Chamade est arrivé au Kamtchatka

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Après un départ de Severo Kurils’k tonitruant par 25 à 30 nœuds de vent

 

Chamade à la sortie de Severo Kurils'k (Photo Jean-Marc, Anthea)

Chamade est arrivé au bout du bout du monde : le Kamtchatka.

Ce ne fut tout d’abord qu’une chaîne de montagnes enneigées à l’horizon

Moment d’émotion pour Agathe, notre équipière volcanologue, qui retrouve la terre de ses recherches de master. En 2012, elle a vecu 6 semaines dans cette presqu’ile de légende

Premier contact hélas dans  un environnement portuaire et industriel

Puis la série désormais classique des formalités pour Chamade et Anthea arrivés ensemble.

Enfin l’accueil parfait par nos amis russes dans leur « marina »

Vient maintenant le temps de découvrir cette terre et ses volcans mythiques…

A suivre…

Severo Kurils’k: Au dessous du volcan

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(Par Sylvie)

Il y a des lieux sur cette planète qui suscitent une seule et unique question : qu’est-ce que je suis venu faire ici ? Severo Kourils’k en fait partie.

Il fait un temps pourri lorsque nous arrivons dans la capitale des îles Kouriles du nord, située justement tout au nord de l’archipel. Il fait un temps pourri, on se les gèle, l’eau a 3°, la température ambiante atteint péniblement les 5° et l’humidité transperce le Gortex. Ce n’est pas un ciel, c’est un mur de nuages qui s’élève au dessus des reliefs encapuchonnés. Plus bas, il traîne une vilaine brume et en plus, il pleut !

C’est dans ce cadre d’une glauquitude achevée que nous apparait le port de Severo-Kourils’k, jonché d’épaves rouillées. Nous sommes assignés au bout du bout d’un quai sous une colline de ferraille, à couple avec Anthéa, lui-même à couple avec un chalutier crasseux. Ça pue le fuel et la poiscaille. On voudrait fuir sur le champ. Mais trop tard : les casquettes vertes et les uniformes sont déjà à l’oeuvre. Et ils ont la réputation d’être archi tatillons.

 

Eh bien, pas du tout. Et c’est la première bonne surprise que nous réserve Severo-Kourils’k. Les officiers de l’immigration et des douanes sont de beaux jeunes gens qui, une fois leur travail fait, se dérident et osent un brin de conversation en anglais. Ils nous montrent sur leurs portables des vidéos de la région d’une beauté à couper le souffle. Pour eux, c’est le plus beau coin du monde et ils n’échangerait pas leur vie contre celle d’un Moscovite. Ok le temps n’est pas toujours top, mais il y a la nature, le ski, le trial, la pêche et tant d’autres activités pour une saine jeunesse ! Sourires, poignées de main. Les formalités sont expédiées dans la bonne humeur. Nous pouvons mettre pied à terre.

La pluie à cessé. La ville de Severo-Kourils’k n’en n’est certes pas plus riante, mais, dans son écrin de verdure, au pied du volcan, elle a un je ne sais quoi d’attachant.

Il y a les deux épiceries bien achalandées et surtout, le petit resto qui fait de la cuisine maison : du borsch, une sorte de goulash, une délicieuse purée de pomme de terre, le tout servi avec un Морс (morse) pur jus d’airelles. Simple, chaleureux, ravigotant.

Un petit "gastro" avec l'équipe d'Anthea pour les 64 ans du capitaine!

 

Il y a la poste où, passé une porte de prison, on se retrouve dans une sorte de petite boutique d’Ali Baba. On y fait la queue pour retirer tous les achats faits sur internet ( internet qui, sans aucun doute a changé la vie des habitants des lieux les plus reculés).

Il y a, au delà des arrières cours et des façades décrépies, les bâtiments bariolés qui donnent à la ville des airs de jeu de Lego. On a tapissé de mousse le parterre de la place de jeu tout aussi bariolée, on achève de construire un trottoir, on fleurit les places, les rues sont propres et bien entretenues.

Il ne manque que le soleil pour que Severo-Kourils’k ne nous séduise vraiment.Et justement, le voilà qui se pointe, dès le lendemain. Le volcan se dresse dans le ciel qui vire au bleu.

Le paysage se fait imposant et chatoyant. Sur les pentes des taches de neige grises forment une peau de léopard sur le vert lustré de la toundra. Et le long de la plage, on a le sentiment de se promener dans un tableau surréaliste : sur la mer sombre des bateaux rouillés, des coques, des mâts et autres amas de ferrailles dessinent leurs silhouettes cabossées. La matière orange retourne lentement, très lentement, à la terre.

