déjà beaucoup donné. Ancien capitaine de pêche sur un chalutier pélagique, il a jeté son chalut dans les eaux du monde entier, de la Mer de Barents à l'Antarctique, en pasant par la Mauritanie ou les côtes sud-américaines. Des campagnes de 6 à 7 mois, loin de sa femme et de ses 2 fils, qu'il a rangé désormais au rayon des souvenirs.
Depuis 6 mois maintenant il préside au destinée du yacht Club d'Arkhangelsk. Rien à voir bien sûr avec le luxe des grands yacht club d'occident, mais la passion n'en est pas moindre pour autant. Chaque fin de journée de ce début d'été les voiliers sortent pour tirer quelques bords devant les quais de la ville. Et la passion de la régate domine tout. Peu importe si les coques ne sont pas de première jeunesse, ce qui compte c'est de préparer la grande régate de juillet qui les conduira tous jusqu'au îles Solovetski.

Et pour eux la présence d'un yacht étranger c'est une fête. Chacun veut voir, discuter, échanger et commenter cet Ovni 365 qui n'a jamais si bien porter son nom! Mais ne cédez pas aux clichés les plus éculés, ici pas de torrent de vodka, mais juste quelques cafés partagés dans la plus grande amitié.

Et Petr Petrovich ne rêve que d'améliorer le club. D'ici 2010 il prévoit même d'installer des douches. Et pour l'heure, il s'est mis en quatre pour organiser la valse des jerrycans pour la livraison des 150 litres de diesel dont Chamade a besoin pour continuer sa route.
Et si d'aventure il vous venait à l'esprit de tirer un bord jusqu'au fond de la Mer Blanche, Petr Petrovich est prêt à vous fournir "l'invitation", le sésame nécessaire à l'obtention d'un visa pour votre visite nautique. Certes il ne peut rien pour le Canal du Belomorsk, mais parole de capitaine, Arkhangelsk vaut quand même le détour!

Ses coordonnées:
Petr Petrovich Koksharev, Yacht Club d'Arkhangelsk
kpp@atknet.ru
(Petr parle un petit peu l'anglais)

Autre contact indispensable à Arkhangelsk pour y venir en voilier
- L'agence Boreal Shipping: Oleg A. Kushin s'occcupera des formalités portuaires et du pilotage obligatoire. Celui-ci pour autant que votre moteur ne dépasse pas 55kwh, ne vous coûtera que 150 roubles pour l'entrée et la sortie, soit 5 dollars!
www.boreal.ru
agency@boreal.ru

mercredi
24
juin - 2009

Une rencontre inoubliable



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mardi
23
juin - 2009

La lettre d'Anna

C'était il y a un mois. Alors que nous étions encore en Norvège, Olga, étudiante en français d'Arkhangelsk, et future interprète lors de notre séjour, nous faisait parvenir cette lettre d'Anna, une jeune greffé russe. Il est des lettres qui valent mieux qu'un long discours:


''Bonjour !

