Civisme à la coréenne

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(Par Sylvie)

Séoul, samedi 3 décembre 2016. Préparatifs de la monstre manifestation qui a lieu chaque samedi, depuis maintenant 5 semaines, pour réclamer le départ immédiat de la Présidente Park Geun Hye.

 

Dès midi une organisation exemplaire se met en place. Les associations et les partis d’opposition ne sont pas seuls à se mobiliser. Le maire de Séoul qui en fait partie a envoyé ses services pour assurer la diffusion par haut-parleurs et sur grand écran des concerts et discours politiques.

Il assure aussi la présence de toilettes publiques, tandis que les compagnies privées de téléphonie dressent partout des antennes supplémentées pour éviter la saturation de leurs réseaux.

 

On a collé sur les trottoirs des affiches raillant la Présidente, pour que les citoyens lisent et la piétinent symboliquement.

 

Et qui dit manif, dit business en perspective. Les marchands de barbe à papa et autres brochettes salées sucrées, installent leurs échoppes le long de l’immense avenue qui mène à l’enceinte du palais royal de Gyeongbokgung et juste derrière à la maison bleue, résidence de Park Geun Hye. Vers trois heures, les manifestants commencent à affluer lentement. Des vieux, des jeunes, des familles avec leurs enfants

On fait la queue pour acheter des bougies. On se munit de drapeaux et des affiches qui disent à la Présidente « casse-toi ».

Notre ami Joon nous entraîne dans la foule bon enfant qui devient de plus en plus compacte. Les haut-parleurs commencent à gueuler. L’écho des citoyens en colère s’élève. Mais tout est savamment dosé. Entrecoupé de pauses musicales offertes par des groupes de rock (bonne pub pour eux).

Les moines et les nonnes sont en première ligne, eux aussi.

Sur un drap tendu, des gens font rouler la tête carnavalesque de la Présidente et chacun est invité à la molester. On tape, on tape, avec la rage et la colère qui anime tous ceux qui sont descendus ce soir dans la rue. Les Coréens qui, dans les années 70 se sont battus à coup de manifestations sanglantes pour faire tomber la dictature, n’admettent pas que les politiciens bafouent et salissent la démocratie, LEUR démocratie, conquise de haute lutte. La présidente qu’ils ont élue, il y a quatre ans est aujourd’hui accusée de trafic d’influence et de corruption. Et ses excuses n’y feront rien, ni les jeux politiciens de son parti. Elle doit « dégager » fissa et être jugée. Préserver la démocratie, c’est aussi préserver l’éthique en politique.

La tension monte et pour moi aussi l’excitation avec, je l’avoue, un brin de nostalgie pour ces moments uniques de journalisme où l’on a le sentiment d’assister ou de participer à un moment historique.

On s’approche de la Maison bleue. Les cars de police balisent l’itinéraire indiqué sur un écran géant.

Mais sous les casques en faction, pas la moindre manifestation d’animosité. On a même reculé de 100 mètre la zone à ne pas franchir. Parce que jusqu’ici toutes les manifestations se sont déroulées sans incident. « personne ne veut que les violences des années 70 se répètent », explique Anna, la femme de Joon.

La nuit est tombée sur Séoul, il est 19 heures, le cortège refoule dans la rue adjacente pour rejoindre la marée montante des bougies qui illuminent un océan d’ombres chinoises, assisses sur l’asphalte.

Ce soir, ils sont plus d’un million et demi à avoir investi pacifiquement l’avenue. Sans bousculade, sans agressivité, sans violence, mais avec la froide détermination de ceux qui ne veulent plus s’en laisser conter. Belle leçon de civisme d’une jeune démocratie qui veut vieillir dans la dignité.

 

Chamade à terre pour l’hiver

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Il s’en est fallu de peu, mais Chamade est à terre pour l’hiver. Et cela s’est joué à quelques centimètres.

« La largeur maximum, c’est 4 mètres » nous avait dit le manager de la marina au moment de décider d’aller à Yeosu pour l’hiver. « Ok, pas de problème » lui avait-on répondu, puisque Chamade fait 3,95 mètres de large !

Mais en arrivant sur place, la fosse du travelift nous avait paru bien petite. On avait sorti le double-mètres pour vérifier : 4,15 cm exactement d’utilisable, soit 10 cm de chaque côté ! Mais pour le poids, aucun soucis, l’engin peut soulever jusqu’à 25 tonnes.

Restait ensuite juste à démontrer à nos hôtes qui avaient de la peine à le croire, que Chamade n’avait pas besoin d’un ber. Deux petites poutres en bois faisaient l’affaire.