Finalement, merci au FSB qui nous a imposé de partit plus tard que prévu. A 16h20, nous a-t-on intimé. Pas avant, ni après. Pourquoi 16h20 ? Nous ne le saurons jamais. C’est malheureusement le genre d’arbitraire auquel les Russes se sont habitués depuis belle lurette. Au moins nous a-t-il permis de voir Severo-Kourils’k sous un autre jour.

Kouriles : les îles mystérieuses !

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En ouvrant l’atlas, en glissant le doigt du Japon aux îles Aléoutiennes, impossible de ne pas survoler le chapelet des îles Kouriles. Un nom qui sent le souffre.

Et pas seulement parce qu’il est composé d’une multitude de volcans. Entre guerre froide et revendications conflictuelles entre Japon et Russie, l’archipel détient une étonnante célébrité pour des îles pratiquement inhabitées. A tel point qu’aujourd’hui encore, elles empêchent toute signature d’un traité de paix entre Russie et Japon pour mettre définitivement fin à la seconde guerre mondiale. Un conflit qui se cristallise sur les 3 îles peuplées du sud de l’archipel, toutes proches d’Hokkaido.

Pour nous, en compagnie d’Anthea, sur notre route entre Sakhaline et le Kamtchatka, c’est le groupe nord que nous allons longer. Une succession de volcans aux flancs abrupts, des côtes qu’on imagine hostiles, noyées dans le brouillard, balayées par des courants improbables, barrière de séparation entre les eaux glaciales de la mer d’Okhotsk et l’Océan Pacifique nord. Là c’est la météo qui a une réputation sulfureuse : les tempêtes hivernales de la mer d’Okhotsk sont légendaires !

Pour les tempêtes, on a de la chance : c’est plutôt le manque de vent qui caractérise cette longue étape de 700 milles vers Kunachir, tout au nord de l’archipel, juste avant la pointe du Kamtchatka.

Pour le reste, la réalité a rejoint la fiction. Trois jours durant nous avons joué à cache-cache avec les volcans, plongé souvent dans le brouillard nous avons frissonné dans l’air humide, baigné dans les eaux glaciales (entre 2 et 3°C) de la mer d’Okhotsk, observé les tourbillons des courants, frissonné encore, mais au sens figuré, en côtoyant ces îles longtemps interdites, en supputant l’emplacement des anciennes bases militaires soviétiques.

Mais nous avons aussi bénéficié d’apparitions magiques, de visions parfois furtives, éphémères… ou parfois de coups d’œil splendides !

Et surtout, loin d’être seuls : partout des oiseaux : pétrels fulmars, macareux, goélands argentés, guillemots… nous sommes bien revenus dans le monde arctique.

Et cerises sur le gâteau… quelques orques et le salut majestueux d’un cachalot !

P.S: Plus de détails sur les Kouriles ainsi qu’un petit film suivront dès que possible

Mer d’Okhotsk : Le petit jeu des probabilités

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Au milieu de la mer plutôt hostile d’Okhotsk (prononcez Orrotsk) la probabilité de rencontrer un bateau est faible. Que celui-ci passe à proximité, c’est encore plus faible. Et que sa route soit exactement contraire à la nôtre, il doit y avoir une « chance » sur 10’000, 100’000… un million… Pourtant ce jeudi, la cible AIS de l’Endeavour est limpide.

Ce bateau de pêche vient exactement en pile face. Le CPA (la distance de croisement) prévue est de 0,01M, soit 18 mètres ! Dans la purée de poids totale qui règne, on ne va pas tenter le diable, on modifie le cap de 15 degrés.

De l’Endeavour, on ne verra qu’une grosse tache sur l’écran radar qui passe finalement à 1km.

Autre probabilité, celle de rencontrer du brouillard aux environs des Kouriles. En juin elle est forte, voire très forte. Hélas cette fois-ci on entre dans les statistiques :

Après une belle première journée au soleil, la chape de plomb nous est tombée dessus. Le vent est faible, la visibilité la plupart du temps nulle.

Moitié voile, moitié moteur on s’enfonce dans une gangue humide et glaciale. L’air est à 5°, l’eau à 2,6°C.

Pas grand chose à faire d’autre que de veiller bien au chaud à l’intérieur, le regard sur l’écran radar.

