On coule !

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Les panneaux solaires en place, on replonge dans le moteur.

Inspection notamment du presse-étoupe Volvo. Un pincement pour le purger… étrange, l’eau qui en sort est noire…

Et surtout, une fois relâché le pincement… l’eau continue d’entrer abondamment… le presse-étoupe n’est plus étanche !

On coule !

Non, pas de panique… la fuite finalement se stabilise. Elle nous oblige quand même à établir des quarts de veille pour éponger.

Et après une belle mobilisation de notre ami Nori et du directeur de la marina, Chamade sortira de l’eau en urgence demain matin, pour un changement de presse-étoupe et un contrôle de l’arbre d’hélice.

Indispensable si l’on veut passer une été tranquille à des milliers de kilomètres du Japon !

Solbian : un service « top class » !

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Autre soucis récurrent depuis maintenant quelques mois, la perte quasi-totale de rendement de nos panneaux solaires souples Solbian.  Nous les avions fait installer sur le bimini lors de notre passage à Seattle. Une fois découverte (et corrigée)  une erreur dans les connexions du régulateur, ils nous avaient donné entière satisfaction et surtout, en combinaison avec notre éolienne, une excellente autonomie.

Mais depuis 6 mois, la charge ne dépassait plus les 3 à 4 ampères. Après avoir tout essayé, tout mesuré, après avoir tenté de changer de régulateur, nous avons contacté par mail le fabricant des panneaux, Solbian, installé en Italie. Et immédiatement un ingénieur nous répond. Il nous demande de procéder à quelques tests, puis de lui envoyer des photos des panneaux… et bientôt le verdict de l’ingénieur Ferrero tombe : l’installation n’est pas bien faite, les panneaux présentent désormais un pli, une sorte de cassure en leur milieu et une partie des connexions internes doit être endommagées. Solbian qui estime que le montage est peu adéquat : Trop de pression de courbure vers le milieu des panneaux et montage en parallèle, sans diode anti-retour et sur un seul régulateur ne permettant pas d’obtenir un bon rendement. (voir les notice de montage ci-dessous)

 

Panneaux endommagés

Mais Solbian qui assume (même s’ils ne sont pas responsables du montage). Ils nous proposent de nous envoyer 2 nouveaux panneaux au Japon, ainsi que de quoi réaliser un montage avec 2 régulateurs séparés. Le tout gratuitement, sous garantie !

2 semaines plus tard, alors que nous sommes encore dans le sud du Japon, le directeur de la marina Odo nous envoie la photo du colis qu’il vient de recevoir.

Solbian : un super service qui assure !

Reste juste à les installer sur le bimini. C’est Masaaki Yamazaki, de Kazecco Marine Canvas à Fukuoka qui s’en est occupé. Masaaki parle anglais (rare au Japon).  kazecco@marine.email.ne.jp

Ce matin, les voilà à nouveau en place. Et malgré un soleil déjà voilé (il va pleuvoir cet après-midi) la charge dépasse les 12 ampères. Excellent, d’autant plus que je n’ai pas encore enlevé le film de protection des panneaux. Reste encore à renforcer ces panneaux afin qu’ils ne subissent pas le même sort que les anciens. Je vais leur fixer une latte par en dessous, pour garantir une courbure régulière. A faire au retour en septembre… car pour l’heure… c’est une nouvelle surprise qui nous attend.

 

Notices techniques Solbian :

-TechRep-CanvasInstallation

-TechRep-ElectricalConnections

Strip-tease

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C’est fait, Chamade a atteint son lieu d’estivage, à savoir, cette année, la marina Odo de Fukuoka.

Et chance ! Une fois le premier jour passé sous une pluie battante (comme d’hab !) le temps change et c’est un grand soleil qui accompagne notre début de séjour. Idéal pour entamer le lent strip-tease de Chamade.

Génois, trinquette et grand-voile sont dégrées, contrôlées et mises en sac.

Vu que le passage d’un cyclone est toujours possible à Fukuoka durant l’été, il faut diminuer au maximum la prise au vent et ne rien laisser (ou presque) sur le pont.