Un bateau sans quille ! Depuis que nous sommes à terre le défilé n’arrête pas. Chamade est vraiment LA curiosité de la marina !

Quand à nous, on file vers la Suisse, avec une escale à Séoul.

PS : Juste préciser quand même que pour le voyage, on prend le train et l’avion !

Reçus comme des criminels !

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Nous sommes arrivés tout sourire à Yeosu. Heureux de cette belle croisière dans les îles du sud et heureux de découvrir la meilleure marina de Corée. Et pour cause, elle a ouvert ses portes il y a tout juste 8 mois.

Pontons flambants neufs, protection parfaite au fond de l’immense baie de Yeosu, la Saekyung Marina est l’endroit idéal pour y laisser Chamade quelques mois aux bons soins d’une équipe de jeunes managers souriant et, qui plus est, parlant anglais. A peine les amarres tournées aux taquets qu’on bénissait notre ami Joon de nous avoir recommandé d’hiverner ici.

Mais le lendemain, l’ambiance tournait à l’aigre. Les autorités portuaires et l’immigration nous tombaient littéralement dessus. Pourtant, comme partout ailleurs, notre ami Joon avait procédé aux formalités habituelles avec les douanes et les coast guard. Mais à Yeosu cela ne suffit pas. Ici, avec deux superyachts russes venus chercher un abri pour l’hiver, nous sommes les premiers étrangers à venir séjourner dans la marina. Les autorités, ne sachant pas trop comment faire, ont décidé d’appliquer la procédure valable pour les cargos, et cela à la lettre ! Pour elles, à chaque escale, comme les cargos, ne devrions refaire des formalités avec les douanes, l’immigration, les coast guard et les autorités portuaires. Et peu importe que nous ayons une autorisation de séjour valable 3 mois tamponnée dans nos passeports. Une procédure totalement inadaptée aux yachts et qui fait qu’à Busan ou à Tongyeong, les autorités ont adopté une procédure simplifiée (si l’on peut dire vu qu’il faut quand même à chaque fois s’annoncer aux douanes et aux coast guard).

A gauche "My Issue", au centre "Chamade", à droite l'autre superyacht russe "Fortaleza"

Si l’affaire se règle rapidement avec les autorités portuaires, avec l’immigration c’est une autre histoire. Nous voilà convoqué au bureau à l’autre bout de la ville. Nous y allons avec l’équipe de la marina qui tente de démontrer notre bonne foi, d’expliquer que même eux ne connaissaient pas la procédure… rien à faire. Nous voilà obligé de signer un document entièrement en coréen, dans lequel nous reconnaissons notre « culpabilité ». Impossible d’obtenir une traduction. Les fonctionnaires sont détestables et d’une arrogance incroyable. Et quand on demande au moins une copie du document qu’on vient de signer, refus. On est là dans l’abus d’autorité le plus total, mais que faire ? Sinon payer. 160’000 wons d’amende (160$) ! Et on s’en tire bien puisque les 2 superyachts russes (pourtant accompagnés d’un agent maritime coréen, mais ignorant lui aussi la procédure à Yeosu) se retrouvent condamnés à 1 million de won d’amende (1000$).

Et dire que nous sommes dans une marina qui fait partie d’un immense projet décidé et financé par le gouvernement pour développer la plaisance en Corée du sud. Dire que ce même gouvernement a décidé d’agrandir cette marina toute neuve pour en faire un immense complexe maritime et hôtelier d’ici 2020. Et que la venue de yachts étrangers (notamment les Russes qui ne peuvent laisser leur bateau à Vladivostok en hiver) est un moyen de rentabiliser ce projet. Mais l’administration n’en a cure et la main gauche ignore ce que fait la main droite.

On croyait que les formalités étaient compliquées au Japon, mais en Corée c’est encore pire, et à Yeosu c’est tout juste le délire. A bon entendeur !

Nous, on est allé se consoler avec Victor, le capitaine du yacht russe « My Issue ». Lui aussi vient d’arriver à Yeosu pour l’hiver.

Victor mitonne son excellent borch

Victor qui nous cuisine un excellent « borch » avant de nous faire visiter de son yacht de 27 mètres. Son boss, le patron d’une grande entreprise de pêche, est à la maison à Vladivostok. Victor espère pouvoir rentrer lui aussi auprès de sa femme et de son fils pour les fêtes de fin d’année, avant de convoyer « My Issue » vers une autre destination donnée par son propriétaire.