Je m’appelle Anna. J’ai 28 ans et je suis greffée du rein depuis presque un an. C’est l’histoire de toute ma vie. La vie malgré les maladies, les règles et les stéréotypes de notre société.
Je suis née dans une famille ordinaire à Arkhangelsk. Dans mon enfance j’étais passionnée pour le patinage artistique, pour la natation et pour la musique, je jouais du piano et j’adorais chanter. Je n’ai presque jamais été malade.
A 11 ans les médecins m’ont trouvé le diabète. Le plus terrible dans mon enfance c’étaient les regards piquants des gens autour de moi et l’incompréhension des amis de l’école, les hôpitaux et les piqûres doloureux. Pendant la première année de ma maladie j’ai été obligée d’abandonner le sport et puis l’école musicale. J’avais peu d’amis parce que j’avais un emploi du temps très strict – l’insuline, le repas, les médecins. Mes intérêts différaient maintenant de ceux des personnes demon âge et elles ne m’apercevaient plus.
Depuis mon enfance j’aspirais à devenir médecin et chercher les moyens du traîtement des diabétiques. Toute ma vie ultérieure était vouée à l’étude de biologie, de génétique, de physiologie et ainsi de suite. Je n’ai pas pu entrer à l’Université de médecine à cause de ma mauvaise santé. Alors je suis entrée à la fac de biologie. Malheureusement il n’y avait pas de matières qui m’intéressaient là-bas mais je savais que mes parents ne me laisseraient pas partir à Moscou pour faire mes études et j’apprenais ce qui m’intéressait aux bibliothèques et sur Internet.
Pendant ma première année à l’université je suis tombée malade et j’ai été obligée de prendre un congé académique. C’était là que j’ai été proposée de faire mes études à Moscou. J’ai accepté et j’ai obtenu mon diplôme de psychologue 2 ans après.
Puis j’ai appris l’existance de l’Institut d’Albumen. Après la troisième année de mes études en bioligie j’y suis entrée et je suis allée à Moscou pour y faire mes études. C’était l’époque la plus heureuse de ma vie. Je faisais ce dont j’ai rêvé toute ma vie.
Mais je ne pouvais travailler dans le domaine de l’ingénierie génétique non plus à cause de l’état mauvais de ma santé. Je suis revenue à Arkhangelsk sans diplôme mais avec les connaissances médicales. J’ai recommencé ma vie.%% A Arkhangelsk j’ai trouvé le travail et je l’adorais. Il prenait tout mon temps libre. Mais malheureusement quelque temps après mes reins ont presque cessé de fonctionner. Je savais ce que c’est non par ouï-dire et le mot hémodialyse était pour moi quelque chose de terrible. La situation était difficile, je ne pouvais pas reçevoir de thérapie néphrétique compensateur parce que les diabétiques n’avaient pas le droit de s’exposer à la dialyse. Ma maladie a progressé pendant 2 ans.
Mais il est venu un jour où ma fonction rénale résiduaire ne suffisait plus pour soutenir ma vie. J’ai passé 3 mois a l’hopital dans un très mauvais état en attendant le dernier verdict des médecins. J’avais peur mais je ne croyais pas que tout était fini. Un jour j’ai même acheté un vélo dont j’avais rêvé depuis mon enfance. Et un miracle s'est produit. Le service de dialyse péritonéale a été ouvert dans notre ville. J’ai été parmi les 3 premiers patients.
Ma vie recommençait. J’étais heureuse. Tout simplement parce que je vivais. Je me suis mise à faire des patins à roulettes et du vélo et penser comment je pouvais aider d’autres gens souffrant de cette maladie et changer la vie autour de moi. Je menais une vie très active malgré les règles imposées par les médecins.
La transplantation du rein de ma mère a été décide et pour cela il lui a fallu de perdre 20 kg. Le 17 juin 2008 j’ai été greffée.
Maintenant je travaille à l’organisation interrégionnale des infirmes néphrologiques Le Droit à vivre. J’apprends à faire valoir mes droits et ceux des gens malades. Je m’occupe de l’activité de bienfaisance et j’explique nos problèmes et les voies de leurs résolution à ceux qui ont la passibilité de le faire. Je voyage beaucoup.
Maintenant je suis heureuse et j’ai un seul rêve – d’avoir un enfant. Et les médecins croient que c’est possible. Je sais que je réussirai parce que j’ai mes vrais amis près de moi et ma foi
Et encore je voudrais ajouter qu’il ne faut pas jamais capituler. En aidant autres gens j’aide moi-même. C’est ça le sens de ma vie''.

Faut-il ajouter que nous nous réjouissions de la rencontrer!

dimanche
21
juin - 2009

De la Mer de Barents à la Mer Blanche: 450 milles exposés

Après le récit, les images...