Mais il y a des moments où on se demande qu’est-ce qu’on fiche par ici ? Qu’elle idée que de venir à la voile aux Kouriles ! Pas de vent, pas de visibilité ! Faut vraiment avoir un grain !

Et puis, soudain, entre deux bancs de brouillard, une vision d’abord fugace… un cône

Un volcan ! Pas doute, les mystérieuses îles Kouriles sont juste devant.

A chacun son paradis

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(par Sylvie)

« Tout autour la mer et au milieu l’enfer ». C’est par cette phrase célèbre que Anton Tchekhov qualifie l’île de Sakhaline où, en 1890, il va passer près de six mois pour décrire les conditions inhumaines dans lesquelles vivent les bagnards et les proscrits du régime tsariste.

Tout autour la mer, oui, mais l’enfer, semble-t-il, s’en est allé voir ailleurs pour les 600.000 habitants de l’île, depuis que l’on y exploite le plus grand gisement combiné de gaz et de pétrole russe off shore.

Pourtant, en arrivant dans le matin gris au port commercial de Korsakov, nous avons plutôt le sentiment d’entrer dans le purgatoire. Avec son compatriote Anthea, arrivé l’avant-veille, Chamade est confiné au milieu des cargos, dans un périmètre entouré de barbelés que l’on ne pénètre pas sans montrer patte blanche. Interdit d’aller s’amarrer ailleurs que dans cette zone dite internationale. Sur le quai, un véritable cimetière de voitures japonaises débitées en demi portion. Soit la tête, soit le cul de la carrosserie, importés séparément, comme « épave », pour éviter les taxes. On les ressoudera ensemble, ici en Russie, on remontera les moteurs arrivés de leur côté par cargo et l’affaire est dans le sac.

Les bagnoles reconstituées, le pétrole. Le paradis se trouverait-il de l’autre côté du chemin de fer à moitié désaffecté ? Après les bâtiments jaunes au toits bleus ? Ne nous emballons pas. À Korsakov aussi l’Union Soviétique a de beaux restes.

Cela dit, la ville est loin d’être désagréable. Des parcs fleuris, des aires de jeux pour les enfants, quelques cafés tendance, des boutiques bien fournies aménagées au rez de chaussée des vieux immeubles communistes reconvertis aux besoins du capitalisme. On a fardé des façades et refait des toits en couleur, comme antidote à la déprime climatique.

À l’hôtel Alpha nous avons pu faire laver nos habits et aussi nous laver dans un sauna qui ressemble fort à un onsen. Souvenir parmi d’autres (des ponts, le chemin de fer, quelques bâtiments) que les Japonais ont laissé de leur présence à Sakhaline. L’île qu’ils ont longtemps partagé moitié-moitié avec les Russes. Rebaptisée Otomari en 1905 par les Japonais vainqueurs de la guerre contre le Tsar, Korsakov a retrouvé son nom en 1945 tandis que son port devenait la principale base de la flotte de pêche de l’extrême-orient soviétique. Et l’île de Sakhaline une zone stratégique fermée.

Aujourd’hui la ville est à la peine, face à Yuzhno-Sakhaline, la nouvelle riche capitale de l’île qui fait dans le business pétrolier. Gregori qui travaille pour Exxon nous y emmène. Pas de doute Yuzhno est une ville cosmopolite qui se développe pour offrir aux expats occidentaux, plus encore qu’à ses habitants une vie très confortable.

Mais c’est Kholms, la ville de son enfance que Gregori veut nous faire visiter. Kholms, où arrive le ferry du continent et qui sert de base arrière au navires d’assistance des plate-formes pétrolières.

Tout au long de la route, Greg nous parle de la vie en hiver, des températures polaires et des routes gelées, du dernier tremblement de terre qui a détruit telle ou telle petite ville. Des ours bruns qui rôdent dans la taïga. Nous en apercevrons deux (une mère et son petit), par hasard au bord d’une des routes principales du sud de l’île. A cette saison ils ont faim. Les saumons n’ont pas encore commencé à remonter les rivières. Ils vont chercher à manger dans la décharge publique.

Greg nous raconte aussi ses grands-parents communistes et leur datcha pink et son terrain de jeu : la plage. Son hobby à lui, c’est le kayak presqu’en toute saison.

Il aurait pu aller vivre à Moscou. Mais pour lui rien ne vaut la nature de son île de Sakhaline. Le mois qu’il préfère, c’est novembre. Quand la taïga rousse se poudre le nez de blanc quand il peut emmener sa fille sur les pistes de ski qui dominent Yuzhno. Pour l’heure, elle est verte, la taïga. D’un vert tendre lumineux, de tous les tons de vert qui existent au monde. Et sous le soleil qui nous réchauffe les os après des jours de pluie, la mer devient bleue.