Le cockpit est mieux abrité que celui de "Chamade"!

2x 1500 CV, 30x la consommation de Chamade en régime économique (60l/h)

 

La face cachée des Coréennes

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(Par Sylvie)
Difficile de les aborder à visage découvert. Les femmes coréennes aiment à se cacher

La face planquée sous leurs larges visières ou leur chapeaux surmontés d’un foulard, on les voit travailler aux champs. Toujours affairées, pliées en deux ou accroupies. Comme si elles devaient porter des oeilleres pour mieux se concentrer sur leur labeur.

Dissimuler son visage, c’est comme porter l’uniforme de la travailleuse. Certaines se rendent même totalement méconnaissables en se nouant un mouchoir qui les couvre jusqu’au nez. Et comme on ne peut pas voir leurs yeux, à cause des visières, on a le sentiment de croiser des clones  de l’homme – ou plutôt de la femme – invisible.

Est-ce par tradition, pour se protéger de la  poussière, de la pollution et des rayons du soleil que les Coréennes se camouflent ainsi ? Sans doute, même si l’uniforme se porte aussi par temps gris et qu’il semble très à la mode pour les loisirs.  Pas question de faire son footing, son jogging, sa balade à vélo, ni même son shopping, sans se cacher la face – ou  des regards ?

 

Il est vrai que les Coréens du sud ne semblent pas satisfaits de leur physique et que dans ce pays  la chirurgie esthétique bat tous les records. Hommes et femmes confondus y recourent très facilement  notamment pour se doter d’un nez plus fin, à l’image des personnages de manga ou des princesses de Walt Disney. Il n’est pas une présentatrice de TV qui n’ait son petit nez mignon au milieu de la figure. J’ai aussi lu quelque part que selon un sondage, les femmes n’aiment pas que l’on puisse lire leur sentiments sur leur visage. Mais cela peut-il servir d’explication à cet escamotage de visages ?

Cela dit, les Coréennes on bel et bien un visage et même plusieurs. Dans les villes, sur les marchés, on voit de tout. Des élégantes à visière qui sont capables de vous descendre 12 bouteilles de bière d’un demi-litre, en moins d’une heure, chaque verre cul sec. Et aussi des moins élégantes qui vous balancent un bon gros mollard à cinq centimètres de la figure. Mais quel que soit leur degré de raffinement et de dissimulation, en République de Corée, les femmes passent rarement inaperçues. Énergiques, causantes et enjouées, elles semblent armées d’une force tranquille et d’un sacré tempérament.

P.S : je vous reparlerai des femmes de Séoul quand je les aurai vues. En ce moment, en tous cas, il y en a une dont on voit tous les jours le visage crispé à la télévision, c’est Park Geun Hye, la Présidente du pays, empêtrée dans un scandale de trafic d’influences.

 

 

 

Des algues… comme à l’usine !

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Il est fortement déconseillé, voire interdit, de naviguer de nuit en Corée.

En s’approchant de l’ile de Shisando on comprend vite pourquoi.

Dès l’entrée de la baie des milliers… des dizaines de milliers de bouées barrent le passage. Des parcs à poissons ? Que nenni… des fermes d’algues.

Nous sommes ici au cœur de la culture de ces algues tant appréciées dans la cuisine coréenne.

Et Shisando, petite île, en a fait la source de sa prospérité.

A peine entré dans le port qu’on se trouve au milieu de montagnes de bouées, de cordages et de perches en tout genre.

Dès l’aube c’est le branle-bas de combat. Tout le monde court sur les quais. Les plates (bateaux de travail à fond plats) démarrent à grand coups de moteur rugissant. Comme si l’urgence était permanente.

Au large les algues sont cultivées sur des filets tendus entre deux bouées… alternativement dans l’eau puis à l’air après une manœuvre de retournement.

Ici on travaille en famille mais cela ne suffit pas. La manutention est énorme et l’île manque de bras. Elle engage donc des travailleurs saisonniers.

Comme Roman, jeune Russe venu de Krasnoïarsk (Sibérie) pour une quinzaine de jours. Il parle un peu l’anglais et tombe des nues en apercevant notre pavillon suisse. « Je suis ici avec un copain. Le travail est dur, les heures sont longues, mais pour la Russie, le salaire est excellent… »

Quand à nous, même si nous avons été très gentiment accueillis, même si on nous a laissé une place au ponton, on sent vite qu’on dérange. Alors de bon matin on repart pour une navigation zigzagante entre des milliers… des dizaines de milliers… des centaines de milliers de bouées…

 

Jeju : un tourisme au cordeau !