A déguster au chaud... html//////
samedi
20
juin - 2009

Mourmansk – Arkhangelsk : « Juste passer sans encombre »

Mourmansk – Arkhangelsk, ça fait près de 450 milles dans les eaux de la Mer de Barents, puis dans Gorlo, le goulet d’entrée de la Mer Blanche. Des eaux à la réputation sulfureuse.
Autant dire qu’ici on ne vient pas faire de la croisière ou faire de la voile, on essaie juste de « passer sans encombre ».
Lundi soir 15 juin: une fenêtre météo semble se confirmer, une faible haute pression sur le nord de la Scandinavie devrait nous donner des vents portant. Il est temps de mettre les choses en route, puisqu’on ne part pas « comme ça » en Russie. J’appelle Dmitry notre agent et nous convenons de confirmer le lendemain à 7h30 pour un départ prévu à 10h, avec la marée.
Mardi matin, la carte météo n’a pas changé, on décide de se lancer. A 9h30 les autorités sont là. Mais il manque une photocopie, Dmitry s’en va la chercher. J’en profite pour demander à l’officier où il pourrait être possible de s’arrêter en cas de mauvais temps. L’offre n’est pas bien grande et les 3 lieux suggérés se situent dans les premiers 100 milles. Pour nous le seul qui serait vraiment utile, à mi-route, derrière Mys Zvyatoy Nos, est hélas une « Zato »,une zone interdite. Il est vrai que c’est un des lieux de démantèlement des sous-marins nucléaires russes. Autant dire qu’il faudra faire route directe. Finalement à 10h30 on largue les amarres et redescendons les 30 milles du Kol’skiy Zaliv, le fjord de Mourmansk. Les mousses lavent le pont. Pas du luxe après une semaine à Mourmansk !

Soleil, vent portant…ça baigne. Mais dès la sortie, avec ce vent chaud de sud qui arrive sur l’Océan Arctique, le brouillard est au rendez-vous. Un brouillard qui nous accompagnera presque sans discontinuer 2 jours durant. Autant dire que le radar est bienvenu. Mais le vent est faible, on appuie donc au moteur.
Mercredi soir, 20h, sur le radar l’écho d’un cargo se rapproche dangereusement. Il n’est plus qu’à 2 milles. A la VHF j’entends parler russe… Je me lance en anglais « All ship… Sailing yacht Chamade… position… ». Et le cargo répond dans un anglais teinté d’accent russe. « I can see you on my radar, I change my route and pass on your starboard ». Et quelques minutes plus tard on l’aperçoit tel un fantôme qui glisse dans l’air glacé.

Jeudi, le fichier Grib récupéré via l’Iridium confirme un net renforcement, et le vent d’ailleurs commence à grimper : 20-25 nœuds, puis 30 et enfin 35 noeuds à l’entrée de la Mer Blanche. Heureusement le courant de marée est avec nous et nous filons à plus de 10 nœuds sur le fond, génois tangonné et 2 ris dans la grand-voile.

L’eau est devenue vert olive, tant elle est chargée d’eau tourbeuse charriée par les fleuves en cette fin de printemps. Tu parles d’une Mer Blanche !
Chamade en profite pour repasser le Cercle Polaire Arctique (66°33'N), après maintenant plus de 2 ans passés à son nord. Eh oui, désormais on fait du sud!

Puis tout s’arrête d’un coup, le baro baisse et le vent rentre de sud, évidemment en plein dans le nez. On remet le moteur pour gagner tout ce qu’on peut d’autant plus que nous avons rendez-vous le lendemain matin à 10 heures avec le pilote (obligatoire), à la bouée d’entrée du chenal d’Arkhangelsk. . La « nuit » (jour permanent) est agitée.

Vendredi 10h15, nous sommes à la bouée, mais notre agent nous indique par téléphone que le pilote ne sera là qu’à 13h30. Il y a un mètre cinquante de creux, impossible d’attendre là, surtout que l’heure est favorable pour la marée. Par VHF j’appelle le « Port control » et leur indique que je ne peux pas stopper et que je fais route dans le chenal. Au bout de 2 heures, alors que nous sommes enfin en eaux calmes, la pilotine arrive.
Pilotine pour cargo, mais bien grosse pour accoster Chamade. En tête le refrain tourne et retourne…« Ici on essaie de passer sans encombre ».