Étonnant tout de même de constater que les voiles sont toujours en bon état malgré leur dix ans d’âge. Certes la Grand-voile n’a plus sa belle forme de jeunesse, mais avec ses grandes lattes, elle est encore parfaitement performante, sauf bien sûr au près serré. Même chose pour le génois qui n’a pas trop souffert de ces deux années de navigation intense sous le soleil des tropiques.

Ce n’est donc pas encore cette année qu’il faudra procéder à leur remplacement.

Et entre les écoutes de GV, de génois et de trinquette, les bosses d’enrouleur  de génois et de trinquette,  les bosse de ris 1, de ris 2 et de ris 3, l’écoute de GV, les bosses de chariots de GV et de chariots d’écoute, le hâle-bas de tangon, le hâle-bas de bôme, les bastaques, le frein de bôme et les lignes de vie… (sans compter toutes les drisses non visibles) cela en fait de la « ficelle » à ranger !

Strip-tease terminé…  Chamade nous dévoile ses  « dessous ». Et là, c’est nettement moins sexy ! Le moteur vibre à bas régime, la pompe d’injection montre une légère fuite de gasoil… le presse-étoupe qui chauffe… Il serait grand temps de s’en occuper.

Parfums de thé

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(Par Sylvie)

Au détour d’une balade dominicale avec Nathalie et Satoshi dans les environs Nagasaki, une nouvelle découverte : le thé vert d’Ureshino.

A une quarantaine de kilomètres de la ville, dans la vallée de Sarayadani au pied du Mont Fudö, des théiers en terrasse, bien alignés dessinent de jolies courbes dans la verdure.

Nous nous arrêtons devant la star du lieu : un arbre à thé géant, haut de plus de 4 mètres. Il aurait 340 ans et se présente comme l’ancêtre de toute la culture du thé d’Ureshino

Selon la légende, c’est un moine chinois de la dynastie Ming  qui aurait introduit la culture du thé dans cette région du Kyushu. La réalité est peut-être un peu différente puisque à l’ère Edo  (XVIIeme-XIXème siècle) des travailleurs chinois sont venus s’installer là et ont cultivé du thé.

Nous tombons par hasard sur une coopérative de producteurs qui, dimanche ou pas dimanche, sont tous à l’ouvrage. La récolte a été si abondante, nous dit-on qu’on ne sait plus où mettre les feuilles de thé.

Effeuillage automatique

Etuvage

Broyage

Ici, on produit du thé bio, à l’ancienne : étuvé dans un four (et non pas à la vapeur) effeuillé, séché et broyé. Une délicieuse odeur acre-douce nous chatouille les narines. Nous goûtons. Ce thé là laisse dans la bouche une saveur forte, avec juste ce qu’il faut d’amertume. On achète. Of course !

Quelques semaines auparavant, à Ibusuki,  dans un café spécialisé dans la culture des vers à soie et l’utilisation multiple de leur cocons (notamment tissage, décoration et décoction pour rendre la peau lisse), nous avons goûté au thé de mûrier. Un thé vert sans théine, au goût à la fois brut et fin.

Moi qui n’aimais que le Lapsong tsu Chang, après tant de mois passés au Japon, j’ai appris à aimer aussi les thés verts.

 

Nagasaki : encore et toujours !

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Nagasaki restera pour nous une ville à part. Sa géographie, son histoire (l’autre, la plus ancienne, pas celle de la bombe) qui lui a donné sa tradition d’ouverture et ses ambiances, à chaque fois différentes et propres à chaque quartier.

Un lieu propice à tant de rencontres :

Il y a ceux qu’on peut déjà qualifier de « vieux amis ».

Antoine revenu s’installer ici après un long séjour parisien.

Nathalie et Satoshi qui nous enrichissent de leur connaissance profonde de la ville où ils se sont installés il y a déjà plus de trente ans.