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Jeju, c’est le Hawaï coréen. Ile magnifique surmontée d’un volcan, climat quasi tropical, côte basaltique de grande beauté… Jeju est le « must see » touristique de Corée. Et depuis que le gouvernement y a encouragé le développement touristique, le succès est au rendez-vous… les cohortes de touristes aussi. Un tourisme de groupe comme il va de soi en Asie.

Il est 8h30 du matin lorsque nous arrivons sur le parking de l’Ilchulbong, le « pic du lever de soleil », inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco. Avertis que même en basse saison l’affluence peut être forte, nous avons donc choisi de venir de bonne heure. Sur le parking, une dizaine de voitures et un car qui vient d’arriver. Nous entamons donc la montée juste avant le premier groupe.

Jeju, l'Ilchulbong © Jeju Tourism

Le chemin est non seulement aménagé, il est marqué, balisé telle une autoroute. Piste de montée, piste de descente, fléchage au sol… c’est tout juste s’il n’y a pas de feux de circulation ! Et tout au long du chemin, des haut-parleurs qui diffusent en Coréen, Japonais, Chinois et Anglais les mêmes informations qu’on peut lire sur les différents panneaux.

Arrivés en haut, seule est accessible la plateforme d’observation. C’est beau, évidemment, mais disons que la nature nous semble bien loin !  Il est 9h, je jette un coup d’œil en bas sur le parking : il y a déjà 50 cars ! Vite redescendre avant l’arrivée de la marée…

Sur le chemin du retour, seuls « Blancs » dans le paysage au milieu de milliers de Chinois sortis de leurs cars, nous sommes « le sujet » photographique. Tous veulent être pris en photos avec nous, il faudra pratiquement prendre la tangente !

Chaque jour, ici, ce sont des dizaines de milliers de touristes qui grimpent ce volcan de tuf. En haute saison, il est même pratiquement inaccessible. Alors bien sûr on comprend mieux que tout soit encadré, que le chemin soit entièrement recouvert de passerelles. Sans cela, dans ce tuf fragile,   l’érosion serait dévastatrice. Ok ! mais fuyons !

Heureusement l’île a d’autres charmes. Comme le vieux village de Seongeup. Encore en grande partie habité, il est magnifiquement conservé. Murs de lave, toits de chaume, cour de ferme en terre battue, il donne une très bonne image de ce que fut jusque dans les années 50 la campagne coréenne.

Ou encore le rivage de Gimnyeong, entre roche de basalte et sable blanc.

Non, ce n'est pas nous!

 

Autre « must see », mais heureusement moins fréquentés, le site des tunnels de lave. Les plus longs jamais découverts au monde. L’un d’eux, Manjangull fait près de 7 km de long dont 1km est aménagé et ouvert à la visite. Fascinant !

Enfin, à ne pas manquer et délaissé du tourisme de masse, le musée d’art contemporain Arario. Crée par un riche entrepreneur coréen dans une ancienne friche industrielle du port de Jeju-si, il offre une collection aussi étonnante que méconnue des Occidentaux, comme ce Gulliver en peaux de vaches…

ou cette vision écologique indienne de « la barque est pleine »

"La barque" ouvre de Subodh Gupta

Seul regret : la météo peu favorable qui nous a empêché de monter à l’assaut du sommet du volcan principal, le Mt Hallasan (1950m le plus haut sommet de Corée). Même si là aussi paraît-il les marcheurs coréens sont nombreux, nous aurions peut-être été loin de ce tourisme au cordeau !

 

Les Coréennes ne manquent pas de souffle !

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(Par Sylvie)

Mais qui sont donc ces drôles de sirènes palmées  qui s’exhibent sur les murs des maisons de l’île de Jeju ?

Ce sont les Haenyo, les « femmes de la mer ». De sacrées nanas qui s’en vont pêcher en apnée, jusqu’à 20 mètres de profondeur, les tourteaux, les conques et autres fruits de mer qui se vendent à prix d’or sur les marchés. Glorifiées, presque mythifiées, les Haenyo sont devenu au fil du temps des figures de légende sur leur l’île d’origine qui leur a dédié un musée et les promeut comme label touristique.

Leur histoire centenaire a ému et inspiré plus d’un artiste, comme à Gimnnyeon, paisible et prospère village de pêcheur, où le sculpteur Lee Hyun Yong leur rend un hommage au grand jour.