On serre les fesses et la barre…la manoeuvre se fait à vitesse stabilisée à 5 nœuds, la vague d’étrave de la pilotine jailli entre les 2 coques et c’est le pilote qui est trempé à l’embarquement…. Welcome on board !

3 heures plus tard, nous mouillons devant le club nautique d’Arkhangelsk. Mais oui ! Il y a un club nautique, mais le tirant d’eau est limité et nous attendons la marée haute pour voir arriver le directeur du Club, qui prend la barre de Chamade pour un amarrage parfait, nez au quai, ancre à l’arrière. L’accueil est juste royal, ici la venue d’un voilier étranger est un événement.

Juste un mot tout de même pour les équipiers, Marco notre greffé du foie, et Gaëtan, notre collègue russophone. Ils ont juste été parfaits ! Merci.

dimanche
14
juin - 2009

Touchante, Natacha

(Par sylvie)

Elle s’est mise en mille, Natacha, pour nous recevoir. Dans le modeste deux pièce où elle vit avec son mari, mécanicien sur auto, et Tatiana, sa fille de 22 ans, elle a mis les petits plats dans les grands : poisson, œufs durs, salade de foie de morue, salade de calamars, choux rouge cuit et jambon à l’os. Un vrai régal.

Natacha est retraitée, mais elle continue à donner des cours d’anglais à la Mourmansk Shipping Cie où elle a travaillé dès son arrivée à Mourmansk. C’était dans les années soixante quand elle a rencontré son mari. Avant elle vivait à l’autre bout de l’Empire russe. En Sibérie, à Novossibirsk où elle est née. Avec un mélange de pudeur et de fierté, butant par timidité sur les mots d’anglais qu’elle prononce avec un fort accent russe, elle nous raconte l’histoire sa famille qui se confond avec celle des la Russie.
Originaire de l’Altaï, le grand père maternel de Natacha était un « Koulak », un grand propriétaire terrien. Situation fort peu enviable après la révolution bolchevique. Anticipant l’expropriation et, sans doute, la déportation, il partit avec femme et enfants à Omsk, là où de nombreux Russes blancs, avaient trouvé refuge, dans l’éphémère République de l’amiral Koltchak. Sous la pression de l’Armée Rouge, la famille a dû fuir encore plus à l’est, jusqu’à Novossibirsk, où Natacha retourne encore chaque été pour voir sa mère.

Les yeux baissés, légèrement embués elle raconte, se lève, va chercher les photos souvenirs et les médailles de son père, héros de « la grande guerre patriotique », entendez la deuxième guerre mondiale.

La discussion glisse vers la politique. « Ce que vous ne comprenez pas, en Europe, c’est que nous ne voulons pas du capitalisme. Nous voulons le socialisme ». La ton de Natacha s’est fait plus ferme, mais elle reste très sereine, rejetant sur Staline la faute d’avoir perverti l’idéal de justice et égalité auquel elle croit. Quant à Lénine, elle l’a « beaucoup respecté » dans sa jeunesse, mais avec le recul, elle pense « qu’il aurait mieux fait de rester à l’étranger ». Poutine, lui essaie de faire « quelque chose pour redonner aux Russes leur dignité »
Et surtout n’allez pas lui parler de l’oppression du régime. « Je me suis toujours sentie libre, dans mon pays », dit-elle. Bien sûr elle vit plus que modestement, sans voiture, sans eau chaude, ni aucun superflu. Mais ce qui lui manque, le plus à Mourmansk, c’est le soleil glacé de la Sibérie, l’alternance du jour et de la nuit. Parce qu’ici six mois par ans, tu vis à l’ombre.

dimanche
14
juin - 2009

Mourmansk peut en cacher une autre

Mourmansk, c’est un peu Janus. La Mourmansk de l’hiver, Mourmansk blanche, plongée dans la nuit polaire… (comme sur cette photo prise en décembre 2007)

Et Mourmansk l’été, lumineuse au soleil de minuit.