 

Nathalie, Marc, Toshiaki, Kumiko, Sylvie, Satoshi

Et « le cousin » bien sûr… Toshiaki Yamagushi Mieli, dont l’arrière-grand père, juif italien, a fait don d’une magnifique collection de vases étrusques au musée de Sienne. L’occasion de reprendre les discussions laissées en l’état lors de notre dernier passage. Mais malgré plusieurs recherches, ni Sylvie ni Toshiaki n’ont pu encore trouver un lien entre leurs ancêtres Mieli d’Italie et Mieli d’Egypte. (voir « Un Dejima francophone »)

 

"Les cousins"?

Toshiaki et Kumiko, qui nous accueillent dans leur splendide maison perchée là-haut sur l’une des collines qui dominent le port.

Et qui nous initient au shushi « do it yourself ». Une feuille d’algues, une poignée de riz et il vous reste à choisir parmi les plats de shashimi, de crudités et de soja pour vous concocter un sushi à votre goût.

Kumiko à la démonstration

 

Magnifique et délicieuse expérience culinaire agrémentée de vins de Bourgogne, d’Alsace, du Brésil que Toshiaki sélectionne en connaisseur, lui qui a réalisé de très nombreux guides de voyage et de gastronomie sur l’Europe.

Toshiaki qui possède (entre autres trésors) un ouvrage dédicacé par Jacques Mayol, le « pape » de l’apnée, dont s’est inspiré Luc Besson pour réaliser « Le Grand Bleu »

 

Signé "Jacques Mayol"

Et puis il y a les « nouveaux amis » comme Yuka et Daisuke Tajiri.

 

Daisuke et Yuka

Yuka, qui parle très bien le français, est pianiste, auteur d’improvisation qui entre en résonance avec le travail de Daisuke.

Daisuke est un peintre qui n’hésite pas à diluer sa peinture dans le saké (lui qui ne boit pas une goutte d’alcool !).  Il obtient ainsi une couleur épaisse et mousseuse pour réaliser des œuvres où la finesse du trait, la répétition du motif jusqu’à l’obsession et l’épaisseur de la matière nous projette dans une abstraction  envoûtante.

Daisuke qui exposera ses ouvres pour la deuxième fois à Paris au mois de juin prochain. (Galerie Grand Monde, 12 Pl. de la Bastille, du 2 au 23 juin (du mercredi au samedi de 14h à 19h)

Avec eux nous partageons un café, le meilleur de Nagasaki, chez « Coffee & Clayworks »), un havre de paix, caché dans une vieille demeure japonaise nichée au cœur d’un des vieux quartiers de la ville.

 

Daisuke, Yuka, Yasuko, Antoine et Sylvie

De quoi mettre du soleil… beaucoup de soleil… dans nos cœurs… car une fois de plus, ou plutôt comme toujours, dans ce printemps japonais décidément hors norme, il pleut sur la ville, il pleut sur Nagasaki, il pleut sur Kyushu, il pleut… il pleut…

PS : Histoire de vérifier si notre impression de mauvais temps permanent était fondée, j’ai refait le décompte des jours de beau depuis notre arrivée au Japon, à Ishigaki. 10 jours de soleil, 10 de temps gris et 22 de pluie sur une période de 42 jours !

Kamikazes de Chiran : Pour quoi et pourquoi ?

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Dire que cette visite au musée de Chiran nous a plongés dans un abîme de réflexion est peu dire.

Officiellement le musée se veut « objectif » en présentant les faits et les témoignages, se veut aussi un lieu de mémoire et d’hommage à tous ces jeunes qui ont sacrifié leur vie et enfin un appel à la paix, lui qui s’intitule « Chiran Peace Museum »

D’abord les faits :

-Dès l’accueil le contexte historique est rappelé : le fait que l’ensemble du Pacifique est dominé à l’époque par les puissances coloniales (USA, GB, Pays-Bas et France) et que le Japon se sentant menacé économiquement décide de créer son empire colonial. L’attaque japonaise sur Pearl Harbor est mentionnée, la rapide conquête des Philippines, de l’Indonésie, de la Birmanie… puis suite à la défaite de la bataille de Midway, le fait que le Japon se retrouve très vite dans un état d’infériorité numérique et matérielle, et qu’il doit dès lors mener une guerre défensive. Et que tout va se jouer dans la terrible bataille d’Okinawa, ultime rempart pour empêcher que l’ennemi ne pose pied sur le sol sacré du Japon. C’est donc une bataille pour sauver la patrie.