Belle revanche pour ces ondines courageuses et endurantes qui furent longtemps méprisées, parce issues des classes les plus pauvres. Il leur aura fallu près de deux siècles de vie miséreuse et harassante pour que leur profession et leurs mérites soient enfin reconnus.

La première mention sur les Haenyo de Jeju daterait de la fin du 18ème siècle. Jusque là, semble-t-il, la pêche était l’apanage des hommes. Pourquoi les femmes se sont-elles mises à plonger et à s’approprier cette profession en chamboulant l’ordre social en vigueur ?  Pour une histoire d’impôts.  C’est du moins l’explication que je retiens parmi d’autres : Les hommes devaient  s’acquitter d’une lourde taxe sur la pêche auprès de sa Seigneurerie. Mais pas les femmes qui comptaient pour beurre et qui donc furent envoyées au turbin, au fond de l’eau pour nourrir la famille, tandis que leurs époux s’occupaient des enfants.  Pour tenter de lutter contre cette fraude fiscale légale, sa Seigneurerie émit un décret interdisant aux femmes de plonger, pour cause de nudité (le burkini n’était pas encore à la mode et les combinaisons néoprène non plus )

Las, l’habitude était prise et dans la province de Jeju, le métier de Haenyo s’était imposé dans les mœurs de mère en fille, en même temps qu’un étonnant matriarcat. À 12 ou 13 ans, les petites filles s’aventuraient déjà en mer, en s’appuyant sur leur taewak ces indispensables flotteurs de joncs qui faisaient partie du matériel de pêche. A 15-16 ans elles commençaient leur apprentissage de la plongée, pour passer professionnelles deux ans plus tard. Quinze jours de travail en moyenne par mois : quelle que soit la saison, de 7 h à 14h, elles plongeaient. Même enceintes.  C’est ainsi que de pauvresses, les Haenyo sont devenues riches. Leur lucrative activité fit la fortune économique de leur l’île (en 1960, la récolte des Haenyo, apportait 60% des bénéfices des poissonneries de Jeju) et essaima sous d’autres cieux et dans d’autres eaux, jusqu’au Japon.

Celles que nous avons rencontrées sortaient de l’onde sur l’île de Sorido, avec leur combinaisons néoprène, ppalli, ppalli, (vite vite, comme toujours en Corée), et leur bassines pleines de coquillages délicieux. Une heure plus tard, ils étaient dans nos assiettes.

Mais faut-il pour autant regretter la lente disparition de ce métier de forçat ? Car les Haenyo sont vieillissantes. Relativement jeunes nos pourvoyeuses de  fruits de mer étaient accompagnées d’une plongeuse plus que sexagénaire, alors que certaines continuent d’aller chercher leur or en coquilles jusqu’à l’age de 80 ans. Mais la relève désormais se fait rare et les héroïnes sont fatiguées. On le serait à moins.

Des îles, des ports, des paysages et des hommes

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Petit résumé de trois semaines de navigation et de découvertes au sud de la péninsule coréenne.

Si les températures de fin d’automne furent parfois fraîches, le temps généralement ensoleillé a permis de belles découvertes.

Geoje-do :

Port: Jisepo. Les pontons de la « Yacht Academy » ont bien souffert du dernier typhon. Mais nous trouvons juste une place sur un « pas trop malade ».

Paysage : La 2ème plus grande île de Corée est surtout connue pour ses immenses chantiers navals. Mais les falaises de la côte sud méritent le coup d’œil.

Hommes : Hormis l’officier des gardes-côtes venus voir ce qu’on faisait là, nous ne verrons personne. La « Yacht Academy », réputée pour son accueil chaleureux des voiliers de passage, est visiblement encore sous le choc du typhon. Tout est fermé et désert.

Tongyeoong :

Port : Marina devant l’hôtel Kuhmo. Ponton en plastique.

Paysage : Vue magnifique sur toute la région depuis le sommet du Mt Mirkeusan (atteignable en télécabine) et beau sentier pour en redescendre.

Tongyeong vuu du sommet du Mt Mirkeusan . A droite, la marina

Homme : Captain Yoon (voir l’article)

Yokjido :

Port : Amarrage tout au fond du port du village principal. Ponton flottant à partager avec les pêcheurs.

Paysage : le sentier des crêtes qui se termine au bord des falaises après le passage d’une passerelle suspendue.

Homme : Jun Ok Shin : l’enfant de l’île, devenu patron de la Young Bin Shipping Company à Busan. Revenu quelques jours dans son île pour voir sa mère, il n’aura de cesse de nous démontrer que les patates douces et les mandarines de l’île (et surtout celles de sa mère) sont les meilleures de Corée !