« C’est ennuyeux, la mer bleue, estime Greg. Moi j’aime quand elle est grise, avec un ciel bas et des montagnes enveloppées de brouillard ». À chacun son Paradis que diable !

 

 

Deux OVNIS se posent à Korsakov

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Korsakov sera-t-elle le nouveau Roswell russe ?

On ne sait. Toujours est-il que les observateurs les plus avisés n’ont pas manqué de remarquer la présence de 2 OVNIS suisses dans le port de Korsakov.

Bien cachés au milieu des cargos et remorqueurs, au terme de deux parcours maritimes aussi peu conventionnels l’un que l’autre, il fallait bien qu’un jour  CHAMADE et ANTHEA  finissent par se trouver.

 

ANTHEA et CHAMADE

Il est vrai qu’au vu des « complications russes », tout militait pour une mise en commun des compétences. A l’un la charge de décrocher les bons visas, à l’autre celle de préparer les escales… et rendez-vous à Korsakov.

Catherine, Jean-Marc, Jacques, Jean-Claude, Jo, Sylvie et Agathe

Le temps de découvrir le sud de Sakhaline, de mettre au point l’intendance, et il sera temps de repartir, cette fois-ci pour un long bord commun en direction des Kouriles et du Kamtchatka.

Non sans avoir hésité à s’inspirer localement pour révolutionner l’architecture navale !

P.S : Depuis 10 ans eux-aussi,Jean-Claude et Marlène Maillard emmènent ANTHEA dans un tour du monde original qui les a conduit de Méditerranée en mer Rouge par le canal de Suez, puis à Oman, en Inde, au Sri Lanka, en Malaisie, Thailande, à Singapour, Bornéo, les Philippines, Taïwan, le Japon, La Corée, Vladivstok et Hokkaido.

Note : Roswell, ville du Nouveau-Mexique, au cœur de « l’affaire de Roswell » en 1947, le cas le plus probant selon les Ufologues, de la visite d’un Ovni sur terre.

 

S’évader d’Olga pour finir au bagne

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Le beau temps revenu, le vent à nouveau favorable, il était donc temps de quitter notre « havre-prison » d’Olga.

Et même si tout était « apparemment » en ordre, une fois amarré en zone sous douane du quai d’Olga, on a eu l’impression de tout recommencer, ou presque.

Car si les papiers préparés était bien les bons, il en fallait encore d’autres. Et d’autres… A défaut de savoir lesquels, le plus simple pour les autorités qui veulent surtout se couvrir, c’est tout simplement d’en demander encore plus. Copies du permis de conduire un navire, établissement d’une « marchrout » (à savoir l’itinéraire suivi précédemment et à suivre ultérieurement) puis une déclaration sur l’honneur de ne pas faire d’autre escale en Russie avant d’entrer au port de Korsakov (en Russie également) et surtout un coup de tampon sur chaque document. On sort donc notre tampon encreur qui n’a encore jamais servi et tout finit par s’arranger. En « seulement » 2 heures de nouveaux palabres tout est terminé, on peut larguer les amarres, cap au large… ouf !

Un départ sous un soleil magnifique mais qui ne va pas durer. Bien vite un brouillard glacial s’invite à la fête, il va durer presque deux jours. Seul avantage pour l’équipage, les quarts de veille se font le nez sur l’écran radar, à l’intérieur, bien au chaud. A quoi bon rester dehors puisqu’on ne voit rien.

A l’aube du troisième jour le brouillard se lève alors qu’on rase les côtes de l’extrême nord d’Hokkaido.

Le magnifique cône du « Rebun Dake » nous fait un clin d’œil de vieux copain japonais mais nous ne détourne pas de notre objectif : franchir le détroit de La Pérouse, cap sur Korsakov, au sud de Sakhaline. Une pensée en passant pour cet explorateur français du 18ème, venu explorer les confins nord-ouest du Pacifique avant de faire naufrage et de perdre la vie à Vanikoro dans les îles Salomon.

Alors que le vent est presque complètement tombé on croise un méthanier. Pas de doute, on est sur la bonne route puisque juste à côté de Korsakov se trouve une gigantesque usine de liquéfaction de gaz (LNG), symbole du Sakhaline du 21ème siècle, désormais l’île du gaz et du pétrole.