Mourmansk sale au fond du port, Mourmansk étonnamment propre au centre ville. Mourmansk la décrépie, mais aussi la plus moderne.
Que ce soit au centre d’hémodialyse comme on l’a vu hier, ou dans son système de téléphone 3G, à prix imbattables (0,5 cts la minute en réseau local, 5 cts en national, et 4 cts le mega grâce au modem USB acheté 30 frs chez Megafon, l’une des compagnie locale).
Mourmansk et ses 2 faces qui se télescopent en permanence.

Le centre-ville et son architecture néo-classique fait face aux immenses barres d’immeubles tristes si typique de l’époque soviétique. Une ville qui comme tout un pays vit une transition à marche forcée entre le communisme et le capitalisme, transition dure, impitoyable, moins anarchique aujourd’hui qu'il y a quelques années, mais qui laisse tout de même toute une partie de la population sur le bas côté de la route.
Une transition d’autant plus ressentie ici, où les coupes drastiques dans le budget militaire ont provoqué une véritable saignée dans cette ville au centre du dispositif de la Flotte du Nord et ses fameux sous-marins nucléaires. (Le Koursk a coulé à une centaine de kilomètre au large)
La ville a ainsi perdu 100'000 habitants en 10 ans, soit le quart de sa population. Mais aujourd’hui l’économie repart, les budgets militaires sont à la hausse, et ici on compte avant tout sur les promesses de Shtokman, le plus grand gisement gazier sous-marin découvert au monde. Situé à 600 km au large, en mer de Barents, sa mise en exploitation devrait se faire dans les 10 prochaines années. (voir mon reportage de fin 2007)
http://info.rsr.ch/fr/points-forts/Fluide_glacial_Une_ruee_vers_l_or_noir_en_pleine_nuit_polaire.html?siteSect=2011&sid=8542750&cKey=1199364500000

Mais tout ça est une autre histoire, pour l’heure les habitants profitent de cette belle journée ensoleillée de mi-juin. C’est si rare par ici. Un dicton local ne dit-il pas que l’été ne dure que 2 semaines. Chic, on en a déjà eu la moitié !

vendredi
12
juin - 2009

Chamade : « Le lien du cœur » Rencontre à Mourmansk

C’est donc à Mourmansk que nous avions rendez-vous une première rencontre entre greffés suisses et russes, l’un des objectif du projet « Chamade 2009 »
Une rencontre qui a eu lieu à l’hôpital régional de Mourmansk.

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Une rencontre riche en émotion, durant laquelle nous avons pu percevoir à quel point Gisèle apparaissait comme privilégiée. Elle qui avait pu recevoir un rein nouveau et échapper à la dialyse. Juste un rêve pour ces malades russes. Car ici la greffe est rarissime. Non pas que les médecins n’aient pas la compétence, mais tout simplement parce que la greffe est très rare en Russie. Ici pas de système organisé de don d’organe, de liste d’attente. Ici c’est au malade d’organiser sa greffe, de trouver un institut capable de réaliser cette opération. Et la greffe a mauvaise réputation. Jusqu’en 2003 les médecins pratiquaient souvent des prélèvements dans une totale opacité et ils étaient surnommés « les médecins tueurs ». Mais la nouvelle loi désormais interdit ces pratiques, sans pour autant avoir mis en place un système transparent basé sur le don volontaire et gratuit. « Le système suisse ne pourrait pas fonctionner ici » nous dira spontanément une enseignante rencontrée en ville.