La tactique militaire ensuite :

-Rationnellement la tactique des Tokkô peut s’expliquer. Il s’agit d’infliger le maximum de pertes à l’ennemi avec le minimum de morts japonais. Un Tokkô peut faire autant de dégâts qu’un cuirassé entier, sans mettre en péril un aussi gros navire et ses milliers d’hommes d’équipage. La tactique du Tokkô provoque aussi un effet psychologique massif sur l’ennemi. Et ce n’est pas du terrorisme puisque les objectifs sont purement militaires. D’ailleurs suite à l’attaque de Pearl Harbor, les Américains mèneront aussi une opération quasi suicide : la fameuse escadrille du commandant Doolittle qui décolla d’un porte-avion au large de Tokyo pour aller bombarder la capitale impériale, mais sans possibilité de retour (manque de carburant). Les pilotes devaient tenter de rejoindre la Chine pour s’y poser en catastrophe. Il s’agissait de frapper un grand coup psychologique (les effets réels du bombardement étant quasi inexistants) dans une opération où les pilotes, « volontaires », savaient qu’ils n’avaient que très peu de chance d’en revenir. 3 sont ainsi morts en « héros », sacrifiant leur vie pour défendre la patrie, 8 furent faits prisonniers dont 4 mourront en captivité et les 16 avions furent détruits.

Au-delà de la question d’un « volontariat » tout relatif  (c.f les kimikazes de Chiran I), c’est bien toute cette notion de patriotisme qui pose problème, tant elle est glorifiée par la très efficace muséographie, au milieu des reliques d’avions « Zéro » et des lettres d’adieu des jeunes kamikazes. Peut-on reprocher à ces pilotes Tokkô d’avoir cru au moins défendre l’honneur de leur famille et sans doute leur patrie ?

Donc… pour paraphraser Boris Vian, « y’a quelque chose qui cloche là-dedans… »

En terme de « pour quoi ?» force est d’admettre que les jeunes pilotes japonais, comme les jeunes pilotes américains, ont eu une efficacité plus psychologique que militaire (un seul porte-avions US coulé et 60 cargos pour plus de 1000 attaques suicide) et qu’ils sont avant tout morts pour une opération de propagande. Mais pourquoi l’une est acceptable et l’autre moins ?

La réponse apparaît en une seule petite phrase à la fin du film projeté au musée. « Il faut bannir à jamais la tactique militaire du Tokkô, qui, en choisissant l’attaque suicide, renie la valeur sacrée de la vie humaine »

Une phrase, que seule une écoute attentive permet d’attraper au vol… Les jeunes japonais la retiendront-ils ? C’est l’une des questions.

Reste le « pourquoi ? ». Nous l’évoquerons quelques minutes plus tard, avec Fukushima. Un homme d’une soixantaine d’année, qui nous aborde alors que nous contemplons la carcasse d’un des chasseurs japonais exposé au musée. « D’où venez-vous ? » nous demande-t-il. « De Suisse ». « Oh… un pays pacifique… ! » Fukushima est là avec son père qu’il pousse dans une chaise roulante. « Il a 93 ans, il était instructeur pilote… il a perdu beaucoup de ses amis dans les opérations Tokkô… et chaque année début mai, il veut revenir ici, pour se recueillir» Et quand il me demande ce que je pense de tout cela, et que je lui fais part de mon espoir que les Japonais puissent dépasser les faits et le simple message de paix, pour se demander surtout « pourquoi ? » tout cela est arrivé, il me répond :

« Vous avez raison. POURQUOI ? C’est justement la question que ma génération n’a pas su se poser suffisamment »

Les jeunes en seront-ils capables dans ces relents de nationalisme qui réapparaissent (et pas seulement au Japon) ?