Jun Ok Shin

Sorido :

Port de Yeondo. Amarrage au ponton flottant devant la poste.

Paysage : Le phare et les falaises du sud de l’île

Hommes :

-Joon, notre ami de Séoul qui est venu nous rejoindre ici pour quelques jours de navigation vers Jeju.

Joon Lee, notre ange gardien et équipier de luxe entre Sorido et Jeju

 

-Jun (encore un !). Un jeune parlant l’anglais (c’est rare) qui nous interpelle au milieu de son micro-village de Yeokpo. Comme pratiquement tous les jeunes de l’île, il est parti trouver du travail sur le continent, mais il est revenu passer le week-end chez ses parents.

-Le patron du café Daum qui a retroussé ses manches pour éviter de succomber à l’exode. Il a construit une petite guest house confortable qui lui permet d’accueillir suffisamment de fervents de randonnées pour vivre décemment sur son île.

Geomundo :

Port de Geomun-ri. Amarrage sur l’un des pontons flottants des ferries. Couvert de guano il se transforme en patinoire sous la pluie !

Paysage : Pluie et tempête ont limité les découvertes à la découverte des rues du village et du cimetière des Anglais. 6 soldats anglais enterrés ici lors de l’occupation de l’ile par un escadron britannique durant 2 mois, pendant la guerre russo-japonaise.

Hommes : Le patibulaire surveillant du terminal des ferries qui nous refuse sèchement l’amarrage avant que son chef arrive pour le contredire et nous souhaiter la bienvenue. Sa femme nous offrira même des kakis ! (Il y a en fait 2 énormes pontons, mais les ferries n’en utilisent qu’un seul)

Jeju :

Port : Marina de Gimnyeong

Paysage : Voir l’article sur Jeju

Hommes :

-Mr Hoo. Patron à la retraite, il a fait fortune en développant une entreprise spécialisée dans le chauffage à distance. Une technique privilégiée pour chauffer (et refroidir en été) les immenses blocs d’appartements caractéristiques des villes coréennes. Il s’occupe désormais de son grand catamaran qu’il a emmené l’an dernier aux Philippines et qu’il mènera l’été prochain à Hokkaïdo.

Mr Hoo et Kim

-Kim, skipper, moniteur de plongée et prof de ski ; responsable des activités nautiques d’un grand hôtel tout en étant le leader d’un team qui participe à toutes les régates de Corée.

-Joo, l’instituteur qui nous dépasse tout sourire à vélo alors que l’on regagne Chamade au terme d’une ballade sur le rivage. 5 minutes après le voila qui a fait demi-tour et qui vient nous dire « You are so nice ! Can I take a picture with you ? » Joo fait le tour de la Corée sur son mini-vélo. Nous voilà amis sur Facebook ! C’est ainsi qu’on découvre à postériori que notre charmant instituteur est un ancien commando des forces spéciales coréennes !

Joo, l'ex commando des forces spéciales

Yeoseo :

Port : Niché au creux des falaises du nord de l’île. Arrivés à marée basse on s’amarre le long du quai. Mais très vite un pêcheur nous indique qu’en ces jours de grandes marées, l’eau arrive au niveau supérieur des escaliers et qu’il est donc impossible d’y rester. Très gentiment il nous propose de nous mettre à couple de son bateau amarré à l’unique ponton flottant du port. Le lendemain matin, à marée haute on constate que le conseil était bon !

 

 

 

 

 

 

 

Paysage : Le village, très joli, niché au creux des falaises avec ses ruelles en pentes qui serpentent entre les maisons. Le sommet de l’île doit être une belle ballade, mais la pluie intense nous a dissuadés de tenter l’expérience.

Homme : Notre bienveillant pêcheur bien sûr !

 

 

 

Chodo :

Port : Le principal des quatre ( !) ports de cette île de 2km sur 4. Là encore la marée atteint le sommet des quais rendant l’amarrage impossible en vive-eaux. Mais on peut s’amarrer au côté droite du ponton du ferry.

Paysage : Les petits hameaux de l’île et le sommet (339m) facilement accessible qui offre une vue magnifique

Homme : Les femmes plutôt, qui partout nous accueillent avec un grand sourire et qui voyant qu’on leur dit bonjour en coréen, se lancent dans de grands discours. On a toutes les peines du monde à leur faire réaliser qu’on ne les comprend pas. Mais quel dommage !