Et meilleure illustration de ce malaise, à Mourmansk il n’y a eu aucun greffé au rendez-vous. « Ils n’étaient pas disponibles, ou en voyage » nous a expliqué, mal à l’aise, la doctoresse Vlasenko.
Mais ce n’est que partie remise, à Arkhangelsk nous devrions rencontrer Anna, une greffée du rein qui milite dans l’association « Le droit de vivre ». De quoi échanger de nouvelles expériences entre greffés suisses et russes.
Et de continuer d'en parler comme ici, pour Gisèle, sur les télévisions locales.



jeudi
11
juin - 2009

Mourmansk : Entrée en zone stratégique

En approchant de Murmansk, il faudrait être aveugle pour ne pas se rendre compte de l’importance stratégique de la zone.
Partout les collines sont hérissées d’antennes. Dans les recoins du fjords, 3 bases militaires sont visibles, dont 2 ne figurent même pas sur les cartes. Les bases des sous-marins nucléaires de la Flotte du Nord. (Celle du Koursk de triste mémoire est juste dans le fjord d’à côté) Plus loin, nous passons devant Severomorsk, une ville de 80'000 habitants, base centrale de la fameuse flotte du Nord. Une ville encore aujourd’hui interdite aux visiteurs étrangers.

Puis au détour du fjord apparaît enfin Mourmansk et son port qui s’étire sur des kilomètres.

C’est d’abord le quai des brise-glace nucléaires, puis un porte-avion, le port marchand, le port charbonniers avec ses grues et ses pyramides noirâtres et enfin le port de pêche.

Par radio l’autorité portuaire nous guide vers le seul ponton flottant, celui des remorqueurs, au fond d’une darse où nous pouvons tant bien que mal nous amarrer sur son extrémité. Pas terrible, mais finalement le seul à peu près convenable pour un voilier. Ailleurs rien si ce n’est d’immenses quais pour cargo.
Et là, entre des barrières rouillées et des plots de béton nous attend le comité d’accueil : l’officier des douanes, 2 représentantes de l’immigration et notre agent local, Alexandre, chargé de nous faciliter les formalités.

Et rien n’est simple. Rien n’est prévu pour un voilier. Ni l’amarrage, ni les multiples formulaires destinés aux cargos, où il est question de chargement, de dimension de la passerelle ou de la puissance des propulseurs d’étrave. D’ailleurs le dernier « yacht », nous disent-ils de mémoire, ils l’ont vu il y a plus d’un an.
Listes d’équipage en 8 exemplaires, certificats, description de cargaison… il faudra près de 2 heures pour accomplir l’ensemble des formalités. Pointilleux mais très courtois. Le problème pour chacun étant avant tout de trouver la manière adéquate de remplir les fameux formulaires de manière réglementaire. Restera encore la sécurité portuaire, de nouvelles listes d’équipage, afin que les postes de gardes du port nous laissent entrer et sortir à notre guise de cette zone fermée qu’est le port.
Des démarches qu’il faudra répéter pour chaque personne venant à bord, comme notamment ceux qui viendront garder le bateau pendant nos absences, puisque le règlement interdit de laisser le bateau sans surveillance.

Mais tout est bien qui finit bien, et dès les formalités terminées, c'est au tour des télévisions locales de défiler pour couvrir l’événement : un voilier avec des greffés suisses à bord. Pourquoi faire, pourquoi ici ? Les interviews se succèdent sous l’œil du cerbère de la sécurité, chargé d’empêcher toute prise de vue générale du port. Et ce dernier, très vite nous demandera de cesser de prendre des photos.

mercredi
10
juin - 2009

Kirkenes-Mourmansk : Une traversée sous haute surveillance

Disons-le tout de suite, la Russie a décidé de nous gâter, au moins pour notre arrivée.
D’abord par un ciel splendide pour notre traversée de 150 milles entre Kirkenes et Mourmansk : avec pour corollaire, un splendide soleil de minuit sur la mer de Barents.

Avec notre nouvel équipage (Gisèle Ceppi et Gaëtan Vannay) nous sommes même un peu trop gâtés même puisque le vent est presque nul. Mais au moins nous ne l’avons pas dans le nez. La prise de ris ne menace pas et c’est au moteur que nous ferons toute l’étape.