En quittant, mal à l’aise, ce Chiran Peace Museum, Boris Vian me trottait dans la tête… « Monsieur le Président, je vous écris une lettre… que vous lirez peut-être…  si vous avez le temps… »

Nb : Les photos étant interdites au Chiran Peace Museum, les illustrations de cet article proviennent de la brochure d’information distribuée aux visiteurs.

Les Kamikazes de Chiran

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(Par Sylvie)

La nouvelle dépression qui va balayer le sud de Kyushu nous oblige à trouver refuge dans la marina de Kushikino, bien protégés par les kamis d’un petit sanctuaire shinto qui se cache dans les arbres, en haut de la colline.

Avec Pierre « le vaudois d’Himeshima » venu nous rejoindre pour une semaine,  nous en profitons pour aller visiter le musée de la paix de Chiran, dédié à la mémoire des kamikazes de la bataille d’Okinawa. Nous voilà donc bringuebalant dans un très lointain ancêtre du Shinkansen, qui assure la liaison jusqu’à Kagoshima d’où part le bus pour Chiran.

Le musée est bondé. D’emblée, l’audio-guide nous prie de ne pas confondre les kamikazes islamistes qui se font sauter au milieu d’un foule de civils avec les kamikazes japonais. Ces derniers utilisant une tactique militaire inédite, dite du tokko (attaques spéciales) pour détruire des cibles ennemies. C’est de la base de Chiran qu’en 1945, partirent 1036, pour la plupart de jeunes étudiants, mobilisés pour devenir des « tokko pilotes ».

Photos, films, témoignages et innombrables lettres d’adieu (adressées surtout aux mères) racontent le sacrifice héroïque de ces jeunes gens pour la patrie ou pour l’honneur. On met en évidence les écrits émouvants de stoïcisme : « Maman, désolé d’avoir été un enfant désobéissant, pardonne-moi. Je suis heureux de partir ». « …même après ma mort je défendrai ma patrie, le Japon ». On nous relate l’histoire de cet instructeur qui se porta volontaire pour  pouvoir effectuer, comme ses élèves des opérations tokko. Ce qui lui fut refusé, en vertu de l’utilité de sa fonction. Apprenant cela, son épouse lui écrivit la lettre suivante : « …tant que nous serons en vie tu ne pourras as faire ce que tu veux… ». Puis elle se jeta d’un pont avec leurs deux filles. Du coup, compte tenu de la cruelle situation dans laquelle se trouvait le jeune instructeur, l’armée accéda à sa requête et il mourut dans le ciel d’Okinawa.

Que  de sacrifices, d’abnégation, que d’actes de bravoure cités en exemple ! Je me demande ce que retiennent les jeunes Japonais qui vont aujourd’hui visiter le musée de la Paix de Chiran.

S’ils prennent le temps de voir un documentaire de 30 minutes, ils apprendront, au détour d’un commentaire que derrière les sourires des kamikazes prêts à partir en mission, se cachait la peur et que, parfois, dans le dortoir où ils étaient réunis la veille du départ, on les entendait pleurer.

Mais sauront-ils jamais que les émouvantes lettres d’adieu affichées ans le musée, étaient passées par la censure militaire ? Que les « volontaires » kamikaze,, n’avaient pas le choix de refuser leur affectation ? Que l’armée mobilisait plutôt des étudiants en lettres – moins utiles pour le pays- que des étudiants des filières scientifiques, pour les missions « tokko » ? Que ces jeunes gens ont été sacrifiés à une tactique militaire  qui permettait de faire, avec une formation bâclée,  le maximum de dommages avec le minimum de « matériel humain » ?  En clair, il n’est écrit nulle part que ces admirables jeunes gens, endoctrinés par une savante propagande (basée, notamment, sur la tradition des codes de l’honneur des samouraïs), ont servi de chair à canon à un régime militaire impitoyable et jusqu’au-boutiste, au point de sacrifier ses propres citoyens, pour une guerre déjà perdue.

