Ie shima : la guerre, encore et toujours…

« C’est dans cette grotte qu’avec presque 1000 habitants de l’île, nous nous étions réfugiés… »

Miyazato avait 9 ans le 25 mars 1945 lorsque les Américains commencèrent à bombarder Ie shima.

Il est vrai que l’île était devenue une cible stratégique d’importance depuis que les militaires japonais y avaient construit 2 pistes d’aviation en 1943. Bien décidés à prendre l’ile avec un minimum de perte le commandement US initia donc une vaste campagne de bombardement de près de 3 semaines.

Miyazato et Sylvie

Miyazato, 79 ans,  s’en souvient comme si c’était hier, et c’est lui qui est venu spontanément vers nous pour nous raconter l’histoire de l’île, son histoire.

« Lorsque nous sommes ressortis de la grotte, il ne restait pratiquement plus rien sur l’île ».

1945-2015: Un bout de la mairie conservé au nom de la mémoire

Il est vrai que l’assaut qui commença le 16 avril fut extraordinairement violent. 2000 soldats japonais et 1500 civils y trouvèrent la mort. La résistance japonaise y fut à l’image de toute celle des îles du Pacifique. Acharnée et jusqu’à la mort. Pas de reddition possible dans le code d’honneur de l’armée japonaise. Une manière de voir qui avait même contaminé une partie des civils de Ie shima puisque 150 habitants, dont des femmes et des enfants, réfugiés dans une autre grotte et craignant d’être fait prisonniers par les Américains, s’y suicidèrent en y faisant sauter une bombe fournie par les troupes japonaises. Mais heureusement pas un tel fanatisme dans la grotte de Niya Thiya où s’était réfugié Miyazato. Celui-ci fut, comme tous les survivants de l’île, déplacé vers les îles Kerama, juste au sud d’Okinawa.

« Nous avons tous dû partir, sauf lui… »

Sashida

Miyazato vient nous conduire devant l’arbre, une sorte de grand banian, où Sashida alla se cacher, y construisant une petite cabane. Il y resta 2 ans, se nourrissant des déchets qu’il trouvait dans les poubelles des soldats US.

Car les Américains avaient décidé de faire de l’île une véritable plaque tournante aérienne. Aux 2 pistes japonaises rapidement réhabilitées fut ajouté une troisième.

Aujourd’hui, abandonnée, elle sert de route traversière.

 

Et c’est d’ailleurs ici que le 19 août 1945, 2 avions Mitsubishi G4M arborant de grandes croix vertes se posèrent. A leur bord, la délégation japonaise venue « négocier » la reddition sans condition du Japon. De Ie shima, la délégation fut emmenée à bord de B-29 US jusqu’aux Philippines.

Miyzato est intarissable et n’en veut pas aux Américains.

Bien au contraire puisque devenu adulte, il fit toute sa carrière professionnelle au service des Marines américains, en devenant l’un des gardiens de la base de Marinco qui existe encore à Ie shima, même si seuls 20 marines y sont encore basés en permanence.

 

Il est vrai que la guerre du Pacifique est encore très présente dans cette région d’Okinawa, qui subit des combats d’une effroyable intensité, les seuls d’ailleurs à s’être déroulés sur le territoire japonais.

Et qu’il est bien difficile de savoir ce que les habitants en pensent.

Bunker souterrain du commandement militaire japonais à Naha

A Naha, au terme de notre visite de l’ancien bunker où se suicida le commandement japonais d’Okinawa, nous avons posé la question à un groupe d’élèves officiers de la marine japonaise. Grand mutisme… qui n’était pas dû à la langue puisqu’une des jeunes parlait parfaitement l’anglais. Seul l’un des élèves a finalement accepté de nous donner une brève réponse : « Nous sommes vraiment désolés de ce qui s’est passé ici… » Et notre jeune élève officier traductrice d’ajouter « Cela n’engage que lui…. ! »

Reste qu’à la lecture des différents documents présentés au musée, comme d’ailleurs à Ie Shima, la version des autorités d’Okinawa présente, en filigrane, sans jamais l’expliciter clairement,  les habitants de la région comme des victimes du militarisme japonais et de l’enfer de la guerre qui s’en suivit. Une version que semble totalement partager notre ami Miyazato qui répète sans cesse « It was scary.. » (C’était effrayant…)

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