Cela dit, n’entre pas qui veut en Russie, et surtout pas n’importe comment. Outre la fameuse autorisation du Gouvernement de la Fédération de Russie, il nous a fallu désigner un agent maritime chargé de nous représenter à terre. Et c’est lui qui doit communiquer aux gardes-côtes russe notre ETA (heure estimée d’arrivée) dans les eaux territoriales. Il doit même le faire 24h, 12h et 2 h avant le franchissement de la ligne des eaux territoriales. Franchissement qui doit se faire à un point précis (69°52’N et 33°32’E)
Pour nous, l’homme de la situation c’est Vladimir Ivankiv, de St Petersbourg. L’homme indispensable pour qui veut se rendre à la voile en Russie. Et même s’il ne peut rien pour vous en ce qui concerne l’autorisation pour le canal du Belomorsk, pour le reste il peut grandement vous faciliter les choses et même vous obtenir une invitation pour St Petersbourg. (Son mail vladimir@sailrussia.spb.ru)
Vladimir que nous réveillons donc à 5h30 du matin pour lui annoncer notre ETA pour 8h.
Le moment solennel approche, et l’on prépare le drapeau russe. Drapeau acheté spécialement avant de partir, mais qu’on arrive pas à retrouver à bord. C’est donc à la machine à coudre qu’on en fabrique un pour l’occasion.

8h02, avec une précision toute helvétique, nous franchissons la ligne. Il est temps d’hisser les couleurs : le drapeau russe et le pavillon Q, le pavillon jaune demandant la « libre pratique », qu’on laissera hissé jusqu’à l’accomplissement des formalités d’immigration et de douane.

Et 3 heures plus tard, à l’entrée du long fjord conduisant à Murmansk, les gardes-côtes viennent reconnaître le voilier, avant de nous faire des grands signes de bienvenue.

dimanche
07
juin - 2009

Kirkenes : Dernière station avant la Russie

Un poteau frontière jaune côté norvégien, un poteau vert et rouge avec un mirador au loin, cette fois ci plus moyen d’en douter, la Russie, c’est juste à côté.

Nous sommes à Kirkenes, petite ville de 3000 habitants tout au bout du Finamark, tout au bout de la Norvège.
Une ville qui depuis la chute du rideau de fer vit de ses contacts avec la Russie voisine. Ici même le nom des rues est indiqué en alphabet cyrillique.

Une ville presque sauvée par la fin de la guerre froide, puisqu’elle a permis à la ville de redémarrer après la fermeture de sa grande mine de fer en 1996, une vraie catastrophe économique locale.

Mais grâce à l’ouverture de la frontière, la ville vit de ses échanges avec Mourmansk sa voisine (Plus de 200'000 personnes passent la frontière chaque année, un bus quotidien) et surtout à Kirkenes, on répare désormais d’innombrables chalutiers russes. Ceux-ci, qui pêchent la plupart du temps en eaux internationales, abondamment équipés de matériel occidental, ne rentrent plus en Russie pour leur entretien, avant tout pour éviter les taxes douanières. Résultat : les quais de la villes sont encombrés d’une flotte quasiment exclusivement russe, le seul bateau norvégien restant celui de l’Hurtigruten qui fait escale chaque jour à midi, avant de repartir direction Bergen.

Une ville sans charme, mais dont la population est particulièrement accueillante.
Dès notre arrivée dans la baie qui abrite le « small boat harbour » (port pour les petits bateaux) des membres du club nautique nous ont fait de grands signes pour nous indiquer un ponton et nous aider à nous amarrer. Pour nous dire qu’on pouvait avoir de l’eau, de l’électricité et du gazoil. Et nous donner la clef du petit clubhouse où l’on peut prendre des douches. Et tout ça pour 50 nok (6 euros). Assez rare pour être signalé en Norvège : chaque jour on vient vers nous pour discuter, pour nous interroger sur notre croisière, pour nous raconter la région…
Décidemment le Finnmark est peut-être une terre rude et austère, mais habitée d’une population chaleureuse et ouverte. On en gardera un meilleur souvenir que celui des conditions météos rencontrées !