Mais pour nous, pas de terminal gazier. Avec ses vieilles grues, ses bâtiments délabrés, ses eaux noires et graisseuses le port de Korsakov est plutôt symbolique de la fin de l’URSS.

Pas franchement gai… d’autant plus quand on se souvient que ce fut aussi le port de débarquement des relégués et des bagnards du tsar.

Photo: musée d'histoire de Korsakov

Mais une fois de plus, il ne faudra pas se fier aux apparences

Qui sauvera le peuple russe?

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(Par Sylvie)

Après 48 heures de huis-clos à attendre la fin du déluge, nous ne savions plus à quel Saint nous vouer.

Heureusement le père Gueorgui a pris l’affaire en main. Samedi après-midi, veille de la fête de Pentecôte, il invoqué tous les Saints dans sa petite église, où l’on avait répandu de l’herbe par terre pour symboliser le renouveau de la nature. Une cérémonie religieuse touchante devant une poignée de fidèles, dont les quatre choristes qui chantait à cappella : un homme et trois femmes aux voix pénétrantes.

La cérémonie terminée, nous nous retrouvons, avec quelques ouailles, attablés dans la très humble petite maison en bois du père Gueorgui. Il y a là l’homme du chœur, vêtu d’un treillis militaire (très à la mode en Russie), le capitaine du bateau qui va ravitailler les phares et deux femmes qui s’affairent pour préparer le thé et quelques bricoles à grignoter.

La minuscule cuisine est pleine comme un œuf. Le père sort la vodka et le cognac, en nous expliquant que selon le grand chimiste russe Mendeleiev, c’est à 40° (ni plus, ni moins) que l’alcool est bon pour le corps humain. Lui, néanmoins, ne boit jamais à la veille des offices. Et demain ce sera celui de Pentecôte. Puis, le 6 juin il fera ses dévotions pour célébrer la naissance de la Sainte Tsarine Alexandra Feodorovna, d’origine allemande mais, dieu merci, convertie à l’orthodoxie russe, sans quoi elle ne serait pas vénérée.

Le père Guergui soulève derrière lui un pan de rideau et nous laisse découvrir une photo de la famille impériale,assassinée en 1917 par les Bolchévik: le Tsar Nicolas II, son épouse Alexandra Feodorovna et leurs 5 enfants. Tous ont été canonisés par l’Eglise russe. « Vous verrez quand le Tsar reviendra. Car il va revenir, c’est certain pour le bien du peuple, déclare le prêtre. On cherche des descendants des Romanov et il y en aurait une dans la famille royale du Danemark ».

Nous restons un peu abasourdis. D’accord, le père Guorgui aime les Hommes de bonne volonté et abhorre le communisme qui les a détourné de la religion. Il peut aussi considérer que les dirigeants post communistes se préoccupent davantage de leurs propres affaires que de celles du peuple. Mais de là a attendre, comme on attend le Messie, le retour du Tsar qui à notre connaissance, n’a jamais été tendre avec son peuple…. « Et que fera donc le Tsar revenu, pour le salut des Russes ? ». Le père Gueorgui nous regarde avec commisération : « Vous ne pouvez pas comprendre, même le peuple russe de comprend pas. Il est ignorant de ces choses-là ». Eh oui, entre Staline, le Tsar et Poutine, lui non plus ne sais pas à quel saint se vouer.

Le lendemain, dimanche de Pentecôte, nous avons failli appeler le Tsar la rescousse pour que les autorités du port nous laissent quitter Olga, après deux heures de palabres et de paperasserie.

 

 

 

Huis clos

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Le verdict météo a été clair et sans appel : l’équipage de Chamade a pris 48 heures ferme.

Et ce jeudi à 17h les portes du pénitencier longtemps se sont refermées…

Mais dieu merci crie Catherine ce matin… « ce n’est pas là que je finirai ma vie ». Car l’heure de la libération approche, la tempête s’éloigne, la pluie devrait cesser et peut-être qu’un timide soleil refera son apparition demain.

48 heures donc passées dans un terrible huis clos

Mais ici, l’enfer ce n’est pas les autres… l’enfer c’est le règlement. Et le châtiment les formalités puisque, vu le retard, nous quitterons Olga pour aller directement à Korsakov sur l’île de Sakhaline. Il faut donc faire les formalités de sortie de Russie pour gagner les eaux internationales.