 

Shisando :

Port : Peu profond, au nord-est de l’île. Très encombré par l’intense activité de cultures d’algues. On se sent un peu importun, mais l’accueil est bon et on nous propose de nous amarrer au ponton flottant principal, au cœur d’une noria de plates de travail.

Paysage : Quasi industriel ! Tant l’accumulation de matériel pour la culture d’algues est importante. Bouées par centaines, filets, cordages, camions-grue…

Homme : Roman, le Russe de Krasnoyarsk, (voir article sur Shisando)

Naredo :

Port : Premier amarrage au quai, devant le poste de police. Vu les 3 mètres de marnage et les vagues des bateaux qui passent, l’endroit est dangereux. Allons demander si on peut s’amarrer à l’un des pontons des ferries visiblement non utilisé. Accueil sympa d’un jeune qui parle l’anglais, mais son supérieur est beaucoup plus antipathique. Il nous fait traduire : « Vous avez deux choix : soit vous restez là-où vous êtes, soit vous partez ! ». Le jeune tente de s’excuser de l’accueil, son supérieur le chasse. Nous on repart pour traverser vers un ponton flottant aperçu sur l’ile d’Aeso, juste en face. A peine amarré, un vieux monsieur vient nous interpeller. Par geste il nous fait comprendre qu’il vient d’avoir un appel de la police. Par geste toujours on lui indique qu’on va dormir ici et que demain on s’en ira à Yeosu. Pas sûr qu’il ait compris, mais il hoche la tête et repart apparemment satisfait.

Paysage : Le hameau aux micro-ruelles et le sentier de crête qui mène au phare

Hommes : Le jeune policier J et son supérieur L

P.S:  Un tout grand merci à Joon pour son rôle d’ange gardien vis-à-vis des autorités. Que ce soit depuis le bord, ou depuis Séoul, il a averti par fax, à chaque fois, les douanes et les garde-côte de nos départs et arrivées. Vu comme cela, les formalités en Corée, c’est facile! Mais sans Joon, cela aurait été une toute autre histoire.

 

Corée : en avant toute !

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En ce jour de printemps 1905, Mister Jun est rayonnant. Pensez-donc, il inaugure sa toute nouvelle maison, au cœur même du village de Seongeup, sur Jeju, la « grande île ». Un bâtiment d’habitation, une écurie et un hangar qui entourent une cour intérieure. Murs de pierre de lave, toit de chaume, l’architecture est la même depuis des siècles.

Mais aujourd’hui sa maison est une curiosité touristique et ses arrières petits-enfants vivent sans doute  dans un ensemble comme celui-ci.

En un siècle la Corée a changé de monde. Et même, en bien moins qu’un siècle, puisqu’il a fallu attendre la fin de la guerre de Corée en 1953, pour que le pays commence sa marche forcée vers la modernisation.

C’est donc en une génération à peine que le pays est passé pratiquement du moyen-âge à l’ultra-technologie. Et dans les îles, les marques de ce tsunami socio-économique sont visibles partout.

Comme à Yokjido où le tourisme remplace de plus en plus une micro-agriculture en replis, même si les patates douces et les mandarines de l’île restent parmi les plus recherchées de Corée. Et sur les flanc de l’île, l’abandon des cultures est bien visible.

Faut-il y voir un signe de déprime, si, comme à Sorido, la pollution plastique est partout. Sacs d’engrais, emballages en tout genre, tout traîne et se retrouve dans les ruisseaux.

La pêche traditionnelle aussi est à la peine. Elle est devenue quasi industrielle. Partout d’immenses madragues (piège à poisson) ou d’énormes parcs d’élevage.

Mais là aussi il y a un prix à payer. Plus une plage, une crique, une côte qui ne soit maculée de déchets en tout genre : Filins, bouées en polystyrène (sagex)  sont partout.

Quant au récent typhon, il n’a guère dû arranger les choses.

Jamais nous n’avons navigué dans des eaux aussi envahies de déchets. Et les quelques panneaux d’avertissement semblent tenir de la méthode Coué.

Mais cela ne semble pas vraiment inquiéter. Confrontés, comme partout, à la crise économique, les Coréens continuent de foncer… en avant toute !

La Corée, jusque dans son quotidien, c’est la perpétuelle impatience !

Corée des îles

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(Par Sylvie)

Nous avons quitté les villes :  la frénésie un peu bling bling de Busan, le port  turbulent de Tongyeong. Et après une brève soirée toute francophone (rarissime plaisir depuis que nous sommes en extrême-orient) avec Cécile, Jean-Luc et Ulysse, l’équipage de Ad hoc, nous avons largué les amarres pour nous exiler avec plaisir sur des îles aux allures presque méditerranéennes.