Sans aucun doute, ces kamikaze-là méritent que l’on honore leur mémoire, qu’on leur dédie un musée, qu’on raconte leur tragique histoire pour qu’elle ne se reproduise plus. Mais bon sang, qu’on le fasse en réprouvant clairement le régime et le cynisme qui les a précipités dans cette mortelle impasse. Or ça, visiblement, le Japon moderne et démocratique en est encore incapable !

 

 

 

Sadao San, dit « l’ingénieur »

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Il nous aura fallu près d’un an pour savoir (à peu près) ce que fait celui que l’on a surnommé « l’ingénieur ».

Car le sourire et la volonté de communiquer de Sadao San sont inversement proportionnels à sa connaissance de l’anglais !

Peu importe, dès notre arrivée à Yamagawa l’an dernier, Sadao était venu nous accueillir avec un immense sourire. Il nous avait montré son bateau amarré juste à côté, du coup on l’avait cru pêcheur. Et puis non, quelques bribes de conversation plus tard nous avions compris qu’il travaillait comme ingénieur au port pétrolier de Kagoshima.

Terminal pétrolier de Kagoshima (© Sadao San)

 

Sadao qui avait vite raconté à Sylvie qu’il s’apprêtait à s’envoler pour New York, un séjour à la Japonaise, 5 jours aller-retour. Impensable ici de prendre des vacances plus longues.  Sadao tout stressé qui passait ses soirées à étudier le plan de métro de Manhattan !

Mais ce n’est que cette année qu’on a fini par comprendre que Sadao était en fait mécanicien sur l’un des remorqueurs du terminal pétrolier de Kagoshima, où il travaille par tournus de 5 jours.

 

L'univers de Sadoa San (© Sadao San)

Des remorqueurs prêts 24 heures sur 24, pour assister les pétroliers géants qui viennent s’amarrer sur l’un des 4 postes de pompage.

Kagoshima, c’est un super tanker qui arrive tous les jours. Et donc un qui repart aussi chaque jour, après une escale de 48 heures nécessaire pour décharger les 300’000 tonnes de brut. Autant de manœuvres pour les remorqueurs dont les moteurs ne peuvent se permettre de tomber en panne.

 

Remorqueur pétrolier de Kagoshima (© Sadao San)

Ce à quoi s’active Sadao San, entre deux parties de pêche et quelques moments de conversation avec Sylvie dans un savant sabir anglo-japonais… mais toujours avec un immense sourire !

(sauf sur les photos où il est évidemment sérieux…comme un Japonais !)

PS : Nous sommes à Yamagawa pour toute la semaine… il pleut toujours ! Mais cela devrait s’améliorer la semaine prochaine. L’espoir fait vivre !

On en profite pour quelques travaux d’entretien. Dont le changement des roulements à billes de l’éolienne. Un sacrée histoire pour arriver à les extraire de leur logement avec l’aide experte d’un artisan local. Surtout ceux de l’axe vertical, bloqué dans leur logement par la corrosion. Mais c’est fait et l’éolienne tourne à nouveau dans un silence qui fait plaisir à « entendre » !

Le ciel nous tombe sur la tête

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La terre a une nouvelle fois tremblé (et oh combien fortement) au Japon. Le pays a beau être habitué, malgré les normes antisismiques très sévères, les morts et les blessés sont nombreux. Ensevelis sous les décombres des anciennes maisons encore très nombreuses dans les banlieues des petites villes.

Heureusement, pas de problème pour Chamade, encore fort loin de Kyushu.

Car pour nous, ce n’est pas le plafond, mais le ciel qui nous tombe sur la tête.

Alors que ce mois d’avril devrait être bien ensoleillé, cette année ce n’est qu’une succession de dépressions, de pluies torrentielles, de fronts et de vents instables.

Notre ami Patrice, convoyeur de voilier, vivant à Okinawa depuis 14 ans, ne se souvient pas d’avoir vu un mois d’avril aussi pourri. Lui aussi est bloqué depuis quelques jours dans l’attente d’une fenêtre météo favorable pour convoyer un voilier vers Tokyo. Faut-il y voir un effet Nino ? Allez savoir !