Mais quelles formalités ? Visiblement notre cas pose problème aux représentants de l’Etat. Un voilier étranger demandant une « clearance » à Olga, c’est du jamais vu. Entre douanes, immigration et sécurité maritime, chacun a un avis différent, chacun veut d’autres papiers, mais sans qu’on arrive vraiment à définir lesquels. Dont notamment une lettre d’intention écrite en russe !

Avec Catherine nous formons un duo original : l’interprète ignorante et charmante avec le capitaine inflexible. On finit par tomber d’accord sur une procédure. Dimanche matin nous accosterons au quai des cargos, en zone sous douane et procéderons aux formalités. A la question : combien d’exemplaires de chaque documents sont-ils nécessaires ? La réponse est limpide : « Suffisamment… »

A bord, on prend donc des mesures conservatoires… et l’imprimante tourne à fond.

Ainsi tout devrait bien se passer, d’autant plus qu’on rend hommage à qui de droit.

Cuvée Staline, paradoxalement un peu douce

Agathe en pleine "léninogravure"

Moins infernal… quoique… La température. Avec ce vent tempétueux venu du nord, le thermomètre déprime, d’autant plus que Chamade trempe ses fesses dans une eau à 3°C. Un regard sur les cartes de courant de la région suffit pour comprendre le phénomène…

Du coup on se réjouit paradoxalement de monter plus au nord, pour quitter cet « enfer ». Mais de là à imaginer un environnement joyeux à Korsakov il y a un pas, quand on lit Tchekov et ses descriptions de l’enfer des camps de Sakhaline, dont justement Korsakov fut un des hauts lieux.

Kavalerovo : vie, grandeur et décadence de l’URSS

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C’est donc bien déterminé à se laver la tête (et le reste) que l’équipage de Chamade a embarqué dans le bus express pour Kavalerovo et son hôtel « Octobre».

Sa cabine de douche flambante neuve est clinquante, mais déjà la robinetterie en plastique « made in China » se déglingue et je ne donne pas deux mois à cet appareillage pour être hors d’usage. Oh combien symbolique de la transformation économique chaotique de toute cette région.

Kavalerovo, ville fondée à la fin du 19ème siècle par un preux explorateur à cheval doit son développement à la découverte de gros gisement d’étain dans les montagnes alentours.

Peinture exposée au musée de Kavalerovo

L’exploitation tout d’abord assez anarchique s’organise rapidement sous le régime soviétique et dans les années 40, en pleine guerre avec l’Allemagne, les réserves d’étain sont alors stratégiques et l’exploitation tourne à plein régime. La ville se développe à marche forcée, les blocs d’habitations de type soviétique poussent comme des champignons et Kavalerovo va compter plus de 40’000 habitants.

Musée de Cavalerovo: La ville en 1970

Le minerai récolté dans les galeries environnantes est traité dans d’immenses raffineries qui font la richesse de la ville, si l’on fait abstraction de la pollution catastrophique qui va avec.

La ville est même décorée par le Parti en 1966 pour ses résultats modèles.

L’exploitation continue de plus belle dans les années quatre-vingts, mais l’économie planifiée n’a que faire de la modernisation ou de la diversification… et patatras…

A la chute du régime soviétique tout l’appareil industriel est obsolète, les mines, désormais non rentables, sont abandonnées et les raffineries détruites. C’est un véritable tsunami économique qui dévaste la ville qui compte aujourd’hui tout au plus 15’000 habitants.

Le bois est désormais l’unique source de revenu, avec les emplois de fonctionnaires. Au dire des habitants la situation est toujours très difficile. Pourtant étonnamment, comme à Olga,  les nombreux magasins  sont bien achalandés, et les 4×4 japonais (d’occasion, avec le volant à droite) envahissent les rues de la ville. Une économie sans doute souterraine faite de « bricolages ». Sera-t-elle plus durable que la cabine de douche de l’hôtel « Octobre » ? Mystère.

Musée de Kavalerovo

 

P.S : Merci aux magnifiques « babouchkas » du musée d’histoire de la ville, qui là aussi nous ont merveilleusement accueillis et expliqué l’histoire de Kavalerovo.

Re P.S : Le temps nous a manqué pour aller découvrir Dalnegorsk, 2 heures de route encore plus loin. Elle serait l’une des 10 villes les plus polluées du monde (Source : Worstpolluted.org). Dédiée elle aussi à l’exploitation minière : Plomb, zinc, bore et nodules polymétalliques y ont encore extraits.  50% des enfants de la ville y présenteraient un taux alarmant de plomb dans le sang ! (>10μg/dl)

Les glaces Plombir: seule vraie douceur d'une époque révolue!

Et encore:

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