C’est la saison des courges, des kakis, des mandarines et des patates douces, spécialité incontestée de Yokjido (2000 habitants). Elles s’empilent devant les magasins, dans les arrières cours. Elles jonchent les quais et les ruelles, sus forme de chips aptes à faire du bon « Soju », l’alcool local, dont certains pêcheurs – nous l’avons constaté en arrivant en amarrant Chamade – abusent sans vergogne : bing dans le ponton, bang dans le bateau de derrière et en avant plein gaz !

C’est sous la protection d’un Christ de Corcovado et de trois croix de néons raccoleuses que nous avons passé trois jours à Yokijdo, l’île où les habitants de Tongyeong vont se délasser le week-end. D’où les nombreux restaurants et l’écran géant du port qui vante en boucle, 24h sur 24, les beautés et bontés du site.

Et des beautés il y a de quoi s’en mettre plein les yeux. En prenant un peu de hauteur, sur des chemins pédestres toujours bien entretenus qui longent des plantations de camélias bourgeonnants à cette saison. Les Coréennes en raffolent pour s’en parfumer.

De là-haut (400 mètres) nous avons cru retrouver les Cornati de Dalmatie peintes en vert et les pins de la Mediterrannée. Un peu de sa douceur de vivre aussi, lorsque dans l’après-midi enoleillé, nous sommes allés nous asseoir dans une de ces gargotes où l’on vous pêche à l’épuisette votre poisson  pour vous le servir en shashimi tout frais de la bassine !

Quant aux bontés, elles ont été le fait de Jun rencontré par hasard sur la route. Avec  cette gentillesse un peu abrupte qui caractérise les Coréens, il nous a adoptés comme amis pour nous faire goûter le barbecue de porc local (dwaeji galbi) au resto du coin, les  patates douces que cultive sa maman et les mandarines de son jardin.  Il  s’est aussi appliqué à enrichir notre vocabulaire en nous faisant répéter toute une soirée : « Yokjido ghome matchita », les mandarines de Yokjido sont bonnes !  Et nous ne dirons pas le contraire, même en français.

Nous cherchions un peu plus de calme et de d’authenticité, nous en avons trouvé  à Sorido, une île au bois dormant qui nous a renvoyés à celles du Japon vieillissant.  Sauf que les maisons y sont bien plus colorées.

Une poste, une grande école, une maison communale où des fonctionnaires ne savent pas comment s’affairer, un petit bus qui deux fois par jour parcourt les 4 km séparant Yeondo de Yeokpo où arrive le ferry de Yeosu. A part un infaillible service public(poste, mairie, école) , nous repérons deux arrières boutiques d’alimentation, une mini banque et pas un seul bistrot. Mais où sont donc passés les 500 habitants de Sorido ?

Ils sont à la pêche ou alors aux champs, aujourd’hui, demain et ainsi de suite, jusqu’à l’hiver de leur vie.

Chaque jour que Dieu fait – sauf par mauvais temps – ,  Sorido sort de sa somnolence à 8h et à 16h,  c’est à dire aux heures du Ferry, cordon ombilical avec le « main land » et ballon d’oxygène de l’archipel du sud coréen.

Ce samedi,il  arrive avec une fournée d’ habitants de Sorido, partis faire leur shopping à Yeosu et qui, sitôt à terre, prennent d’assaut le bus, où on entasse pêle-mêle, hommes, femmes et marchandises. C’est un chassé croisé avec des petits groupes de randonneurs qui s’en retournent à la ville.  Ils ont pris le ferry pour se plonger dans la nature, observer les oiseaux et parcourir les sentiers de crête. Et ce dimanche, parmi ces promeneurs, se trouve Joon, notre ami de Séoul. Il a voyagé toute la nuit pour venir partager un bout de route avec nous. Lui aussi découvre Sorido où il n’a jamais mis les pieds. Que viendrait-il faire dans ce trou perdu ?

Au menu: ormeaux, moules, lambis, coquillages divers, anguilles et kimchi

 

Mais comme il sait lire, c’est lui le guide. Il nous amène dans une de ces guesthouses  dont nous ne soupçonnions pas l’existence, parce que rien n’indique qu’elles existent, à part quelques idéogrammes.  Et nous sommes bien aise de nous y attarder pour prendre une douche et un repas très marin, en nous disant que l’éco-tourisme, est sans doute une activité d’avenir pour la minorité de non-vieux qui restent attachés à leur île.

 

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