Seule certitude… la remontée vers Kyushu, qu’on s’imaginait tranquille, entrecoupée de belles escales dans les îles, se transforme en une succession de sauts de puce et d’attentes aux aguets.

Comme ce lundi où nous avons quitté Izena à 2 heures du matin pour arriver sous une pluie battante à Okino Erabu (40 milles plus au nord) juste avant le passage d’un nouveau front et la bascule du vent.

Heureusement, quelques éclaircies permettent de se rappeler que nous sommes en zone sub-tropicale !

Et autre rayon de soleil à bord : la présence d’Evelyne et de Manu. Deux jeunes Suisses, de Vevey voyageant ensemble au Japon depuis quelques semaines.

Auparavant Evelyne avait passé 4 mois au Népal comme volontaire, faisant de la formation d’enseignants dans ce pays qui en manque cruellement. Manu, lui, avait traversé toute la Russie, la Mongolie et la Chine. En train, en bus, en stop ou encore à moto. Son défi : ne pas prendre l’avion.

C’est ainsi qu’ils ont débarqué à la marina d’Okinawa à la recherche d’un voilier pour les emmener à Taïwan. Car depuis quelques années, il n’y a plus de liaison maritime entre le sud du Japon et Taïwan.

Faute de trouver le bon « lift » ils ont embarqués sur Chamade, cap au nord ! Ils comptent ainsi gagner la Corée et à nouveau la Chine depuis Kyushu.

Pour nous, c’est un vent de jeunesse qui souffle à bord.

Et ces 2 jeunes innocents commencent tout juste à réaliser qu’ils viennent de mettre un pied dans un cercle quasi « ésotérique ». Les voilà devenus « Chamadien » !

Okino Erabu:Travaux pour refaire la digue emportée par le typhon de septembre dernier

L’autre Naha

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(Par Sylvie)

Pour nous, la capitale d’Okinawa ressemblait surtout à une sorte de Disney land. Bariolée de pub, trépidante, engorgée par le trafic automobile, à l’image de n’importe quelle ville américaine, ou presque.

Et voilà que grâce à Daniel, nous avons découvert le charme désuet de certains quartiers qui ne se révèlent qu’aux regards curieux. De vieux marchés cachés au fond d’antiques venelles où les échoppes d’un autre temps disputent la place aux artistes ou à l’appétit voraces des promoteurs. Ici point de béton, tout est encore en bois.

Dans le quartier de Kinjo, au pied du château de Shuri, témoin de la grandeur du Royaume de Ryukyu, survit encore quelques pans de culture ancestrale

Mais attention, n’y pénètre pas qui veut. Les méchants kamis, par exemple, sont sommés de quitter les lieux. C’est écrit là, dans la pierre : «  Interdit aux mauvais esprits. Foutez le camp ! » ( traduction très libre de kanjis que nous ne saurions déchiffrer).

Du coup, les kamis obéissants -qui, eux, savent lire les kanji -  s’en vont voir ailleurs et font place à une douce tranquillité.

Au coin de la rue pavée, l’abri communautaire, où chacun peut venir prendre un peu de repos sur les tatamis, ou s’abriter de la pluie.

Si les Japonais ne cultivaient pas l’art de défigurer leur patrimoine culturel avec des distributeurs de boissons  et autres objets utilitaires (air conditionné, bouteilles de gaz etc.), on pourrait se croire  dans le Ryukyu d’antan.

D’autant qu’il existe encore au milieu d’une nature imposante, des utaki, des espaces sacrés que personne n’oserait profaner, encore aujourd’hui.

 

 

Car à Okinawa, les espaces de recueillement et de quiétude existent.

Pour une pause de réflexion, au parc de la Paix , où il est rendu hommage à toutes les victimes de la bataille d’Okinawa… (200’000 victimes okinawaises, japonaises, américaines, coréennes…)

Ou encore, pour une halte de bien-être  dans une auberge avec vue sur la mer

 

Et encore:

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